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Afnic : « la concurrence sera rude entre les TLDs génériques »

Et pas de .stevejobs à venir...

icannLundi, l’ICANN, l’organisation chargée de réguler les attributions des noms de domaine, a créé un véritable tremblement de terre sur la toile en annonçant qu’il sera possible dès l’an prochain d’obtenir pour une entreprise ou une institution sa propre extension (ex : http://info.pcinpact) . Le premier cycle d'appel à candidatures pour obtenir ces noms de domaine aura lieu entre le 12 janvier et le 12 avril 2012. L’ICANN publiera ensuite le 26 avril 2012 les candidatures reçues et enfin, en automne 2012, l’organisation annoncera les noms des premiers heureux élus.

Afin de mieux comprendre ce qui nous attend, nous avons interrogé Loïc Damilaville, adjoint au directeur général de l’AFNIC, l’Association française pour le nommage Internet en coopération.

L'arrivée de ces TLDs (domaine de premier niveau ou top-level domain) personnalisés est une vieille idée. Pouvez-vous retracer l’historique de cette demande, et qui a travaillé et milité pour cette possibilité ?

L'expansion du système de nommage par la création de nouvelles extensions est en effet un sujet ancien. Le premier qui l'ait abordé sur un mode "provocateur" a été Jon Postel vers le milieu des années 90. Postel était en charge de la fonction IANA, c'est-à-dire que c'est lui qui supervisait la base de référence dans laquelle doivent être intégrées les extensions pour pouvoir fonctionner techniquement. Fort de sa haute autorité sur ces questions, il proposait tout simplement d'ouvrir librement l'enregistrement d'extensions, comme sous .COM actuellement. Cette approche très ouverte a été rejetée à l'époque, mais elle a imprimé dans les esprits que l'on n'était pas condamné à rester sur les extensions - ou Top Level Domains - traditionnelles.

En 2000, l'ICANN a décidé à l'issue d'un processus de sélection assez contesté de permettre la création de 7 nouvelles extensions: .BIZ, .INFO, .AERO, .PRO, .COOP, .MUSEUM et .NAME. Sont ensuite venues s'y ajouter les .CAT, .JOBS, .TRAVEL, .ASIA, .MOBI, .TEL et tout récemment le .XXX. Je parle ici des TLDs dits génériques, parce que ne se rattachant pas à un territoire précis. Pour les TLDs géographiques, correspondant à des pays ou à des territoires, le mouvement est régulier, comme par exemple la disparition du .YU (Yougoslavie) et l'apparition des .RS (Serbie) et .ME (Montenegro). A cette liste déjà copieuse doivent depuis peu être intégrées les nouvelles extensions dites "IDN", c'est-à-dire en caractères non latin. 27 projets, dont plusieurs déjà actifs, ont été validés par l'ICANN au cours de ces derniers mois.

On peut dire que l'ensemble des parties concernées a beaucoup travaillé sur ce dossier: les porteurs de projets bien sûr, mais aussi les acteurs économiques - registres et bureaux d'enregistrement -, les gouvernements et les ayant droits. Les plus "militants" étant naturellement les porteurs de projets et les acteurs économiques pour ce qui est des nouvelles extensions génériques, et les gouvernements pour les nouvelles extensions IDN, souvent perçues comme des enjeux politiques plus qu'économiques.

Mais au regard du long dossier qu’il faudra composer (jusqu’à 150 pages), et du coût élevé de la procédure (on parle de 185 000 $), seules de grandes entreprises ou des zones géographiques pourront obtenir leur extension. Savez-vous quelles sont les sociétés et institutions les plus susceptibles de le faire ?

Nous avons déjà un certain nombre d'informations grâce aux porteurs de projets ayant officiellement annoncé leur volonté de candidater. En gros, on peut définir plusieurs catégories de projets :
  • les "geoTLDs", correspondant à des noms de villes ou de régions : .PARIS par exemple, ou .BZH pour la culture et la langue bretonnes;
  • les "community TLDs", tels .GAY, .INDIGI ou .GREEN, qui veulent rassembler les membres de communautés spécifiques sous leurs couleurs
  • les TLDs génériques ciblant des termes du dictionnaires: .SPORT, .FILM, .BANK etc.
  • les .CORPs et .BRANDs qui désignent les projets portés par des entreprises autour de leur propre nom ou de leurs marques phares. La visibilité est assez faible sur ce dernier segment, une poignée d'entreprises seulement ayant communiqué sur leurs intentions (.CANON, .HITACHI par exemple)
A ce jour, plus d'une centaine de projets sont connus et la liste augmente chaque mois. Le processus va sans doute s'accélérer du fait de la décision de l'ICANN de fixer le calendrier de lancement.

D’accord, mais concrètement, quels sont les différents intérêts que peuvent trouver une entreprise ou une ville dans l’obtention d’une extension à son nom ?

Les intérêts sont multiples:

Marketing, parce que disposer de son propre TLD permet d'organiser soi-même sa politique de nommage sur internet sans plus dépendre des conditions fixées par les registres nationaux, tout en bénéficiant d'adresses plus courtes. Les TLDs existants resteront des atouts précieux dans la politique de nommage, mais ils pourraient à terme ne plus avoir le rôle de "vaisseaux amiraux" qu'ils ont aujourd'hui.

Juridiques, parce qu'une fois le TLD bien ancré dans les esprits, l'entreprise ou la collectivité disposeront d'un "espace de nommage officiel" sur lequel elles détiendront une maîtrise juridique absolue; les attaques de tiers sur d'autres TLDs que le TLD officiel perdront donc en importance, même s'il ne faudra pas complètement les négliger pour autant.

En termes de sécurité aussi, parce qu'un TLD unique est plus simple à "sécuriser" que des dizaines de noms de domaine gérés par X prestataires différents dans le monde.

Chaque structure peut aussi avoir un intérêt spécifique à obtenir son propre TLD, en fonction de sa propre stratégie internet.

Du coup, des sociétés disposants de nombreuses marques connues pourraient proposer plusieurs dossiers alors ? Par exemple, Microsoft pourrait obtenir un .microsoft, un .windows, un .word, un .office, etc. ? Et Apple un .iphone, un .ipod, un .ipad, un .itunes et un .mac ?


Tout-à-fait. Selon certaines sources, environ 10 % des entreprises préparant des candidatures envisagent de présenter plusieurs dossiers. La seule limite est le budget qu'elles peuvent y consacrer, et le retour sur investissement qu'elles en espèrent.

Et des personnalités fortunées pourront-elles déposer un dossier ? Un .stevejobs en ferait chavirer plus d’un…

Seules les structures personnes morales peuvent candidater pour le 1er "round". Il est possible que cette règle s'assouplisse dans l'avenir et que des personnes physiques puissent un jour détenir leur propre TLD, mais cela prendra certainement du temps.

Selon toutes vraisemblances, les TLDs actuelles ne seront pas en danger. Mais certains TLDs pourraient être définitivement délaissés, le .info par exemple. Pensez-vous qu’avec ces milliers d’extensions qui apparaîtront ces prochaines années, l’ICANN pourrait faire le ménage et supprimer certaines extensions existantes ?

C'est une excellente question. Il est clair que la concurrence va devenir rude entre TLDs génériques, chacun étant lancé dans une course à la taille critique nécessaire pour être connu des utilisateurs et susciter en retour des enregistrements de noms de domaine. Les TLDs très connus sont peu menacés, ainsi que vous l'indiquez. D'autres peuvent souffrir du report de certains déposants vers leurs nouveaux concurrents, ainsi que d'une gestion plus drastique par les détenteurs de marques de leurs dépôts défensifs: pourquoi conserver des noms que vous n'utilisez pas dans une ou deux extensions alors qu'il y en a plusieurs centaines d'autres où vous n'avez réalisé aucun dépôt défensif ? Plus que jamais, le succès d'un TLD dépendra de son utilisation réelle par les titulaires pour communiquer.

Et à votre avis, combien de dossiers seront déposés l’an prochain ?

Les estimations oscillent entre 500 et 1000, ce qui parait raisonnable car on en connait déjà plus de 100 aujourd'hui, et le nombre de dossiers portés par des collectivités et grandes entreprises est difficile à évaluer.

Et sur le très long terme, l’ICANN ne pourrait-il pas revoir ses critères et ses coûts à la baisse, et laisser le simple particulier obtenir sa propre extension ?

L'ICANN justifie ces coûts en mettant en exergue la nécessité qu'elle a de rentrer dans ses fonds, tout en constituant des réserves pour pouvoir faire face à d'éventuels litiges. Ces arguments devraient perdre de leur force dans l'avenir et légitimer une révision des coûts à la baisse. En ce qui concerne les critères, il convient d'être plus nuancé car l'appareil mis en place ne sera pas facile à assouplir : les multiples interactions entre l'ICANN et les gouvernements par exemple ont abouti difficilement à un compromis que personne ne se hâtera de remettre en question lorsqu'il sera stabilisé.

Merci Loïc Damilaville.
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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Publiée le 23/06/2011 à 14:51

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