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La fragmentation d'Android, les fissures de la version 2.2

Il n'y a pas de solution miracle

Quiconque s’intéresse à Android sait que le système d’exploitation mobile de Google rencontre de nombreux soucis légaux, depuis l’année dernière surtout. Apple ne cesse de déposer des plaintes contre Samsung tandis que Microsoft noue des accords avec les principaux constructeurs utilisant Android. D’autres plaintes pour violations de brevets sont également actives, comme celle de British Telecom. Si l’on met de côté ces batailles entre corporations, il reste un autre souci important : la fragmentation.

Toshiba Excite X10 tablette Android

La fragmentation n’est pas un phénomène nouveau, et il ne touche d’ailleurs pas uniquement Android. On appelle fragmentation le phénomène résultant d’un nombre trop important de versions d’un même produit logiciel sur le marché. Elle entraine différents aspects négatifs pour les développeurs tiers, comme nous le verrons plus bas.

Dans le cas d’Android, la fragmentation revêt une importance particulière, car les conditions sont réunies. La force d’Android est d’être utilisable par n’importe quel constructeur, sans cahier des charges particulier. Une société peut donc l’utiliser, le façonner selon ses besoins et le commercialiser sur un smartphone, une tablette ou autre. Par exemple, Android 3.0 était conçu pour les tablettes, mais en dépit des conseils de Google, certains constructeurs ont utilisé la mouture 2.3, destinée aux téléphones.

Android 2.2, toujours trop présent

Un développeur, Jon Evans avait écrit il y a plus d’un an un billet au sujet des forces et faiblesses des outils de développement autour d’Android et iOS. Il était d’avis à l’époque que les deux se valaient. Un an plus tard, son opinion reste la même, mais la situation a changé : la fragmentation d’Android crée son propre lot de problèmes.

Selon les propres statistiques de Google, environ un tiers des smartphones Android reste bloqué à la version 2.2, un système âgé désormais de 20 mois. Parallèlement, les développeurs tentent de toucher un maximum de versions avec leurs applications. Cela signifie qu’ils doivent se pencher sur les spécificités des unes et des autres, et en particulier des bugs dans les moutures antérieures.

La fragmentation est pour Evans un « désastre », en dépit du fait qu’Android soit équipé de certains outils ayant fait leur preuve. Par exemple, sa capacité à adapter l’affichage pour gérer la multitude d’écrans et donc de définitions différentes. Le souci principal se concentre pour le développeur sur l’impossibilité d’utiliser les nouvelles API à cause des anciennes versions qui tirent l’ensemble vers l’arrière. Il prend pour cas pratique l’utilisation de certaines bibliothèques d’animations apparues avec Android 3.0 il y a plus d’un an. Elles sont donc présentes dans Android 4.0, mais elles ne peuvent pas être utilisées en l’état, à moins de ne viser que les dernières révisions du système.

La solution entre les mains d’un trop grand nombre d’acteurs... Ou du temps

Actuellement, la gestion des versions du système dépend essentiellement des constructeurs et des opérateurs de téléphonie mobile.

Chaque constructeur utilise en effet une version précise du système pour créer son modèle. Beaucoup de téléphones en revanche n’ont aucun suivi, car la diffusion des mises à jour doit être validée. La « faute » aux nombreuses modifications opérées sur le système et qui doivent être adaptées à chaque nouvelle version du système. Un problème qui ne touche pas iOS par exemple, comme le signale Jon Evans, puisque plus de deux tiers des utilisateurs avaient migré vers iOS 5 en trois mois après sa sortie.

Le développeur souligne le paradoxe d’Android : plus le succès croit, plus la fragmentation l’accompagne. Aucune société n’est tenue de mettre à jour ses smartphones. Après tout, il s’agit de « pertes » pour les entreprises puisque la diffusion des nouvelles versions ne rapporte rien en l’état. Android se retrouve installé sur de nombreux matériels différents, certains manquant tout simplement de la puissance nécessaire aux versions récentes. La situation peut se complexifier au point qu’il faut parfois faire l’état des lieux lors d’une sortie majeure, comme pour Android 4.0.

De l’avis de Jon Evans, les tentatives de Google pour réparer la situation ont toutes abouti à des échecs. Après tout, l’éditeur ne peut pas faire grand-chose, car le pouvoir n’est pas entre ses mains. Les utilisateurs doivent attendre que les constructeurs affichent leur bon vouloir, ce qui a beaucoup plus de chances d’arriver sur des modèles haut de gamme tels que le Galaxy SII. De fait, seul le facteur temps semble réellement déterminant, puisque par définition, il ne finira que par rester des versions récentes. Mais le problème ne se répètera-t-il pas avec les moutures suivantes ?

Android 2.2, le nouvel Internet Explorer 6 ?

Chacun a son idée de la question, et dans les commentaires du blog de Jon Evans, on peut lire des solutions radicales telles que ne développer systématiquement que pour les dernières versions d’Android. Mais c’est se priver de la grande majorité des utilisateurs. L’autre solution est de prendre en compte directement toutes les versions et d’adapter son application pour les différents cas de figure, y compris activer les dernières nouveautés quand elles le peuvent. Mais le facteur limitant devient la quantité de temps que peut passer un développeur à faire le tri, sans parler des soucis spécifiques à chaque mouture. Enfin, un développeur peut viser Android 2.2 et attendre que ce dernier n’existe quasiment plus pour évoluer.

Une situation statique qui fait se demander à Ed Bott si Android 2.2 n’est pas le nouvel Internet Explorer 6 par son côté « boulet » empêchant le reste de la sphère d’évoluer. Il y a de fortes chances en revanche pour que ce ne soit pas le cas : il aura fallu presque une décennie pour se débarrasser du vieux navigateur, et Android 2.2 n’a clairement pas cette espérance de vie. Après tout, la téléphonie mobile se renouvelle très rapidement, ce qui est encore la meilleure chance pour les développeurs tiers. 

Enfin, Google pourrait durcir le ton et obliger les constructeurs à assurer le suivi en leur interdisant notamment de trop modifier le système.
Vincent Hermann

Rédacteur/journaliste spécialisé dans le logiciel et en particulier les systèmes d'exploitation. Ne se déplace jamais sans son épée.

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Publiée le 16/01/2012 à 17:00

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