Quand Sylvie Forbin (Vivendi) dénonce les réseaux opaques et organisés

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Dans un article des Échos consacré aux lobbies de l’industrie culturelle, nos confrères soulignent qu’en 2009, « dans l'Hexagone, l'audiovisuel et le cinéma accaparaient, à eux seuls, 80 % du montant des subventions versées au secteur de la culture ». Un autre passage est à noter. Celui où Sylvie Forbin donne son analyse des débats sur la propriété intellectuelle sur le net.

sylvie forbin marie françoise marais UNIFAB
Sylvie Forbin, lors du colloque 2011 à l'Unifab, avec Marie Françoise Marais (Hadopi)

« Depuis le milieu des années 2000, les réseaux sociaux et certains blogs jouent un rôle actif dans le débat sur la propriété intellectuelle. S'ils tendent à apparaître comme le miroir des consommateurs au service de la transparence [ces] réseaux [sont] en réalité très organisés et opaques, partisans de la remise en cause de ce droit à la propriété intellectuelle et qui, sous couvert de défendre de généreuses valeurs de partage de la connaissance et de liberté d'expression, servent en fait des intérêts économiques puissants ».

Dommage. L’intéressée se garde bien de révéler le nom de ces « réseaux » ou ces mystérieux « blogs » « opaques » et « organisés » qui servent « les intérêts économiques puissants ». En tout cas, à  côté, ceux défendus par Sylvie Forbin feraient pâle figure, elle qui, en tant que directrice des affaires institutionnelles et européennes, ne fait que servir les intérêts d’une PME villageoise, Vivendi.

Vivendi, propriétaire d’Universal Music, Canal Plus, et tant d’autres... a, à son actif, si peu. Deux ou trois fois rien. « Vivendi Universal » est par exemple le nom attribué à un amendement anti logiciel P2P lors des débats DADVSI, témoignage du niveau d’imperméabilité des débats parlementaires. Cet amendement n’est pas resté lettre morte puisqu’il a conduit à la condamnation à 1 million d’euros les auteurs du logiciel Radio.Blog.club  Sommes attribuées à la SPPF et la SCPP, dont est membre Universal Music.

Face aux « réseaux très organisés et opaques » dénoncés par Forbin, celle-ci milite ouvertement pour d'autres réseaux nettement plus civilisés. Avec par exemple la mise en place de solutions de sécurisation directement dans les box des internautes. Voilà qui tombe bien : la SCPP a testé des solutions de filtrage par Deep Packet Inspection en Allemagne, en collaboration avec Vedicis, loin des rigueurs de la CNIL française. Et sans que cela ne provoque le moindre émoi de la Rue de Texel.

Mais que penser du brevet sur le DPI signé Riguidel et un ex-conseiller d'Albanel, commandé par le prestigieux Institut Télécom, dirigé par le président du directoire de Vivendi, Jean-Bernard Levy ? Qu'ajouter quand Michel Riguidel se voyait ensuite confier les clefs des outils de sécurisation au sein de la Hadopi alors que ce professeur est aussi titulaire d'une chaîre sur l'économie industrielle des médias à l'Ecole des Mines... "soutenue par Vivendi" ? Rien évidemment.

Concentrons plutôt notre attention et nos salutations sur cette Sylvie Forbin faite chevalier de la Légion d’honneur en 2006. Le gouvernement d'alors n’avait pas manqué de vanter son « lobbying dynamique » et son « travail d’influence » à l’occasion des débats sur la loi DADVSI. Des débats organisés quelques années avant ceux d’Hadopi ou d’ACTA et d’IPRED 2. Une directive IPRED 2 qui « s’inspire de la première version d’une directive rédigée en 2003 par Janelly Fourtou, eurodéputée ALDE (UDF) et épouse du PDG de Vivendi Universal » rappelaient à l’époque la FFII et l’APRIL.
Publiée le 19/03/2012 à 12:38
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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