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Édito : mais qui est donc le Parti Pirate français ?

J'ai tenté de résumer

Pour la majorité de la population française, le Parti Pirate français est inconnu au bataillon. Tout au plus, le nom leur fera croire qu’il s’agit d’un groupe de geeks illuminés ayant pour but unique de légaliser le téléchargement illégal. Pour les spécialistes, ils ont surtout entendu parler de leurs confrères allemands et suédois, qui ont réussi à se faire élire. Mais le Parti Pirate français, lui, n’arrive pas à atteindre l’aura de ses voisins européens. Présentation.

Parti Pirate français PPF

Avant de nous pencher sur le PP français, attardons-nous un peu aux Partis Pirates dans leur globalité et aux fondateurs suédois. Officiellement, tout a commencé en 2006, avec la création du Parti Pirate suédois (Piratpartiet) le 1er janvier. De nombreux partis équivalents dans le monde entier ont alors été créés la même année : en France, en Allemagne et en Autriche (le Piratenpartei), en Pologne (Partia Piratów), en Espagne (Partido Pirata), aux États-Unis (United States Pirate Party - USPP), etc.

Bien d’autres partis pirates à travers le monde se sont ensuite créés entre 2007 et 2010, notamment au Canada, en Italie, en Belgique, en Suisse, en Bulgarie, aux Pays-Bas, au Luxembourg, au Portugal, au Royaume-Uni, en Irlande, en Russie, en Nouvelle-Zélande, au Mexique, et même en Tunisie (l’an passé).

Au total, on compte une petite cinquantaine de Partis Pirates à travers le monde, dont plusieurs dizaines sont membres du Parti Pirate International (PPI). Tous ne sont par contre pas enregistrés officiellement dans leur pays respectif en tant que parti politique. Ils ne peuvent donc pas tous se faire élire, tout du moins pas en tant que membre du Parti Pirate.

La vision des Partis Pirates

De nombreux partis se sont inspirés de la version suédoise, de son fonctionnement à ses objectifs. Quels objectifs ? Contrairement à ce que son nom indique, le parti ne vise ni à pirater sur Internet, ni sur les mers et les océans. Le Parti Pirate suédois a ainsi le programme suivant, programme copié à peu de chose près par les autres Partis Pirates :
  • défendre la vie privée des citoyens, que ce soit sur le Net ou en-dehors
  • défendre la liberté d’expression, et donc lutter contre la censure
  • défendre la neutralité du net, que ce soit en Suède ou en Europe
  • renforcer la liberté d’information
  • abolir toutes les lois et les systèmes de surveillance des correspondances (que ce soit sur le Net, le téléphone, etc.)
  • garantir le droit à l’anonymat et la protection des sources
  • réformer tout ce qui porte aux brevets (logiciels, pharmaceutiques, etc.), au droit d’auteur et à la propriété intellectuelle
  • lutter contre la surveillance des internautes
  • démocratiser les nouvelles technologies dans les campagnes et les écoles (dans le but de démocratiser facilement la culture et la connaissance)
  • pousser les administrations à utiliser au maximum des logiciels open source
  • publier publiquement toutes les recherches scientifiques financées par l’État
Concrètement, à l’heure où les durées de validité des droits d’auteur s’allongent à n’en plus finir afin de protéger le système économique des maisons de production, le Parti Pirate suédois ne souhaite pas supprimer le droit d’auteur, mais en limiter sa durée. À 5 ans précisément. Au-delà, les œuvres, les logiciels, etc. entreront dans le domaine public, pour toutes les conséquences que cela implique. Le but est notamment de permettre à la population d’accéder rapidement et légalement à la culture, tout en accordant tout de même aux créateurs de profiter de leur travail durant cinq ans. Le but est ainsi de trouver un équilibre entre création, diffusion et accès à la culture, notamment aux plus pauvres. Le mot équilibre revient d’ailleurs souvent dans le programme du parti.

Toujours concernant le droit d’auteur, le parti souhaite « garder le droit d’auteur sans but lucratif » et modifier celui ayant trait à l’économie, notamment en légalisant le partage sans but lucratif des œuvres, en interdisant tous les DRM et en supprimant la redevance pour copie privée. Cette dernière est donc aussi présente en Suède et fait débat, comme en France.

Parti Pirate International

Mais le Parti Pirate suédois, ce n’est pas que la défense du partage. Comme la liste ci-dessus le montre bien, la plupart des objectifs du parti visent en particulier la liberté, la démocratie, la culture et le respect de la vie privée.

Un élu suédois au Parlement européen, 15 sièges à Berlin

Et au niveau des résultats politiques ? Sans surprise, ce parti attire les jeunes. Il a ainsi profité à plein des attaques répétées contre The Pirate Bay ces dernières années pour se faire connaître au-delà des frontières du net et des geeks. Résultat, le parti dispose d’un député européen après un très beau succès aux élections il y a deux ans avec 7,1 % des suffrages. Une réussite que seul le parti pirate allemand a pu recréer cette année (après de très nombreuses tentatives entre 2008 et 2010), avec cette fois près de 9 % des voix, soit 15 sièges à Berlin.

Et ailleurs ? C’est le calme plat. Il faut dire déjà les partis suédois et allemands ont compté selon les périodes plus de 10 000 membres. Le parti suédois a même atteint près de 35 000 membres, soit plus que d’autres grands partis nationaux. Les partis pirates des autres pays, eux, ne comptent que quelques centaines de membres, parfois 1000 ou 2000. Et les résultats aux élections sont du même acabit. Généralement, ce parti n’atteint même pas 1 % des voix. Un score insuffisant pour être représenté par un élu.

Et le Parti Pirate français ? Pourtant créé la même année que les PP suédois et allemand, le PP français est loin, très très loin de ses voisins européens. Pourtant, à l’instar de la Suède, les sujets de discussion et débat ne manquent pas, que ce soit au niveau national, continental ou international : DADVSI, HADOPI, LOPPSI, redevance copie privée, filtrage, atteinte à la neutralité du net, ACTA, l’allongement des droits d’auteur, attaques contre les sources des journalistes, frondes contre Wikileaks, les nouvelles cartes d’identité, fichage, multiplication des caméras de surveillance, etc.

Au 1er novembre 2011, le PP français compte 151 adhérents. Non, nous n’avons pas oublié un chiffre quelque part. Pour un parti vieux de cinq ans maintenant, voilà qui paraît bien ridicule. Néanmoins, tentons de décrypter cet échec. En premier lieu, même si le PP en France est né en 2006 avec la loi DADVSI, il est surtout actif et organisé depuis 2009 (grâce à Hadopi), année où Maxime Rouquet, membre du parti, a tenté en septembre de se faire élire dans les Yvelines. La création en 2006 du PP français a été assez chaotique. Entre 2007 et 2009, plusieurs partis pirates ont de plus co-existé, ce qui les a tous desservis, chacun critiquant l’autre notamment. Ils ont finalement fusionné en septembre 2009 pour ne former qu’un PP français unique. Nous pouvons donc considérer que le PP actuel n’a que deux ans, et non cinq. Et encore...

Interview par France Culture en 2009

Concernant Maxime Rouquet, il n’obtint au premier tour que 2,08 % des suffrages. En mai 2010, le Conseil Constitutionnel a finalement invalidé le vote suite à des anomalies de décompte. Les élections ont donc été réorganisées. Mais Maxime Rouquet n’a alors récolté que 0,66 % des suffrages, faute d’une bonne préparation.

Cette histoire illustre cependant assez bien les problèmes que connaît le PP depuis quelques années. En 2010 et en 2011, pour des élections cantonales et régionales, le parti tentera par exemple de s’y présenter pour finalement faire machine arrière, faute de candidats suffisants pour former une liste complète.

Le parti en quête de stabilité 

L’autre problème majeur du parti est clairement son changement constant de présidence. En quelques mois, Florian Lauté, Paul Da Silva et Maxime Rouquet (lui-même) ont ainsi occupé le poste de président. Si le premier nommé a surtout assuré la transition après la fusion des deux partis, Paul Da Silva avait pour rôle de faire décoller le parti. Ancien porte-parole du parti, il en est donc devenu rapidement le président fin 2010 et a multiplié les interviews.


Mais cette ascension a été de courte durée. Début mai 2011, Paul Da Silva annonce sa démission. Sur son blog, il explique notamment qu’il y a laissé sa santé, sa vie privée, et qu’il n’était plus en phase avec certains membres du parti.

Paul Da Silva a ainsi été remplacé après élection par Maxime Rouquet début juin dernier, qui est donc l’actuel président du PP français. PDS, après s’être éloigné du PP, a bien tenté une sorte de retour fin octobre, mais elle ne fût que de courte durée, au point de définitivement abandonner le Parti, même en tant que simple membre.

Parti Pirate français PPF

2012 en ligne de mire

Et maintenant ? Le Parti Pirate français a encore son histoire à écrire. Et même son programme en fait. Si les sujets en rapport avec son idéologie sont nombreux et touchent de plus en plus de citoyens, il est probable que le Parti ne puisse décoller en France que s’il élargit ses horizons. Le sujet fait en tout cas encore débat au sein du parti, tout comme son mode de fonctionnement (quid de la démocratie liquide ?).

Comme on peut le lire sur ce topic ouvert par PDS, les tensions sont encore palpables et de nombreux membres se posent des questions sur leur devenir. Le futur du Parti réside de façon évidente dans sa stabilité et la mise en place d’une vision claire, afin de cibler au mieux ses objectifs. Il gagnera ainsi en crédibilité et légitimité, dans un premier temps auprès de ceux qui se rapprochent le plus de leurs idées, et pourquoi pas au-delà dans un futur proche.

Le parti jouit malgré tout d’une véritable structure et ses principaux membres semblent vouloir relancer sérieusement parti. France Info a même mis en avant le PP français en septembre dernier lors d’un sujet sur le PP allemand. Le Figaro en a d'ailleurs fait de même. Les membres du Conseil d’Administration du PP français organisent d’ailleurs très régulièrement des réunions ces derniers mois afin de se préparer aux prochaines échéances et organiser un maximum d'actions. Il leur reste désormais à attirer massivement des adhérents. Ce qui est certainement la tâche la plus complexe qui soit pour un petit parti.

Les membres du Parti Pirate français sont bien sûr invités à répondre ici même à toutes les questions que les INpactiens leur poseront dans les commentaires.
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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Publiée le 06/11/2011 à 09:00

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