Le W3C examine une proposition de gestion des DRM dans le HTML5

Comme une lettre à la poste. Un dimanche. 123
Le HTML5 est présenté le plus souvent comme la technologie du futur capable de gérer tous les cas de figure, en plus d’être un standard. Beaucoup oublient qu’il s’agit encore d’une technologie en formation, qui n’a rien de terminé et qui ne couvre pas tous les cas de figure. Et c’est bien pour cette raison que trois ingénieurs ont présenté au W3C un projet d’extension qui permettrait au HTML5 de lire le contenu protégé par DRM.

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Créer un terrain fertile

Cette proposition d’un genre particulier a été formulée par trois développeurs : David Dorwin (Google), Adrian Bateman (Microsoft) et Mark Watson (Netflix). Le projet lui-même se nomme Encrypted Media Extensions v0.1 et n’existe pour l’instant qu’à l’état de simple brouillon soumis au W3C pour examen et approbation.

L’objectif principal de ces extensions est de permettre à l’élément HTMLMediaElement de pouvoir lire du contenu multimédia protégé. On comprendra évidemment par « protégé » un contenu encadré par des verrous numériques, autrement dit des DRM. Les DRM en eux-mêmes sont une réalité, car les larges diffuseurs de contenus audio et vidéo en streaming en ont besoin pour éviter que des copies soient faites. C’est évidemment le cas de Netflix, mais Microsoft et Google y ont évidemment des intérêts, surtout en regard de certains codecs comme le MPEG-4 et VP8 (WebM).

Les Encrypted Media Extensions ne sont pas une plateforme complète de DRM, mais plutôt un ensemble d’éléments pour constituer une base de déchiffrage de données protégées basée sur des clés. Les systèmes de DRM qui voudraient s’en servir n’auraient qu’à venir s’y rattacher via un système de plug-ins pour en exploiter les capacités.

La proposition ne fait pas l'unanimité

Évidemment, tout le monde ne voit pas une telle proposition d’un bon œil. Ian Hickson par exemple, du groupe WHATWG qui travaille justement sur la standardisation du HTML, estime pour sa part que la proposition « n’est pas éthique ». En outre : « La proposition ne fournit pas une protection solide du contenu, donc elle ne pourrait remplir sa mission même si elle était éthique ». Une condamnation très nette alors que Hickson travaille lui-même chez Google.

Et si la proposition ne fait pas l’unanimité chez Google, elle la fait encore moins chez Mozilla. Le développeur Robert O’Callahan se demande ainsi comment un tel système pourrait être implémenté dans un navigateur open source. Par définition, le logiciel libre s’accorde relativement mal avec les verrous numériques. Mark Watson de chez Netflix donne la solution : se baser sur les capacités du matériel, car un navigateur open source ne peut effectivement pas intégrer un tel mécanisme.

Une réponse qui n’en est pas vraiment une, car tous les ordinateurs ne disposent pas de ces capacités. Mais cela n’est sûrement pas important dans la vision qu’ont les développeurs des Encrypted Media Extensions : il s’agit d’un brouillon en version 0.1 et il y a donc le temps avant que la technologie murisse. Aussi, des puces auraient le temps d’apparaître, au moins dans les appareils mobiles comme les smartphones et tablettes. Cela étant, les puces dédiées de type TPM ont leur propre lot de polémiques.

Cela étant, que les Extensions soient acceptées ou pas par le W3C ne changera rien à une question qui reste en place : comment protéger les contenus multimédias efficacement ? Le retrait progressif de Flash fait sans doute plaisir aux partisans du pur HTML5, mais il laisse derrière lui des interrogations auxquelles des solutions devront nécessairement être trouvées.
Publiée le 24/02/2012 à 10:20 - Source : W3C
Vincent Hermann

Rédacteur/journaliste spécialisé dans le logiciel et en particulier les systèmes d'exploitation. Ne se déplace jamais sans son épée.

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