Twitter s'explique sur la fermeture des faux comptes de Nicolas Sarkozy

faux comptes, mauvais amis ? 63
Twitter a fermé plusieurs de comptes parodiant abusivement, selon lui, celui de Nicolas Sarkozy. La nouvelle a évidemment fait couler beaucoup d’encre d’autant que selon le Monde, c’est bien l’équipe de Nicolas Sarkozy qui a dénoncé ces faux comptes à Twitter (@_NicolasSarkozy, @MrSarkozy, @SarkozyCestFini, etc.)

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Dans un courrier retransmis par l’association Internet Sans Frontières, Twitter se défend de toute censure et explique sa politique maison à l’auteur du compte @_NicolasSarkozy, compte désormais supprimé : « Nous avons reçu un rapport suivant lequel votre compte @_NicolasSarkozy commet une usurpation d'identité non parodique. Bien que Twitter croie fermement à la liberté d'expression, une imitation qui induit en erreur, prête à confusion ou trompe autrui est contre les règles de Twitter. » Il y a donc une liberté, superbe, et des règles, nécessaires, pour prévenir les abus.

Problème, ces comptes indiquaient clairement leur caractère parodique dans leur profil comme l’atteste cette page diffusée par Internet Sans Frontières :

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Visiblement, ce rappel n’a pas été assez fort pour l’équipe de Nicolas Sarkozy qui a su trouver les arguments pour faire plier Twitter.

L'intention de tromper...

Dans les CGU du réseau social, celui-ci dit que « les comptes manifestant l'intention de tromper sont interdits et sujets à suspension. ». Il distille quelques conseils « afin de ne pas faire d'usurpation d'identité ».

Ainsi, « un compte doit stipuler clairement que son administrateur n'est pas la même personne que celle faisant l'objet de la parodie ou du commentaire dans le même compte ». Comment ? Par exemple, « le nom d'utilisateur ne doit pas être le même que la personne faisant l'objet de la parodie », et « pour rendre les choses encore plus claires, faites précéder le nom par un préfixe du type "pas", "faux" ou "fan" ». Autre piste : « la biographie doit contenir un élément distinguant la parodie de la vraie personne; comme par exemple : "ceci est une parodie", "ceci est une page de fan", "compte de fan", n'est pas associé à..." etc. ». Enfin, dans les tweets, « le compte en question ne doit en aucun cas tromper ou faire croire que l'auteur du compte est la personne parodiée ».

Des « conseils » qui se transforment, paragraphe suivant, en « règles » sans qu’on sache véritablement s’il s’agit de conditions cumulatives ou alternatives.

Selon Twitter, en tout cas, « si un compte de parodie respecte les règles ci-dessus, il n'aura aucun problème tant qu'il ne prête pas à confusion et ne trompe pas ses lecteurs. Cette liste constitue les pratiques d'excellence lors de la création d'un compte de parodie. Créer de tels comptes en une langue étrangère ne pose aucun souci tant que ces règles sont respectées. Si toutefois un compte s'avère trompeur, il sera tenu de modifier ses paramètres afin de clarifier son statut. Les comptes manifestant l'intention claire de tromper risquent une suspension définitive ».

... ressentie par une personne raisonnable

Comment distinguer l’usurpation de la parodie ? La norme - selon Twitter - repose sur l’utilisateur moyen: « "une personne raisonnable serait-elle consciente qu'il s'agit d'une satire ?" Un compte est coupable d'usurpation d'identité s'il confond ou induit en erreur autrui - les comptes avec l'INTENTION manifeste de brouiller ou d'induire en erreur seront définitivement suspendus ». En définitive, l’équipe de campagne de Nicolas Sarkozy aurait trouvé les bons arguments pour jauger et démontrer que « l’intention » de ces comptes étaient de « brouiller ou induire en erreur ».

L'arme de la LOPPSI 2

S’ils veulent une réaction plus musclée contre @NicoIasSarkozy @ArabicSarkozyy @nicolas_sarkosy (etc.), les proches du candidat pourront toujours activer une disposition de la LOPPSI 2 votée par l’actuelle majorité. Le texte interdit « le fait d'usurper l'identité d'un tiers ou de faire usage d'une ou plusieurs données de toute nature permettant de l'identifier en vue de troubler sa tranquillité ou celle d'autrui, ou de porter atteinte à son honneur ou à sa considération ». La sanction ? Un an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende. Cependant, la grille de lecture du juge n’est pas nécessairement celle de Twitter : difficile d’usurper quand un profil explique qu’il est volontairement parodique.
Publiée le 20/02/2012 à 16:43
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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