Apple en appelle à une association afin de contrôler ses sous-traitants

Et Foxconn pour commencer 46
Apple a publié hier un communiqué particulièrement rare au sujet de Foxconn, sous-traitant n°1 dans le monde dans le secteur informatique, et fabricant de l’iPhone et de l’iPad notamment. Selon la Pomme, la Fair Labor Association, une organisation à but non lucratif, a été chargée de vérifier les conditions de travail dans les usines. L’objectif d’Apple est bien entendu de redorer son image, liée à Foxconn depuis de nombreuses années et de nouveau mise à mal récemment.

Foxconn

Crédibiliser les fabricants de vêtements

Mais quelle est cette association ? Créée en 1999, elle a notamment pour but d’inspecter les usines afin de s’assurer qu’elles n’exploitent pas d’enfants. Toutes les entreprises membres de cette association doivent donc s’engager à respecter de nombreuses procédures de contrôle de conditions de travail.

L’Américain Nike, très critiqué à une certaine époque pour les usines de ses sous-traitants, qui exploitaient des enfants, ceci afin de fabriquer des vêtements ou des ballons, fait ainsi partie des membres de la FLA, non sans stopper définitivement les reproches néanmoins.

Où sont les autres sociétés informatiques ?

Apple, pour sa part, n’est membre de cette association que depuis un mois, depuis le 13 janvier dernier précisément. Une arrivée bien tardive au regard des problèmes importants qu’a connus Foxconn ces dernières années, problèmes d’ailleurs pointés dans le bilan 2010 de la FLA.

Néanmoins, il est tout aussi intéressant de noter que l’association remarque qu’Apple est la toute première société high-tech à la rejoindre. Point qu’Apple rappelle d’ailleurs dans son communiqué. Une nouvelle étonnante quand on connaît l’importance pour les sociétés informatiques des sous-traitants basés dans divers pays exotiques aux conditions de travail parfois particulières.

Une analyse quasi totale de sa production

Selon Apple, la FLA examinera plusieurs de ses fournisseurs, dont les usines de Foxconn situées à Shenzhen et Chengdu dans un premier temps, et celles de Pegatron et de Quanta au printemps prochain. Au final, les usines responsables de 90 % de la production d’Apple seront examinées.

Mais pourquoi réagir si tardivement, alors que la Pomme est pointée du doigt depuis plus de six ans ? À en croire l’association, il s’agit principalement d’une réaction à un papier incendiaire du New York Times publié le mois dernier, rapidement suivi par une pétition appelant à un iPhone 5 « éthique ».

Apple usines Foxconn
Photo crédit Apple.

Des inspections sans précédent

« Nous pensons que les travailleurs, où qu’ils soient, ont le droit de bénéficier d’un environnement de travail sûr et équitable » a ainsi déclaré Tim Cook, le PDG d’Apple, dans son communiqué.

« Les inspections actuellement en cours sont sans précédent dans l’industrie électronique, à la fois par leur ampleur et par leur portée, et nous sommes reconnaissants envers la FLA d’accepter d’identifier dans ses rapports les usines, ce qui est inhabituel. »

Une coopération totale des sous-traitants

Des milliers d'employés seront ainsi interrogés par l’association sur leur travail, leurs conditions de vie, leur sécurité, leur rémunération, les heures de travail, la communication avec la direction, etc. La FLA inspectera les usines, mais aussi les dortoirs et toutes les installations. Elle « réalisera un examen approfondi des documents liés aux procédures à toutes les étapes du travail ».

Selon Apple, ses sous-traitants se sont engagés à coopérer totalement avec l’association et à offrir un accès illimité à leurs installations. Les premières conclusions de la FLA seront disponibles sur son propre site internet le mois prochain.

L'histoire, une éternelle répétition

Rappelons qu’en 2006, un journal anglais avait dénoncé les conditions de travail déplorables d’employés chinois de Foxconn et fabricant des iPod à cette époque. Foxconn avait rapidement démenti, mais Apple avait alors engagé une enquête interne afin d’en avoir le cœur net.

« Apple est en train de s'assurer que les conditions de travail de nos chaînes de production sont sécurisées, que les travailleurs sont traités avec respect et dignité, et que les processus de fabrication sont en accord avec l'environnement » expliquait lors du scandale de 2006 un porte-parole d’Apple.

« Nous sommes en ce moment même en train d'enquêter sur les allégations concernant les conditions des usines d'iPod en Chine. Nous ne tolérons aucune violation du code de conduite que nous imposons à nos fournisseurs. »

Qu’ont donné les conclusions de l’enquête d’Apple ? Aucun problème particulier à signaler. Tout est parfait dans le meilleur des mondes, et non, les employés de Foxconn ne travaillent pas 80h par semaine et ne sont pas entassés comme des poulets dans leurs dortoirs.

Apple usines Foxconn

Une enquête interne déjà très critique

Apple a d’ailleurs créé depuis cette époque ce qu’il appelle le « Supplier Responsibility », en somme, ce qui a trait aux responsabilités des fournisseurs et donc des sous-traitants. Sur ce portail dédié, les droits des travailleurs, la santé, la sécurité, l’impact environnemental, etc. sont abordés.

Le dernier rapport interne d’Apple pointe d’ailleurs du doigt les heures de travail des employés de ses sous-traitants. Alors qu’Apple fixe à 60 heures de travail maximum par semaine, avec au moins un jour de repos (soit 10h maximum par jour en moyenne), le rapport indique que 93 installations n’étaient pas aux normes.

« 50 % de leurs travailleurs ont dépassé la limite des 60 heures de travail hebdomadaires lors d’au moins 1 semaine sur la période des 12 semaines prises comme échantillon. Dans 90 établissements, plus de la moitié des dossiers que nous avons examinés ont indiqué que les travailleurs ont travaillé plus de 6 jours consécutifs au moins une fois par mois, et 37 usines n'avaient pas un système de contrôle adéquat du temps de travail pour s'assurer que les travailleurs ont pris au moins 1 jour de congé tous les 7 jours. »

Et il ne s’agit que d’une partie du rapport. Ce dernier indique que de nombreux sous-traitants violent les droits des travailleurs, que cela concerne leur salaire, leur protection sociale, leur sécurité, etc.

Enfin, rappelons qu’en 2010, suite au suicide de dizaines d’employés survenant cette année et les années précédentes, ainsi qu’à la colère de plus en plus forte des travailleurs, Foxconn a augmenté les salaires. Sans pour autant aborder la question des conditions de travail toutefois.
Publiée le 14/02/2012 à 20:04
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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