Windows 8 : le Secure Boot pourrait faire du tort à Linux

Et le tort tue 472
L’une des fonctionnalités de Windows 8 risque de faire parler d’elle chez les utilisateurs d’autres systèmes d’exploitation. Le prochain programme de logo « Designed for Windows 8 » réclame en effet le support de la fonctionnalité Secure Boot. Or, cette dernière rend obligatoire la signature du système d’exploitation par une Certificate Authority. Un mouvement qui ne facilitera pas l’installation des distributions Linux et autres systèmes.

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La protection de la séquence de démarrage contre les malwares

Ce fait est pointé du doigt par Matthew Garrett, développeur chez Red Hat. Le programme de logo imposera la présence du Secure Boot, une fonctionnalité permettant de s’assurer que toute la chaine de démarrage n’est pas modifiée. Le Secure Boot rend obligatoire la signature électronique de chaque élément de cette chaine, de l’UEFI au système d’exploitation. Or, si Windows 8 est forcément prévu pour une telle signature, ce n’est pas le cas de Linux.

Microsoft veut profiter du Secure Boot pour se débarrasser de toute une classe de malwares visant justement le démarrage du système, notamment les bootkits et rootkits. Dans le cas de Linux, l’installation du système ne sera pas forcément empêchée, mais l’étape de création du multi-boot ne pourra se faire, puisqu’il s’agit justement d’une modification dans la chaine de démarrage.

Le choix dans les mains des OEM

Matthew Garrett note toutefois que la seule présence de Windows 8 en tant que telle ne change rien à la situation actuelle. Toutes les machines équipées de BIOS par exemple ne pourront en aucun cas disposer du Secure Boot. Mais Microsoft va profiter de son programme de logo pour que l’UEFI se répande puisque les capacités de ce dernier vont jouer une part importante dans le boot rapide du système. De fait, l’attention se reporte vers les constructeurs.

Garrett estime ainsi que les cartes sont entre les mains des OEM. Si le Secure Boot doit être obligatoirement présent, rien n’indique qu’on ne peut pas mettre en place la possibilité de le désactiver. Il craint cependant que les OEM se conformant au programme cherchent à en faire le minimum, quitte à mettre de côté cette désactivation.

Du coup, le développeur ne craint pas l’interdiction d’installer Linux mais les restrictions sur le choix du matériel. On retrouvera trois cas :
  • La machine que l’on monte soi-même, et qui ne causera aucun problème
  • La machine d’un OEM avec logo Windows 8 avec désactivation possible du Secure Boot
  • La machine d’un OEM avec logo Windows 8 avec Secure Boot obligatoire
De fait, si un utilisateur de Linux souhaite changer de machine et en acheter une chez un OEM, il devra vérifier que le produit visé dispose bien de la coupure du Secure Boot.

Signer les distributions Linux : de nombreux problèmes

Garrett aborde également le cas de la possible signature des distributions Linux, mais cela pose plusieurs problèmes. Il note premièrement que chaque distribution aurait besoin d’un bootloader ne reposant pas sur la GPL. La version 3 de la licence rend obligatoire la distribution des clés, tandis que la version 2 n’aborde pas ce thème. Garrett estime cependant qu’il serait de mauvaise foi de se baser sur cette zone grise.

Deuxièmement, le futur du kernel est d’être lui-même un composant de la chaine de démarrage. Conséquence : il faudrait que le kernel soit également signé, une solution inenvisageable puisqu’elle interdirait aux développeurs tiers de compiler leur propre noyau. Troisièmement, les éditeurs de solution Linux pourraient envisager de faire leurs propres signatures, mais il faudrait alors disséminer ces clés à tous les OEM. Une option lourde sur un plan logistique, et qui n’a pas de garantie de succès.

En résumé, la question ne se pose pas avec le matériel actuel et toutes les cartes mères équipées de BIOS. Sur les prochaines machines OEM équipées d’UEFI, il faudra par contre contrôler que la désactivation du Secure Boot soit possible. 
Publiée le 22/09/2011 à 11:15 - Source : Ars Technica
Vincent Hermann

Rédacteur/journaliste spécialisé dans le logiciel et en particulier les systèmes d'exploitation. Ne se déplace jamais sans son épée.

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