CheckMyMetro sur l’App Store : la RATP, le rapt et l'open data

Un métro nommé Désir 54
« Je vous écris pour vous informer que la RATP a demandé à Apple la suppression de l’application CheckMyMetro. En effet, la régie des transports parisiens reproche à CheckMyMetro, application iPhone gratuite, de proposer à ses utilisateurs une carte du métro de Paris ainsi que la consultation des horaires des prochains métros, fonctionnalités disponibles sur l’application payante officielle RATP Prémium ». Voilà le résumé que nous adressé Benjamin Suchar, auteur de CheckMyMetro, hier après midi.

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CheckmyMetro, carte et données (c) RATP

Cette application développée dès l’été 2010 a pour objectif d’injecter du réseau social dans le réseau sous-terrain. « Grâce à l’application iPhone CheckMyMetro, les voyageurs du métro deviennent connectés au sein d’une communauté. Ils partagent sur leur environnement en « checkant » musiciens, graffitis, contrôleurs, publicités, coups de cœur, coups de gueule ou toute autre action fun, intéressante ou utile dans le métro ». Dans sa version 2 lancée en mai, l’application se muscle et propose l’accès à la carte du métro, la consultation des horaires et itinéraires de métro. Une mise à jour de trop.

Ce 20 juin, la RATP a contacté Apple pour exiger le retrait de cette application gratuite, en se justifiant ainsi, du moins selon CheckMyMetro qui reproduit ce mail  :
Dear Sirs,

The RATP is a French public company in charge of Public Transports in the Paris area French.
The RATP is the author of the Paris Metro map and the owner of corresponding French design registration (INPI deposit n°06 5325 –Nov. 17th 2006). French and International law on copyright as well as French law on Design thus protect this map. Moreover, the RATP is the owner of the trademark # (INPI deposit n°92402043 – January 21st 1992).

The RATP is concerned with the application “Check my metro” proposed for downloading by the publisher LittleSphere on the App Store and the
iTunes since we did not authorize any reproduction or distribution of the said design and trademark.

Moreover, this app embeds the traffic information of our wap site without prior authorization which constitutes an infringement on our rights as producer of database conferred by the French law.

Such reproductions and diffusions may then be considered as counterfeiting acts, and the RATP is entitled to enforce its rights within the French jurisdictions.

Consequently, we ask you to remove the application “Check my metro” by LittleSphere of the App Store and iTunes and to inform the publisher in the same way.
»
En clair, la RATP lui reproche d’exploiter sans droit sa carte du réseau, mais également ses données de trafic disponible sur son site wap. Des données qu'on retrouve sur l'application RATP officielle...

Open data ?


Réaction de Benjamin Suchar : « la RATP a une mission de service public, et il est dans l’intérêt général de diffuser au plus grand nombre cette carte et les horaires. On aimerait porter l’attention sur ce point. On va de toute façon retirer ces informations…». Autre regret de l’auteur de cette application : « la RATP est passée par Apple sans jamais nous contacter directement ».

Sur son site, il évoque la question de l’open data : « on peut s’interroger sur ce choix de conserver le monopole de l’accès aux données pour un service d’utilité publique. Surtout, cette démarche va à l’opposé de l’ouverture des données de transport qui a eu lieu en France à Rennes ou à Bordeaux ou aux États-Unis et qui est désormais encouragée par la directive européenne INSPIRE. »

Tout en affirmant l’utilité de son application. « De nombreux retards, pickpockets, pannes ou bagarres ont été “checkés” par les utilisateurs sur l’application CheckMy!Metro grâce à la catégorie « CheckMy! Coup de Gueule » ou grâce à Twitter avant même leur annonce par la RATP. Par exemple, le jeudi 10 mars ChrisBoitiaux a dit à 08:32 : « RER A en feu à Charles de Gaulle. Tout le monde sort en courant du quai ». La RATP quant à elle mettra plus d’une demi-heure pour informer les usagers sans expliquer la nature exacte de l’incident ».

Réponse de la RATP


Contactée, la RATP a tenu hier en fin de journée à nous apporter sa version des faits. "Nous tenons à préciser que la RATP n’a jamais demandé le retrait de l’application Check My Metro contrairement à ce qui est véhiculé actuellement sur internet" nous indique la régie des transports". Le mail aurait-il mal été lu... ou écrit ?

Celle-ci poursuit malgré tout : "La RATP rappelle que son application RATP PREMIUM disponible sur Androïd et Iphone est gratuite depuis le 23 mai et que de fait, le débat en cours sur l’application Chek My Metro ne revêt aucun enjeu commercial pour la RATP. Par ailleurs, la RATP se réjouit de l'échange qu'elle a eu ce matin avec Benjamin Suchar (créateur de cette application) au cours duquel il s'est engagé à procéder à la mise à jour de son application dès le début de la semaine prochaine".

Bref, tout retombe sur les rails... Nous avons cependant à nouveau contacté Benjamin pour connaître la teneur de l'échange avec la RATP...

Re-réponse de l'auteur de CheckMyMetro

Sa réponse n'a pas tardé : "Nous précisons que nous n’avons eu aucune réponse directe à notre email envoyé [hier] matin à la RATP. Aussi, le communiqué de la RATP ainsi que les tweets du @GroupeRATP qui font part d’un “échange” avec le fondateur Benjamin Suchar sont une surprise pour nous. Nous nous réjouissons cependant du fait que la RATP accepte notre proposition d’enlever la carte du métro et l’accès aux horaires et itinéraires du métro en échange du maintien de l’application CheckMyMetro sur l’Appstore".

Il invite ainsi la RATP à retirer sa plainte auprès d'Apple, tout en précisant "que l’application RATP Prémium est en effet gratuite depuis le 23 mai, mais que cette gratuité est à “caractère exceptionnel” selon la description donné sur l’Appstore. CheckMyMetro pense ainsi que des données comme la carte ou les horaires et itinéraires de métro devraient rester gratuits pour les usagers de façon permanente".
Publiée le 22/06/2011 à 07:52
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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