Édito : un fanboy sommeille-t-il en chacun de nous ?

Confirmation (ou non) mardi 331
Le sujet peut sembler éculé, et pourtant, entre les élections nationales et le lancement de leur smartphone préféré, certains ont vite choisi leur priorité. Aujourd’hui, une partie de la population ne se représente plus à travers une philosophie, un idéal de vie ou un engagement, mais plutôt à travers une marque, et ce, souvent de façon manichéenne.

Fanboy de la marque que vous voulez

Il y a les pro-Apple, et les anti-Apple. Les pro-libre et les autres. Les pro-Android contre les pro-iOS. Les pro-AMD et les pro-Intel. Les pro-Google, et même les pro-Microsoft et les pro-Facebook. On trouve de tout en ce bas monde.

Il est certain que beaucoup « d’anti » naissent souvent de l’émergence des fanboys. Leur aveuglement voire leur extrémisme ont pour conséquence de créer un contre-pouvoir, une sorte d’anti-thèse. Et le cercle étant vicieux, ces mêmes « anti » créent des fanboys, ou mieux encore, ils deviennent eux-mêmes fanboys d’une autre marque (par exemple, un anti-Intel deviendra de facto un pro-AMD).

Mais nous ne voulons pas ici nous intéresser à ceux qui sont contre, mais uniquement à ceux qui se sentent obligés d’être pour. Dans quelques jours, nous en aurons la parfaite illustration avec l’annonce officielle de l’iPhone 5.

Apple, comme bien d’autres marques, a ses hordes de fanboys devant l’éternel, ce n’est pas nouveau. Ceux-là mêmes qui trouvaient l’iPhone 1 à bon prix, ce qui n’a pas empêché Apple de réduire son tarif quelques semaines après son lancement. Ceux-là mêmes qui pensaient que les DRM étaient indispensables, avant que Steve Jobs affirme un avis inverse. Etc. Etc.

Globalement, la plupart des gens pensent être objectifs et en aucun cas être des fanatiques. Ils trouvent juste qu’une entreprise réalise tout ce dont ils ont besoin dans un domaine précis. Il est donc normal de la supporter, et de la défendre face aux crétins qui sont contre et qui ne comprennent rien à la vie.

Au final, souvent sans nous en apercevoir, nous devenons des fanboys. Au point la plupart du temps de trouver plus d’arguments pour soutenir notre marque préférée que pour discuter de sujets de sociétés, pourtant primordiaux dans notre vie.

Mais cela n’empêche pas de vivre pour autant. C’est juste triste au final. Et assez fatigant à écouter ou lire à la longue. Là où le phénomène est plus inquiétant, c’est quand les journalistes sont eux-mêmes touchés et surtout, quand ils n’arrivent même plus à le cacher correctement.

Fanboy

Comme dit un peu plus haut, l’iPhone 5 sera dévoilé en début de semaine prochaine, à coups de « Amazing », « Revolution » et autre « Incredible ». Si de la part d’Apple, cela peut faire sourire, d’autant qu’elle n’est pas la seule société à le faire, c’est déjà plus problématique quand les journalistes suivent.

Dès lors que l’on est un fanboy qui s’ignore, cela signifie donc que l’on :
  • ne voit pas ou que l’on minimise les défauts des produits
  • remarque les défauts des concurrents, tout en oubliant que notre précieux est aussi concerné
  • voit des nouveautés là où il n’y en a pas
  • ne peut s’empêcher de comparer un produit avec celui de sa marque fétiche
Bien sûr, tout ceci pourrait simplement être expliqué par de l’incompétence. Mais on peut être compétent et être un fanboy. Par contre, on ne peut être un fanboy et ne pas savoir le dissimuler sans paraitre pour un incompétent. Sauf aux yeux des autres fanboys du même bord, cela va sans dire.

Or aujourd’hui, nous en sommes parfois là du côté des journalistes. Sur bien des domaines, la concurrence existe, mais seule une marque est généralement citée. Le cas de Google est symptomatique. Alors que Bing par exemple propose certains services parfois très convaincants, il est quasi systématiquement ignoré. Même chose pour les concurrents d’Apple. Ce n'est pas forcément du "fanboyisme", mais cela s'y apparente au final, tant les points communs sont nombreux.

Et le cercle étant particulièrement vicieux, les journalistes s’influencent eux-mêmes, et leurs lecteurs aussi bien évidemment. Ainsi, plus les journalistes parlent d’une marque et négligent les autres, plus les autres journalistes en font de même, etc., etc. Ils deviennent alors des fanboys qui s’ignorent en quelque sorte.

Automatiquement où la machine est lancée, il est bien difficile de l’arrêter. Seule une faute grave de la marque peut inverser la tendance. Quant aux autres, les concurrents souvent ignorés, quand ils ne sont pas méprisés, pour rentrer dans cette catégorie si importante de « société dotée d’une armée de fanboys journalistes », ils doivent franchir une véritable montagne.

La meilleure technique pour atteindre ce but et pour exister, est de manipuler les chiffres et faire croire à la presse (et donc à leurs lecteurs/auditeurs/téléspectateurs) que l’on est important, alors que ce n’est pas le cas… Mais nous reviendrons sur ce sujet dans un futur édito.
Publiée le 01/10/2011 à 08:08
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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