Édito : la domotique, entre promesses, fantasmes et réalité

Un édito qui fait (un peu) rêver 169
En droite ligne de notre précédent édito sur la dépendance aux nouvelles technologies, nous ne pouvions éviter le sujet de la technologie intégrée dans nos habitats. Loin d’être récente, la domotique est pourtant loin d’avoir envahi nos foyers. Est-ce une question de budget, d’envie, ou d’offres ? Difficile de répondre catégoriquement, mais le sujet mérite réflexion.


La question de la domotique est fantasmée depuis des dizaines d’années. Très présente dans les œuvres cinématographiques, la domotique devrait être aujourd’hui partout dans nos foyers au regard des prévisions faites dans les années 70 et 80. La vidéo ci-dessus en est le parfait exemple.

Aujourd’hui, la domotique consiste pour une minorité de personnes à avoir des volets électriques programmés, une lumière qui s’allume et s’éteint automatiquement en fonction de la présence (ou d’un son), un système d’alarme évolué, un portail automatique, une gestion intelligente du chauffage, un réfrigérateur interactif, etc.

Mais non seulement tout ceci est loin d’être démocratisé, mais ce n’est qu’une goutte par rapport à ce qu’il est possible ou ce qui a été imaginé par des concepteurs inventifs. Que ce soit dans la chambre, le salon, la cuisine, la salle de bain, le jardin, ou le garage, la domotique a le potentiel pour être présente partout.

Plus de confort, plus d’hygiène, plus de temps gagné, plus d’écologie (enfin ça dépend), et plus de sécurité (sauf si cela se retourne contre vous), la domotique peut apporter beaucoup en cas de bonnes utilisation. Les vidéos que vous pouvez visionner dans cet édito en sont le parfait exemple, même si la plupart de ces technologies ont un coût bien trop élevé pour la plupart des gens.


Mais pourquoi la domotique ne perce-t-elle pas ? C’est la question que s’est posée en août dernier le site Maison et Domotique. Vincent Premel, l’auteur de ce billet, remarque en effet que les maisons conçues aujourd’hui sont finalement quasi équivalentes à celles que l’on trouvait il y a 30 ans. A contrario, en 30 ans, le secteur automobile a fortement évolué, et ne parlons pas de l’informatique.

« Plusieurs explications à mon avis. J’en lance quelques unes : un manque d’information auprès du public, un manque d’information auprès des professionnels, un manque de standardisation (contrairement à l’automobile, le bâtiment n’est pas vraiment un secteur « industriel » mais reste très artisanal). Le manque de demande de domotique entraine la rareté et par la même, un prix élevé car cela reste un secteur réservé aux spécialistes » résume Vincent Premel.

Outre la question de l’information ou tout simplement du besoin, il y a évidemment la raison financière. Sans même parler de domotique, les terrains, les maisons et les loyers sont aujourd’hui bien plus onéreux qu’hier. Le budget qui pourrait éventuellement être alloué à la domotique est par conséquent aspiré par l’inflation du secteur immobilier.

Mais quels sont les réels coûts de la domotique ? Très variables selon l’avancée de la domotique et la taille de l’habitation, ces frais peuvent aller de quelques centaines d’euros pour une simple gestion informatique ou de luminosité à plusieurs milliers voire dizaines de milliers pour une domotique généralisée à toutes les pièces de la maison.

« La maison connectée, ça marche. Et c'est ici et maintenant. Les technologies sont au point et les prix baissent, deux conditions indispensables à l'émergence d'une vraie offre. » Ces propos datent de 2010 et viennent de Pierre-Nicolas Cleré, directeur commercial de Connecting Technology, une société spécialisée dans la domotique.


Les prix baissent ? Peut-être, mais une domotique généralisée s’adresse toujours aujourd’hui à une population aisée, pour ne pas dire riche. Interviewé par La Chaine Techno en juin 2010, Pierre-Nicolas Cleré s’est expliqué à la 4ème minute sur les coûts de la domotique que vous pouvez voir ci-dessus.

« Le coût va varier en fonction du nombre de mètre carré et surtout en fonction de l’utilisation que l’on veut. Disons qu’on va démarrer à 30 ou 40 000 euros, et qu’après on peut s’envoler jusqu’à 500 000 euros. Une installation moyenne, pour un appartement de 300 / 400 mètres carrés va être autour de 150 000 / 200 000 euros. »

Une domotique de base et ciblée peut bien évidemment être accessible à des frais limités. Certaines sociétés proposent ainsi des kits de motorisation de portes, volets ou portails pour quelques centaines d’euros, des récepteurs d’interrupteurs pour une centaine d’euros, des boîtiers modulaires pour un tarif équivalent, etc.


Au final, non seulement la domotique est aujourd’hui loin d’être démocratisée et à des années lumières de ce qui était imaginé il y a 20, 30 voire 40 ans, mais pire encore, des créateurs et ingénieurs lancent des concepts tous les jours. De quoi nous faire saliver, ou plutôt, nous faire rêver, en attendant un passage à la réalité.
Publiée le 07/04/2012 à 09:00
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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