Roaming mobile en Europe : « les prix sont trop élevés » pour l'UFC

Vers un marché européen du mobile en 2015 24
L’Union Européenne vient de planifier jusqu’en 2014 les futurs tarifs d’itinérance (maximums) sur le continent. Malgré les réductions importantes annoncées, les dents grincent du côté de l’UFC-Que Choisir. L’association des consommateurs a ainsi adressé de nombreux griefs à l'instance européenne. Édouard Barreiro, porte-parole et chargé des questions TIC au sein de l’Association, a répondu à nos questions.

Edouard Barreiro UFC-Que Choisir

PCI : Les tarifs vont atteindre dans deux ans 19 centimes par minute maximum pour appeler, 5 centimes par minute pour recevoir un appel et 6 centimes pour envoyer un SMS. Ce n’est pas assez selon vous ?

E.B : Oui, l’association estime que les prix proposés par le texte de la commission sont trop élevés notamment au regard de l’objectif annoncé dans l’agenda numérique pour 2015 de Neelie Kroes : une convergence vers les prix des communications locales. Ce qui est d’ailleurs incompatible avec la facturation des appels reçus en itinérance.

C’est-à-dire un marché européen sans frontière virtuelle, ce qui signifie aussi une concurrence non plus nationale mais continentale ?

Exactement, l’objectif est un marché européen des télécommunications, ce qui signifie qu’un consommateur peut prendre un abonnement n’importe où en Europe et l’utiliser ou bon lui semble. Cette solution permet non seulement d’écraser les prix en itinérance mais aussi les prix nationaux dans les pays moins compétitifs que la France. C’est pour cela que nous étions contre ce que l’on appelle la réforme structurelle.

En quoi consiste cette réforme précisément ?

Le nouveau règlement d’itinérance introduit un remède structurel imposé par la Commission. (NDLR : à partir du 1er juillet 2014, il sera possible de s’abonner à une offre roaming d’un opérateur d’un autre pays, ceci tout en gardant son numéro)

Or, il s’agit d’un processus complexe pour le consommateur qui implique un niveau de transparence des offres difficilement atteignable. Le consommateur devra alors choisir un opérateur d’itinérance par pays visité et donc arbitrer entre plusieurs offres avec des conditions commerciales différentes. Il devra également lier une relation commerciale avec tous ces opérateurs.

Qui plus est, cela implique une mise en place très coûteuse et très complexe pour les opérateurs. Ce qui risque de limiter la compétitivité de leurs offres mais aussi de provoquer des désagréments pour le consommateur (service indisponible, problèmes de facturation, etc.).

Il y a une forte incompatibilité entre un remède structurel et des tarifs bas, puisque compte tenu des investissements nécessaires, l’entrée ne doit être profitable compte tenu des investissements nécessaires pour ce découplage. Ce qui explique d’ailleurs que les plafonds votés soient beaucoup plus élevés que ceux défendus par l’association mais aussi la « rapporteur » du texte Angelika NIEBLER.

Enfin, comme nous l’avons dit, ce remède est en contradiction avec l’agenda numérique proposé par Neelie Kroes lors de sa prise de fonctions. Agenda qui précisait une convergence des prix nationaux et en itinérance pour 2015.

Ce qui n’est pas possible avec l’actuel agenda...

Oui, avec ce remède, une fois la segmentation du marché national et du marché itinérance actée il n’existera aucune incitation à une convergence des prix d’autant plus si l’itinérance répond à un modèle économique spécifique. De plus cela diminue le périmètre de la concurrence. On ne parviendra pas à des prix en l’itinérance bas par la concurrence si les opérateurs ne se comparent pas à des prix nationaux plus bas. D’autant qu’il existe un signal prix permettant de « s’aligner » : les plafonds tarifaires élevés ! Et au niveau national, les pays ou les tarifs domestiques sont élevés sont ainsi protégés d’une concurrence étrangère.

On peut ajouter que la séparation de ces marchés pourrait favoriser les gros opérateurs présents dans plusieurs pays (Orange, Deutsche Telekom, Vodafone, etc.). Ils pourront, en effet, proposer des tarifs relativement « attractifs » - mais bien plus élevé que les tarifs nationaux - d’itinérance à partir de plusieurs destinations au moyen d’un même contrat. Ce n'est pas tout, ils seront aussi en mesure, comme c’est le cas aujourd’hui, de négocier entre eux des accords de gros plus favorables, car sur de plus gros volumes. Cette « coopération » leur permettra d’assoir leur domination.

Au final, que souhaite l’UFC-Que Choisir ?

L’association propose une obligation de convergence des prix pour 2015, comme le défendait initialement la commission, associée à un plafond très bas pour les prix de gros avec une obligation de non-discrimination de manière à éviter que les petits opérateurs soient exclus du marché par les gros.

Cette convergence est possible notamment grâce à une baisse de certains prix de gros encadrés comme l’interconnexion (le prix facturé par un opérateur A à un opérateur B, lorsque les clients de ce dernier appellent le premier). Ils devront converger dans l’ensemble de l’Europe à maximum 1ct d’euro en 2015. En France ces prix ont presque été divisés par 10 entre 2005 et 2012.
Publiée le 30/03/2012 à 08:00
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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