Liberté d’expression : les deux visages de Facebook

Poilus 160
Il y a définitivement bien deux Facebook. Il y a d’un côté l’outil aux avant-postes de la liberté d’expression notamment dans des pays qui ont connu le printemps arabe. De l’autre le chantre de la pudeur, moralisé par des dispositifs technologiques automatisés traquant poils et peau.

Impossible de tout dire, tout montrer sur Facebook. Deux faits pour en témoigner à des échelles bien différentes, mais qui ont la liberté d‘expression pour toile de fond.

Un égyptien vient de se voir infliger trois ans de prison suivi de travaux forcés pour avoir ouvert sur Facebook la page « Al Monadel Mard ». Selon la justice égyptienne, Ayman Youssef Mansour a insulté "le noble Coran, la vraie religion islamique, le prophète de l'islam et les musulmans, d'une manière calomnieuse" selon les propos rapportés par La Mena (agence de presse égyptienne) et l’AFP.

Sans que l’on sache pour le moment le contenu de ces blasphèmes, le juge a estimé qu’il y avait violation de l’article 98 (f) du Code pénal égyptien. Cet article punit ceux qui ont « exploité la religion afin de promouvoir ou de défendre des idéologies extrémistes en s’exprimant, par oral, par écrit, ou de toute autre manière, aux fins de provoquer des émeutes, d’insulter ou de dénigrer les religions révélées, ou en portant atteinte à l’unité nationale ou à l’harmonie sociale » (voir site de la FIDH). En 2007, le blogueur Karim Amer avait connu le même sort pour une expression un peu trop libérée en ligne.

Plus près de nous, un français vient cette fois de trainer Facebook devant le TGI de Paris. Le réseau social lui avait tout simplement désactivé son compte personnel après la diffusion du tableau de Gustave Courbet, l’Origine du Monde. En fait, souligne le JDD, il avait « posté sur son mur un lien avec une vignette représentant le tableau, qui renvoie au documentaire sur L’Origine du monde réalisé par la Réunion des musées nationaux et Arte ». Après publication, il perdait sur le champ son compte et ses 800 amis numériques. Il réclame maintenant 20 000 euros pour couvrir ses dommages et intérêts.

Gustave Courbet l'Origine du Monde

Cet enseignant parisien devra cependant d’abord combattre une clause de compétence dans les conditions générales d’utilisation de Facebook. Elle attribue aux tribunaux de Santa Clara (US) le traitement des litiges Facebook. "Mais tout utilisateur de Facebook peut être considéré comme un consommateur. Or, en France, le code de la consommation prévoit que tout consommateur peut saisir la justice de son pays", explique dans les colonnes du quotidien, Me Stéphane Cottineau, avocat de l’enseignant. En réputant la clause comme non écrite, les tribunaux français pourront ensuite s’occuper du fond du litige.
Publiée le 24/10/2011 à 09:47
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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