Nicolas Seydoux (Alpa, Gaumont) : Hadopi a poussé les gens au cinéma

Abonné averti, cinéphile converti 137
Nicolas Seydoux, président de l'Association de lutte contre piraterie audiovisuelle (ALPA) a expliqué la semaine dernière au Sénat qu’Hadopi était tout sauf répressive. Mieux : la riposte graduée a poussé des camions d'abonnés dans les salles.

« A ce jour aucun dossier n’a été transmis à un tribunal et il appartiendrait à un tribunal de décider éventuellement qu’il y a une sanction à prononcer. Donc arrêtons de dire que cette loi est liberticide ! » a affirmé celui qui est également à la tête de Gaumont.  « Les ayants droit ne sont pas dans l’attente de sanction mais d’une régression majeure du téléchargement illicite » insistera-t-il devant la Commission des affaires culturelles du Sénat.

L’argument de cette Hadopi-qui-est-tout-sauf-répressive a été maintes fois entendu. Cependant, si Hadopi n’a transmis aucun dossier au Parquet c’est tout simplement parce que la Rue de Texel en a décidé ainsi.

 Nicolas Seydoux au Sénat (Commission de la Culture)

La Commission de protection des droits, au cœur de la riposte graduée, est libre de transmettre les dossiers au parquet. Elle « peut » ou « peut ne pas » transmettre. Elle est donc maitresse de son image. C’est elle qui décide ou non d’appuyer sur le bouton rouge et d’apposer sur ses murs le vernis de son choix : organe pré-répressif ou machine à envoyer de simples rappels à la loi. Il faut y voir là une forme de darwinisme institutionnel luttant pour sa survie, s’adaptant aux pressions extérieures : quand à gauche, on souhaite abroger ce dispositif jugé trop sanctionnateur, la Hadopi fait oublier ce mois de suspension et les 1500 euros d’amende qui attendent l’abonné condamné.

Mais en plus d'être douce, Hadopi serait utile.

Hadopi a poussé les gens dans les salles

Au Sénat, Nicolas Seydoux a exposé un autre argument pour plébisciter cette autorité  indépendante : ses avertissements auraient des effets très positifs sur la fréquentation des salles de cinéma.

Quand la menace gronde, l'abonné ne se contente pas d'arrêter de télécharger, il court Carte Bleue en main dans les salles de cinéma. « En ce qui concerne le cinéma, c’est une très belle année de fréquentation dans les salles. Nous pensons que les dispositifs mis en place qui sont fondamentalement – puisqu’il n’y a eu aucune sanction – des moyens d’information des internautes, font que les gens se sont dit qu’effectivement ça serait peut-être plus difficile d’avoir des œuvres illicites à télécharger et qu’ils ont été dans les salles ». Des propos soutenus alors que face à Seydoux se tenait l’un des responsables de MegaUpload.

Le président de l’ALPA et de Gaumont a bien insisté sur ce lien de causalité entre Hadopi et entrées en salle, tout en critiquant la scission entre la droite et la gauche sur le sujet. : « Aucune technologie, quelle que soit sa qualité, ne peut remettre en principe les valeurs de la République, les valeurs de la démocratie. Même si Hadopi va lentement, nous nous pensons qu’elle est efficace. »

La fréquentation à l'épreuve du temps

Si on fait un rapide bilan, voilà quelques titres publiés ces dernières années :

« Cinéma : fréquentation record en 2011 » (France Culture, 04/01/2012)
« Fréquentation record des salles de cinéma en 2010 ! » (Boursier.com, 16/02/2011)
« Fréquentation record des cinémas en 2009 » Allociné 09/01/2010)
« Cinéma: fréquentation 2008 en hausse » (Le Figaro, 06/01/2009)

En 2008, le cinéma enregistrait en effet 190 millions d’entrées. En 2009, 200,9 millions d’entrées. En 2010, 206,6 millions. En 2011, le CNC anticipe déjà 215,6 millions d’entrées. Quant à la loi Hadopi, elle a été votée le 12 juin 2009 et les premiers courriers sont partis le 1er octobre 2010.
Publiée le 16/01/2012 à 10:56
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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