Hadopi vante les vertus thérapeutiques de la fermeture de MegaUpload

Des vases communicants mais percés 44
La fermeture brutale de MegaUpload aurait, selon Hadopi, des vertus particulièrement bénéfiques pour le secteur de la culture en ligne. Ainsi, la disparition du site de téléchargements aurait entrainé à la fois une chute d’audience sur les sites de streaming (illégaux) et un boost des offres légales.

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La Hadopi distingue deux périodes très différentes au sein du mois de janvier : du 1er au 18 janvier, puis du 18 au 31. Pourquoi ? Parce que le 18 marque la frontière et la coupure des serveurs de MegaUpload. L’Autorité compare ainsi les chiffres et annonce la couleur :

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Sur la seconde partie du mois de janvier, l’audience quotidienne moyenne sur les plateformes de VOD, TV de rattrapage (Catch-Up) et agrégateurs aurait augmenté de 25,7 %, un score enregistré par Médiamétrie. La hausse moyenne se décortique comme suit :
  • VOD : + 35 %
  • TV de rattrapage : +25 %
  • Agrégateurs : + 85 %
Durant la même période, la fréquentation des sites de streaming aurait chuté de 19,5 %. La Hadopi constate par ailleurs que le gain est supérieur à la perte sur le streaming, sous-entendant un effet boule de neige.

La VOD est un nouvel Eldorado

La Hadopi insiste particulièrement sur l’augmentation de la VOD. Dans son rapport, elle indique que plusieurs plateformes labellisées PUR (Promotion des usages responsables) ont confirmé avoir enregistré une hausse de 22 % de la fréquentation et de 25 % de al consommation sur le mois de janvier.

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La Hadopi n’affirme pas que la fermeture de MegaUpload est directement responsable de ces bénéfices mais le sous-entend clairement dans son document. Pour l’Autorité, la situation « s’explique certainement par un déplacement des utilisateurs vers les offres légales ». Pourtant, l’activité de streaming et de téléchargement depuis MegaUpload se fait depuis un PC, alors que les offres VOD sont disponibles sur un nombre plus important de supports (notamment les Box).

La Hadopi ne cache pas ses sources de données : Canal+ Régie, France Télévisions Publicité, GfK Retail & Technology, M6 Publicité Digital, NPA Conseil, et TF1 Publicité Digital. Ces sources représentent le Baromètre « TV en ligne », mais elles n’incluent absolument pas les plateformes VOD des Box ou même celles des consoles de salon telles que la PlayStation 3 et la Xbox 360. 

Des chiffres qui parlent... parfois pour ne rien dire ?

Pascal Chevalier de ZDnet a étudié d’un peu plus près les résultats affichés par certains fournisseurs de contenus multimédias pendant la période. Il apparaît rapidement que les chiffres de la Hadopi sont à compléter, même si une tendance de hausse se dégage effectivement. Par exemple, et c’est une donnée très importante, l'offre légale sur le web ne représente que 15 %, les 85 % restants étant essentiellement concentrés sur les Box.

Chevalier aborde en outre le cas du fournisseur Replay, dont la part de marché sur la VOD web serait actuellement de 80 %. Il se base sur les estimations de l’institut GFK qui prévoit que la VOD génèrera 200 millions d’euros de chiffre d’affaires sur 2012. Pour la partie web, cela laisserait donc 30 millions d’euros (15 %). Sur ces 30 millions, il n’en resterait qu’environ 5 pour les autres plateformes telles qu’Orange PC, Canalplay, Imineo, Vodeo, myTF1VOD, VideoFutur, M6VOD et autres. La répartition moyenne pour chaque plateforme sur deux semaines serait du coup de 15 000 euros.

Du coup, même si des plateformes telles que Virgin et Videofutur annoncent respectivement des hausses de fréquentation de 50 et 100 % sur les semaines ayant suivi la fermeture de MegaUpload, cela donnerait à peu près un surplus de 7000 à 15 000 euros de chiffre d’affaires. Si l’on table sur un tarif de 4,99 euros pour une séance, on obtient un gain de 1400 à 3000 séances. Pour Pascal Chevalier, il est clair qu’il est difficile de parler de véritable chute du piratage.

Les chiffres peuvent paraître en effet importants, mais ils partent d’assez bas. La marge de progression est encore très importante et l’on assiste simplement à un surplus de démarrage. En outre, quand la Hadopi indique que les pourcentages de gains sont plus importants que les pertes sur les sites de streaming, cela ne signifie pas qu’il y a transfert de populations égales. Exemple : si un million de personnes utilisaient les sites de streaming et qu’il en reste 800 000, c’est une chute de 20 %. Si un service de VOD passe de 1000 à 2000 personnes, c’est une hausse de 100 %.

Il y a tout de même une carte à jouer pour les fournisseurs de contenus. L’un des meilleurs exemples est celui de Dorcel Vision, qui a décidé de rebondir sur la fermeture de MegaUpload en proposant la totalité de son catalogue à 2 euros par film :

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Comme le signale Pascal Chevalier toutefois, le site a connu une belle hausse de fréquentation, mais pas du chiffre d’affaires car la promotion était importante.

Cette hausse conjoncturelle de la VOD concomitante à la fermeture de MegaUpload permet en tout cas à l'Hadopi de manifester une fois de plus son existence si ce n'est son utilité. Même si les plateformes citées ici ne sont pas labellisées « Pur », cela n'empêche l'Autorité de généraliser ses conclusions.
Publiée le 07/03/2012 à 16:30
Vincent Hermann

Rédacteur/journaliste spécialisé dans le logiciel et en particulier les systèmes d'exploitation. Ne se déplace jamais sans son épée.

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