Interview MegaUpload : "nous ne sommes qu'un disque dur à distance"

Rogard de braise 52
Emmanuel Gadaix est chief technology officer (CTO) chez Megaupload. PC INpact l'a rencontré à l'occasion de sa venue depuis Hong-Kong pour participer à une ronde au Sénat sur la liberté sur Internet et de la rémunération des auteurs. Un débat où on retrouvait la Hadopi, Nicolas Seydoux (ALPA, Gaumont), mais également l’UFC-Que Choisir, Philippe Aigrain (la Quadrature du Net), la SPEDIDAM, etc.

L’attention des ayants droit était éminemment portée sur cette entreprise que Pascal Rogard (SACD) n’a pas hésité à qualifier de « mafieuse » ("c'est la première fois que je me retrouve ici face à une entreprise mafieuse")...

Megaupload Sénat
Megaupload, ce matin en commission des affaires culturelles du Sénat

Vous affirmez que Megaupload est un site légal, que vous n’aviez aucune action en justice…

Oui ! On existe depuis sept ans globalement. On travaille dans des marchés très stricts comme les États-Unis avec des sociétés comme Paypal qui ne tolèreraient jamais la moindre infraction au Code de conduite qu’ils nous imposent.

PC INpact : Que répondez-vous à Pascal Rogard (SACD) qui vous accuse d’être une « entreprise mafieuse » ?


Emmanuel Gadaix : C’est un peu agressif ! Surtout dans un débat public. On n’a jamais été condamné, on respecte toute les lois en vigueur dans toutes les juridictions dans lesquelles on travaille. Pourquoi on se fait traiter d’entreprise mafieuse ? C’est tout de même un peu abusif, il me semble, surtout qu’il n’a pas expliqué pourquoi. (NDLR : l'entreprise ne sait pas encore si elle va attaquer en diffamation)

Mais vous constatez tout de même que lorsqu’un ayant droit arrive sur Google et tape le nom d’un film, en tête des réponses vient un lien Megaupload avec l’hébergement du film en question…


Il ne faut pas confondre l’hébergeur qui lui est neutre et n’a pas le droit d’inspecter le contenu des utilisateurs. C’est l’utilisateur qui a choisi de partager ce lien - auquel il n’a pas forcément droit – avec l’internet, ses amis, une communauté, un site... C’est en dehors de notre contrôle. Nous ne sommes ni juge, ni policier, ni Google. Nous avons des lois à respecter sur la vie privée, la protection des données qui nous interdit d’inspecter ce que font les utilisateurs avec leur compte.

Une entreprise mafieuse, ça fait référence à une entreprise qui gagne beaucoup d’argent... MegaUpload, c’est quoi financièrement en détail ?

Les chiffres de MegaUpload, comme c’est une société privée, sont encore confidentiels et en plus moi je ne les connais pas. Je m’occupe de la partie technique. C’est une entreprise qui a une présence globale qui travaille avec 70% des plus grosses entreprises au monde dans les services de cloud. Donc effectivement, nous avons beaucoup de succès dans beaucoup de marchés, et notre entreprise marche bien. Mais il est évident que quelques utilisateurs qui vont l’utiliser à des fins de piratage, ça ne représente rien du tout pour notre chiffre d’affaires.

Et si un ayant droit vous proposait une solution de finger printing avec détection des contenus déposés…

Mais nous on discute avec les ayant-droits ! Ils ont des comptes chez nous pour pouvoir retirer du contenu, on est en dialogue pour implanter ce genre de solutions avec eux, on est aussi en dialogue avec des sociétés pour implémenter des systèmes où les ayants droit peuvent contrôler eux même la diffusion de leurs œuvres. Nous essayons de travailler avec ces partenaires, mais souvent ils nous ferment la porte au nez.

Pourquoi ?

Je ne sais pas. Peut-être une perception publique qui est relayée par certains groupes d’intérêt et les médias, qui ne correspond pas du tout à la réalité de ce qu’est MegaUpload. Ils confondent le fournisseur d’infrastructure, nous, avec certains blogs ou sites web qui vont répertorier des liens vers des fichiers qui sont effectivement stockés chez nous. Mais nous, nous sommes qu’un disque dur à distance. Un gros disque dur, mais c‘est tout. Nous sommes un service d’infrastructure.

Le marché français représente quoi dans votre activité ?

Il est très populaire. Nous avons 15 millions de visiteurs uniques par mois en France. C’est l’un de nos plus gros marchés. Beaucoup de pays d’Europe occidentale sont aussi importants, comme les États-Unis, l’Amérique du Sud. Le Brésil est plus important que la France.

Il y a une action en France à l’encontre d’Allostreaming et d’autres sites de la galaxie Allo…

J’en ai entendu parlé mais je ne connais pas les sites en question.

Ce genre d’action, vous les soutenez, vous les regardez de manière neutre ?

On est neutre. S’ils ne respectent pas les lois en vigueur, c’est normal qu’il y ait des actions en justice contre eux. Nous cela ne nous affecte pas directement ou indirectement. C’est leur choix d’opérer leur business de la manière dont ils le veulent. Si c’est illégal, il est normal qu’il tombe sous le coup de la justice.

Quel est le régime juridique de l’hébergement à Hong Kong, là où vous avez votre siège ?

C’est le système anglo-saxon. Nous avons un système de Take Down qui existe depuis le début et qui est très sophistiqué : dans quelques heures au pire les contenus vont être enlevés une fois qu’un ayant droit nous le signale. Tous les grands ayants droit ont un compte chez nous, Sony, Microsoft, Disney… Un compte direct où ils peuvent intervenir sans notre coopération. Ils y vont directement et enlèvent tel ou tel fichier.

Comment lutter contre la réapparition des fichiers ? Les remises en ligne…

Quand cela se passe, nous avertissons l’utilisateur et s’il récidive, nous fermons son compte.

Côté utilisateur, d’accord, mais côté fichier ?

Le ficher nous est signalé puis il est enlevé.

Il faut donc à chaque fois une notification

Le problème est que les fichiers ne sont pas tous les mêmes. Certains rajoutent des données à la fin du fichier ou l’encodent différemment. Ce n’est pas si simple et nous gérons des milliards de fichiers. C’est impressionnant le travail que l’on a à faire juste pour gérer tous ces rapports avec les ayants droit.

Vous avez été approché par les ayants droit français ?

Non. On a commencé des discussions avec Sony. Hier je parlais avec le directeur de la création chez Sony hier soir… Moi j’aimerais bien essayer d’approcher ces organisations qui sont un peu agressives vis-à-vis de nous car elles ne comprennent pas notre modèle, ce qu’on essaye de faire. Moi j’aimerai bien engager un dialogue pour leur montrer que nous ne sommes pas le problème mais nous faisons partie de la solution.

Enfin que pensez-vous de SOPA ? Ça vous fait peur ?

Oui ça fait peur car c’est une sorte de dérive un peu répressive. Ça va jusqu’où ? C’est l’État policier, Georges Orwell, 1984 ! C’est ça qui nous fait peur. L’impact sur notre business ? Ça nous concerne peu car on est un business légal. Ce qui nous concerne vraiment, c’est la détérioration des libertés sur internet. C’est une réalité, pas juste une chimère comme certains des participants au colloque veulent nous le faire croire.
Publiée le 11/01/2012 à 15:43
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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