Avec la démission de Steve Jobs, quelle nouvelle vie pour Apple ?

Nouveau tournant dans l'histoire d'Apple 339
L’annonce hier soir de la démission de Steve Jobs a résonné comme un coup de tonnerre à travers l’industrie. Epilogue d'un enchaînement d’événements pour un homme qui était finalement plus qu'un PDG, mais l'acteur essentiel d'une entreprise sur laquelle il a apposé sa griffe. Que signifie cette démission ? Quelles conséquences ? Retour sur un parcours d’exception.

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Source de la photo : Acaben (licence Creative Commons)

Les origines d’Apple

Apple, en tant que société, est créée en 1976 par Steve Jobs, Steve Wozniak et Ron Wayne. Durant les premières années, tout tourne presque exclusivement autour du matériel. Il faut savoir qu’à cette époque les ordinateurs étaient très onéreux et la sortie de l’Apple 1 à 666,66 dollars fut donc remarquée. Quelques années plus tard, Apple rachetait à Xerox des brevets portant sur les interfaces graphiques et la souris, deux technologies dont les laboratoires ne mesuraient pas la portée. On connaît la suite : le Lisa sortit en 1983, mais s’il fut reconnu comme une étape très importante, il était bien trop cher pour rencontrer un vrai succès commercial.

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L’année 1984 est celle du premier Macintosh. De cette machine vient également le lien entre Apple et l’industrie graphique. Durant la phase de conception, Jobs aurait fortement participé à la mise en place des premières polices à chasse variable. On parle de chasse variable quand, au sein d’une même police, chaque lettre ne prend pas forcément la même place que les autres. Exemple : le « i » et le « m ».

La première phase s’arrête ici pour Steve Jobs. En 1985, il est licencié par John Sculley, celui-là même que Jobs avait débauché de Pepsi Cola pour diriger Apple en 1983.

Le succès

Ici encore, l’histoire de Jobs est connue. Évincé d’Apple, il se tourne vers une nouvelle entreprise baptisée NeXT. À la même époque, il rachète une société spécialisée dans l’animation, Graphics Group, qui deviendra par la suite Pixar.

Les années passées chez NeXT vont être décisives. De très nombreuses technologies développées dans cette société seront plus tard au cœur de la stratégie d’Apple. Les machines conçues par NeXT visent très clairement le haut de gamme avec des écrans à haute résolution, un véritable multitâche préemptif pour le système d’exploitation et surtout toute une partie logicielle exclusivement codée en Objective-C, dont on connaît la portée chez Apple aujourd’hui.

En environ une décennie, la situation évolue grandement. En 1996, Apple rachète NeXT et Jobs occupe un étrange poste de conseiller auprès du PDG d’alors, Gil Amelio, dont il prend de manière intérimaire le poste dès 1997. Il faudra attendre l’an 2000 pour que le PDG temporaire deviennent le PDG bien ancré que l’on connaît.

Les premiers pas de Steve Jobs en tant que grand patron vont déterminer la totalité du succès actuel de la firme. L’eMac débarque en 2002 et rencontre un grand succès. Les années Mac OS X commencent également et si le système est dans ses deux premières moutures tout juste exploitable, il remporte rapidement l’adhésion des utilisateurs à partir de Jaguar (10.2). Va venir par la suite l’iPod et ses multiples déclinaisons, la boutique iTunes et ses ventes numériques de titres musicaux et ainsi de suite, jusqu’à l’iPhone, l’iPad et le Mac OS X Lion actuel.

La démission en tant que PDG

Steve Jobs annonce son départ alors que la firme amorce un important nouveau virage : celui de la convergence entre l’informatique traditionnelle et les équipements mobile. Il apparaît au fur et à mesure que l’objectif de la société est de créer un espace distant pour les données de l’utilisateur tout en permettant d’y accéder de la même manière quelle que soit la machine.

Pour autant, le visage d’Apple va-t-il changer sans son patron charismatique ? Déjà, une précision trop vite oubliée : si Steve Jobs n’est plus PDG, il ne quitte pas Apple pour autant, loin de là. Il devient président du conseil d’administration, directeur et employé de la société. On imagine donc que son influence va rester importante, le rôle de PDG à proprement parler comprenant une bonne parti d’image et de présentation. Le Wall Street Journal estime également qu’il continuera à tirer une partie des ficelles.

Deuxièmement, le conseil d’administration a justement accédé à la demande de Jobs sur la nomination de Tim Cook au rang de PDG. La page des responsables d’Apple vient d’ailleurs tout juste d’être mise à jour. Il était jusqu’à présent le directeur opérationnel d’Apple et remplaçait parfois Jobs depuis quelques années sur les planches des salles de conférence. Rappelons que depuis 2004, Steve Jobs se bat contre un cancer du pancréas qui l’a déjà obligé à prendre de longues vacances. Une maladie qui laissait d’ailleurs fortement présager ce départ, d'autant qu'une biographie autorisée est prévue pour 2012.

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Quelles conséquences ?

Si le départ de Steve Jobs fait du bruit, il joue également sur les cours de la bourse, toujours très réactifs dans l'instant. L’action Apple a chuté d’environ 5 % cette nuit, tandis que celles de Samsung et HTC ont gagné respectivement 3,3 et 3,5 %. D’autres constructeurs ont également profité du sillage de la nouvelle, notamment Hynix Semiconductor avec 4,6 %.

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Il reste nécessairement une inquiétude présente sur le marché. Le plus grand succès de Jobs n’est en effet pas un produit en particulier, mais la société Apple telle qu’elle est actuellement. La question qui demeure principalement est donc de savoir si la firme va se maintenir sur les mêmes rails maintenant que son icône ne sera plus au premier plan.

Pour autant, ce départ pourrait potentiellement ne rien changer. Michael Gartenberg, analyste chez Gartner, a ainsi indiqué à Associated Press que les consommateurs n’achetaient pas les produits Apple pour Steve Jobs, mais bien parce qu’il s’agissait de produits Apple. Il met d’ailleurs en garde les concurrents contre la trop facile déduction qu’il y aurait un avantage à tirer du changement de PDG.

Enfin, le critère le plus important pour le futur d’Apple est sans conteste que la méthode de fonctionnement de Steve Jobs a imprégné l’ensemble d’une structure qui a rencontré un fort succès par ce biais. À moins d’une surprise, Apple devrait donc rester strictement identique dans sa philosophie et ses objectifs : les iPod, iPhone et iPad continueront de sortir les uns après les autres, de même que les prochains modèles de Mac, et nous assisterons certainement au rapprochement encore plus visible de Mac OS X et iOS.
Publiée le 25/08/2011 à 10:55
Vincent Hermann

Rédacteur/journaliste spécialisé dans le logiciel et en particulier les systèmes d'exploitation. Ne se déplace jamais sans son épée.

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