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Selon Pascal Nègre, la France a perdu 2,2 millions d'utilisateurs de P2P

kolkhoze toujours

À l’approche du Midem de Cannes, qui débutera le samedi 28 janvier prochain, nos confrères Les Échos ont réalisé une interview de Pascal Nègre. De nombreux thèmes sont abordés, du marché de la musique à Internet en passant par Hadopi et la licence globale, qu’il juge anticonstitutionnelle et donc sans intérêt.

Pascal negre  commission piratage téléchargement

L’interview du patron d’Universal Music France commence tout d’abord par quelques mots sur le marché français, dont le bilan 2011 sera publié d’ici quelques semaines. Selon Pascal Nègre, contrairement aux USA, le marché français devrait continuer de reculer, entre 3 et 3,5 %. « On est très loin des -15% -20% d'il y a quelques années » tente-t-il de positiver.

La croissance pourrait ainsi faire son retour d’ici 2013, après une dizaine d’années de recul constant. L’ex-animateur de radios libres dans les années 80 fait ainsi remarquer que plus « vous avez une offre riche plus vous avez envie d'acheter. Depuis le début de la crise, la production de disques français a été divisée par deux. Il faut que l'industrie du disque produise plus d'artistes français. »

Le CNM en sauveur de la création, de l'offre, et donc du marché

Pour Pascal Nègre, le projet de Centre National de la Musique (CNM) est ainsi une solution à ce problème de production d’artistes et donc de choix pour les consommateurs. Pour mémoire, ce fameux CNM verra le jour dans quelques mois et pourrait jouir d’une belle enveloppe de 50 à 100 millions d’euros prélevée sur les FAI.

Du côté du numérique, Nègre estime sa croissance en France entre 20 et 25 % en 2011, ce qui devrait lui permettre, du fait de la chute du CD (environ -8 %), de représenter environ un quart du marché total. La musique numérique n’est cependant pas portée par les téléchargements (+15 %), mais par les abonnements de type Deezer (+60 %). « La tendance commence à s'inverser mais la musique n'est toujours pas sortie de la crise en France » conclue cependant l’ex président de Polygram.

Rappelons qu’aux États-Unis, le numérique a dépassé en 2011 le marché physique et les ventes globales (numériques + physiques) ont augmenté de 5 %, une première depuis 2004. Et au Royaume-Uni, les ventes d’album ont légèrement régressées (-5,6 %) au contraire des ventes de singles (+10 %). Outre-Manche, le CD Single est d’ailleurs en fin de vie avec 0,6 % des ventes sous ce format.

Hadopi, un succès sans répression

Concernant Hadopi, le bilan de Pascal Nègre est pour le moins étonnant. Selon lui, Hadopi a permis à la France de perdre 2,2 millions d’utilisateurs de P2P, dont 800 000 sont partis sur des sites illégaux de streaming et 1,2 million sur des sites légaux. « La France est le pays dans lequel il y a le plus de gens qui ont quitté le « peer to peer » et dans lequel la progression des ventes numériques est plus importante que dans les autres pays » estime-t-il.

En somme, Hadopi est un succès total. D’autant plus que pour le moment, personne n’a vu sa ligne coupée et a été jugée devant un tribunal. Pour Pascal Nègre, il s’agit donc là de la victoire de la pédagogie, « le principe de l’Hadopi », sur la répression. « On ne peut que se réjouir que ce soit un système qui fonctionne. »

Hadopi, mère de toutes les vertus

Des propos qui vont dans le sens de son homologue du cinéma Nicolas Seydoux (Gaumont et Alpa), pour qui la croissance des entrées dans les salles est due à Hadopi, qui n’a rien de répressive à son avis. L'essor des multiplexes, la numérisation des salles ou encore le succès des cartes illimitées ne seraient donc pas les raisons de la croissance des entrées en France.

Le discours est ainsi bien rodé, sachant que c’est la Commission de protection des droits qui décide d’envoyer les internautes devant les tribunaux ou non. Pour une question d’image, pour ne pas dire électorale, la situation actuelle (pas de sanction) a toutes les chances de demeurer intacte lors de des prochains mois.

Christian Paul Hadopi Didier Mathus

Didier Mathus et son avis sur Hadopi

Toujours concernant Hadopi, Pascal Nègre espère d’ailleurs que Didier Mathus, député PS anti-Hadopi récemment intégré (par le Sénat) au collège de la Hadopi, changera son avis sur la loi. « J'espère juste une chose : c'est qu'une fois à l'intérieur, il en aura une vision différente. » Une vision qui ne semble pas être partagée par Mathus lui-même, qui a récemment annoncé que « l’abrogation (NDLR : d’Hadopi) est aujourd’hui la position partagée par tous les spécialistes concernés auprès de François Hollande ».

La licence globale comparée à un kolkhoze

Concernant la licence globale, les propos de Pascal Nègre sont de plus en plus radicaux. Désormais, il ne se contente plus de l’exclure d’un revers de main car jugée inadéquate et peu intéressante. Aujourd’hui, l’argument du patron d’Univeral Music France pour rejeter la licence globale est simple : « C'est contre la constitution et les traités, je ne comprends pas pourquoi l'on en parle encore ! Ce débat n'a pas de sens. »

Pascal Nègre rajoute d’ailleurs à son argumentation que « le kolkhoze n'a pas été prévu dans la constitution ! » Rappelons pour les plus jeunes ou les plus anciens qui ont quelques défaillances de mémoire, que le kolkhoze est une coopérative agricole et l’un des systèmes représentants le plus le communisme de l’Union Soviétique...

CD Audio Universal Music dessin

Un point positif à la crise du disque

Enfin, notons que lors de cette interview, le PDG de la plus grande major de France a affirmé que Google était bien un allié et non un ennemi. Et surtout, il nous explique que « grâce à la crise, les majors sont sûrement les entreprises qui sont désormais les plus pointues sur toute la problématique internet que ce soit pour créer le buzz, créer une communauté, faire du business avec celle-ci... »

Internet est désormais au « cœur de notre business » termine Pascal Nègre. Et ceci, grâce à la crise donc.
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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Publiée le 16/01/2012 à 15:43

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