Édito : la mort de l’occasion est en marche

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Le résultat était prévisible. Les députés européens viennent de voter à 624 pour et 112 contre la loi interdisant la vente de produits high-tech d’occasion. Un véritable plébiscite. Le but officiel est de relancer le marché des ventes d’ordinateurs, de tablettes tactiles, d’appareils photo numérique, etc. en mauvaise posture depuis la crise financière de 2022 il y a trois ans. Néanmoins, la crise n’est qu’une excuse, tant les évènements de ces 25 dernières années tendent vers l’éradication de l’occasion dans tous les secteurs.

Ubisoft U-Play

Rappelons-nous, dans les années 2000, les éditeurs de jeux vidéo ont commencé à multiplier les « pass » imposant un code unique pour jouer en réseau ou avoir accès à du contenu supplémentaire, parfois indispensable pour exploiter pleinement son jeu. Le but plus ou moins avoué était de contourner le marché de l’occasion et de récupérer quelques euros sur les ventes très élevées de seconde main.

Mais les gains générés par ces tours de passe-passe n’ont finalement pas été suffisants. Les années 2015-2017 ont ensuite été une période charnière. Une crise historique a en effet frappé de plein fouet le marché du jeu vidéo, affichant une chute des revenus de 75 % entre 2012-2013, des années fantastiques, et 2017.

Alors que bien des spécialistes pointaient du doigt l’inflation, le chômage et les jeux sociaux (gratuits), les éditeurs ont trouvé leur coupable idéal : le marché de l’occasion. Une enquête a de plus été lancée en 2016, et les résultats furent édifiants : 9 jeux vendus sur 10 étaient d’occasion.

Si de nombreuses rumeurs ont laissé entendre que le sondage était peu objectif et dirigé par les éditeurs de jeux vidéo eux-mêmes, elles n’ont jamais été confirmées. Le vol des ordinateurs des journalistes de Médiapart ayant dénoncé cet éventuel scandale laisse néanmoins planer quelques doutes…

Une vaste campagne de lobbying a alors débuté afin de faire pression sur la classe politique. Les propositions de loi visant à réduire voire interdire l’occasion ont au départ été toutes retoquées. Pour au final être votées et appliquées au niveau national puis mondial en 2020.

La fin des livres d'occasion et des bibliothèques

Outre les jeux vidéo, les plus vieux d’entre vous se souviendront de l’interdiction de la vente d’occasion des livres. Suite à l’explosion des ventes de tablettes tactiles et des liseuses entre 2010 et 2015, les éditeurs ont remarqué une tendance dramatique : la population se contentait de lire les classiques. Si les éditeurs ont durant des années profité de cette manne via le livre papier, Google et d’autres acteurs d’Internet ont proposé gratuitement ces bijoux en version électronique. Des millions de livres ont ainsi été disponibles, demandant plusieurs vies pour tous les dévorer.

En 2017, via un vote ultra rapide en plein été moyennement chaud (47 degrés à Lille), les livres d’occasion furent bannis. Et avec eux tous les spécialistes de l’occasion et les bibliothèques, elles aussi intégrées dans la loi, car gênant les éditeurs. Les plus jeunes de nos lecteurs n’en ont probablement pas souvenir, mais au début des années ’10, des lieux appelés bibliothèques étaient disponibles dans bien des villes et même des villages. On pouvait y trouver des milliers de livres. À l’instar des disquaires, les bibliothèques font donc parti du passé.

Le bon vieux temps des soldes, 

D’autres secteurs ont aussi été touchés par ce phénomène. Les plus jeunes ne le savent pas non plus, mais il était possible il y a encore une dizaine d’années d’acheter des vêtements d’occasion. Il existait même un système nommé soldes permettant d’accéder à très bas prix à des vêtements et des chaussures.

Suite à la crise immobilière de 2015 en Chine, cumulée par des grèves historiques (et sanglantes), une alliance entre les pays occidentaux et l’actuelle puissance numéro un mondiale a été scellée fin 2016 afin d’interdire les ventes, les dons et les soldes de vêtements. Résultat, un simple t-shirt coûte désormais 50 euros minimm. Et il se murmure aujourd’hui qu’une loi est en projet afin d’empêcher la population de coudre elle-même ses vêtements…

Les CD, DVD et Blu-ray aussi

Enfin, un peu plus tôt, en 2015, les ventes d’occasion de CD, de DVD et de Blu-ray ont elles aussi été interdites. Ces formats, qui auraient dû s’éteindre il y a bien longtemps, existent de plus encore grâce à une alliance stratégique entre toutes les majors, ceci afin de réduire les coûts et maximiser les bénéfices. Les réseaux P2P, les newsgroups, les forums privés et les sites de téléchargement direct non PURifiés ont de plus été prohibés à la même époque, et une plateforme unique de téléchargement a dès lors été choisie par les principaux pays du globe.

Apple a décroché la timbale pour la modique somme de 120 milliards de $ (les trois quarts de son trésor de guerre) afin de disposer du monopole pendant 20 ans. Cela explique pourquoi iTunes est la seule et unique plateforme de téléchargement légal dans le monde. C’est aussi pour cette raison que le single coûte aujourd’hui 10 euros (contre environ 1 euro à l’époque), l’album 70 euros (contre 10 euros) et un film 80 euros (contre 20 euros environ à l’époque).

Adieu véhicules d'occasion ?

Aujourd’hui, les dernières rumeurs laissent entendre que le marché d’occasion des véhicules est en danger, ceci suite à l’explosion des ventes de vélos et surtout au prix du litre d’essence (5,70 euros encore hier). Dans un secteur tout à fait différent, mais dans une logique similaire, un député a récemment eu l’idée d’interdire la vente de ciseau et de tondeuse afin que la population soit forcée de se rendre chez le coiffeur…


Quelques liens pour mieux comprendre :
Publiée le 23/07/2011 à 10:00
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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