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Orange surpris de l'agressivité des offres Free Mobile

La poussière va cependant retomber

Après Xavier Niel, Stéphane Richard passait son grand oral devant la Commission des Affaires économiques à l’Assemblée nationale. L’opérateur historique devrait couvrir le feu des questions des parlementaires sur les tarifs fracassés du nouvel entrant.

Stéphane Richard Orange France Télécom  

D’entrée, le numéro un d’Orange tentera de rassurer les députés : « le téléphone mobile est l’un des grands services indispensables pour les citoyens où les prix ont constamment baissés ces dernières années ». Combien ? Entre 2006 et 2010, Richard évoque le chiffre global de -12%, alors que dans le même temps, les usages ont explosé. Le trafic des données chez Orange a ainsi été multiplié par 53 sur ces années. « Quand on me dit pourquoi on n’a pas baissé les prix avant, je trouve cela injuste » tempère Richard qui met en avant les impératifs de déploiement des réseaux, tout en soulignant qu’Orange réalise aujourd’hui 35 % de marge sur le mobile.

« Vous attendiez vous à une telle agressivité de votre concurrent ? » demandera Laure de la Raudière. « Pour être très franc, non, nous avons été surpris par l’agressivité de ces offres » avouera Richard, tout en relativisant : « elle ne représente cependant que du SIM Only, c'est-à-dire sans financement du terminal. Il est donc important de comparer ce qui est comparable et quand on intègre le financement d’un terminal, c’est beaucoup moins intéressant ».

Y-a t -il un risque de saturation du réseau 3G ? Ce risque « sera d’autant moins grand qu’il y aura un réseau chez Free, si vous voyez ce que je veux dire » temporisera Richard. « Notre réseau à nous est dimensionné pour accueillir le trafic issu de l’itinérance. (…) aujourd'hui, il n’y a pas de risque de saturation, mais c’est une situation à suivre au jour le jour ». Le sujet de la saturation, épouvantail des débats autour de la neutralité du net, s’envole ainsi en quelques battements d’ailes.

Est-ce que l’investissement va diminuer ? Richard concède qu’auparavant, il y avait un équilibre avec un certain niveau de prix plutôt compétitif et un niveau d’investissement élevé. Aujourd’hui, tout cela risque d’être nivelé à la baisse. « Avec les forfaits SIM Only, la France va être parmi les moins chères du monde. Est-ce que cela signifie un investissement en retrait ? On verra… ». Pour la fibre, il n’y aura aucune baisse des efforts d’investissements : « s’il y a une chose qui sera sanctuarisée, c’est ce que nous avons prévu pour la fibre. » Sur ce terrain, Stéphane Richard explique cependant qu'il faut faire attention au tout fibre, solution qui n'a pas sa faveur. "L'optimum peut être recherché en utilisant toutes les technologues recherchées", notamment par une montée en puissance des débits sur le cuivre. "L'avenir sera le très haut débit et le très haut débit, à 80%, sera la fibre" terrain sur lequel Orange promet de ne pas vouloir créer une forme de monopole. L'acteur historique n'est cependant pas favorable à un dispositif de sanction contre ceux qui ne rempliraient pas leurs obligations de transition entre le cuivre et le mobile.

Est-ce qu’il y aura des conséquences pour l’emploi ? Trop tôt pour le dire. Il y a l’emploi direct des opérateurs, les emplois indirects de la filière et les délocalisations…

Stéphane Richard Orange France Télécom

Comment Free a pu lancer de telles offres ? Richard accentuera ses explications sur le mécanisme de base, « celui de la symétrie entre terminaisons d’appel et SMS. Quand il y a une communication entre deux opérateurs, il y a une facturation réciproque avec la terminaison d’appel. Avec un nouvel entrant, on lui donne un avantage, une asymétrie dans cette facturation. Il touche davantage d’argent quand il bénéficie d’une communication d’un réseau tiers, que lorsqu’il utilise lui-même un réseau tiers ». Pour Richard, cependant, « le modèle économique de Free est basé sur l’espoir d’une terminaison d’appel sur les SMS très ambitieuse mais à un niveau inadmissible, car il revient aux autres opérateurs de financer le réseau de Free. Pour le forfait à 19,99 euros, cela reviendrait aux opérateurs concurrents à financer à hauteur de 10 euros ce tarif ».

Salaire : Niel avait moqué ces concurrents surpayés, alors que lui touche un salaire de 173 000 euros. Richard réécrira ce chapitre digne d’un roman de Zola : « l’an passé, Xavier Niel a touché 14M€ de dividendes », bref, son salaire, c’est « de l’argent de poche ». Stéphane Richard a donné son salaire : 900 000 euros de fixe par an, plus une part variable.

Réseau de Free : l’ARCEP s’est saisi de la question de la couverture du Free, afin de savoir si le nouvel entrant remplissait ses obligations. Richard souligne une « mission délicate, car il peut y avoir un jeu du chat de la souris ». Par exemple ? « Mettre des antennes quand l’inspecteur de l’Arcep arrive, régler la puissance des antennes… Le fait qu’il y ait des antennes physiquement en activité ne représente en rien une mesure du réseau. C’est la qualité des antennes et du réseau de collecte qu’il faudra regarder ». Richard laisse entendre qu’il existe des petites astuces pour troubler les mesures de l’ARCEP à l’avantage de Free. L’itinérance Orange n’est accessible à Free que si l’obligation de couverture est réalisée. De son côté, Orange est claire : « la prestation d’itinérance que nous assurons pour Free fonctionne parfaitement ». Des détails ? « Je ne peux rien dire, car il y a une clause de confidentialité ». Pour Richard, "non Free ne bénéficie d'aucun avantage particulier lié à l'itinérance qui lui permet de faire de telles offres". Une réponse adressée à Franck Esser  

Low cost : avec l’arrivée de Free Mobile, c’est la question du low cost qui se pose, dit Richard. « On peut avoir des doutes, par exemple sur le bilan financier pour l’Etat » considère-t-il.  « L’affaire est bonne pour le consommateur mais il est aussi contribuable. Pour l’instant l’arrivée du consommateur, est une mauvaise affaire pour le contribuable et donc l’Etat, grand perdant. Sa participation dans l’entreprise a baissé en valeur de près de 4Md€ dans ce qu’il détient chez France Télécom depuis l'arrivée de Free. » Fait intéressant, Richard craint l'érosion de la perception de la valeur du mobile depuis l'arrivée du Low Cost : « Avec le low cost il y a une perte de la perception de la valeur du service. » Orange met l'accent sur son réseau de boutique. « Notre modèle, c'est la proximité avec le client, c'est un atout, pas un poids même si cela rentre dans la structure de coût. "On a une politique de montée en gamme de nos boutiques. » Orange compte 15 grandes boutiques, à l'instar de l'Apple Store et envisage d'en déployer des nouvelles.

Concurrence : il n’y a pas d’accord stratégique entre Orange et Free, il y a une concurrence absolue. Ce n’est pas parce qu’on a cet accord d’itinérance qu’il n’y aura pas de concurrence acharnée sur le détail.

Stéphane Richard Orange France Télécom

Portabilité : les bugs de portabilité soulevés par Xavier Niel sur Twitter agacent Stéphane Richard. « Je suis agacé par ce débat et l’activisme de Free sur la question. J’ai l’impression qu’on essaye de faire porter le chapeau d’un certain nombre de difficultés de démarrage sur la tête des autres ».

Richard rappelle que la portabilité est assurée par un GIE où Free est membre depuis 2010. Ce GIE gère cette question en fonction des prévisions et des informations fournies pour les opérateurs. Du coup, « quand nos amis de Free ont lancé leurs offres », Richard met en cause Free qui aurait dû fournir les bonnes prévisions au GIE, surtout que Free était le seul à connaître ses offres, dont ce forfait mobile gratuit offert à tous les abonnés. Richard annonce que la semaine prochaine le GIE pourra absorber jusqu’à 80 000 dossiers de portabilité chaque jour. Richard met également en cause Free une fois la portabilité effectuée. A Free d’assurer l’envoi de la carte SIM car « si on n’a pas reçu la carte SIM , on ne peut plus téléphoner ». Richard annonce que des clients victimes de ces bugs seraient déjà revenus chez Orange. « C’est la vie ».

Combien ? « il y a un certain mouvement de retour » chez ceux qui n'ont pas reçu de carte SIM et qui ont besoin de leur téléphone. « Je pense que le service client du 4eme opérateur a été dépassé par les évènements ». Et certains ont réalisé que leurs besoins ne correspondaient pas à l'offre de Free, tout simplement parce qu'ils voulaient un terminal. « l'iPhone est beaucoup plus cher chez Free », quand on pousse l'analyse. Tout ca va se stabiliser « quand la poussière va retomber ».

Mamie du Cantal : il n'y avait aucun mépris, mais « plutôt une tendresse dans mes propos »dixit Richard. « Je suis lozérien moi même ». Stéphane Richard annonce qu'il se déplacera sous peu dans le Cantal. Histoire de rencontrer les mamie geek en sabot ?
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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Publiée le 01/02/2012 à 13:37

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