Windows 8 : le silence de Microsoft laisse le doute s'installer

Et sans doute pas de réponse avant septembre 53
Depuis la présentation initiale de Windows 8 et de son interface, de nombreuses interrogations se sont posées. Cette présentation elle-même comporte son lot de problèmes, mais elle laisse dans son sillage de nombreuses inquiétudes concentrées dans le camp des développeurs. L’éditeur en a effet trop dit sans en dire assez, et le message concernant le HTML5 est, au mieux, très flou. Retour sur une frustration galopante.

win8 windows 8

Le roi HTML5


Dans l’histoire récente de Microsoft, l’une des annonces majeures est sans conteste Internet Explorer 9. Qu’il soit un succès ou pas, le dernier navigateur maison dispose d’un moteur de rendu accélérant par le GPU de nombreux aspects graphiques. Ce moteur sera repris et amélioré pour servir de base dans Windows 8 puisque l’interface « immersive » se sert du HTML5 et du JavaScript pour l’affichage des éléments.

Les démonstrations d’applications immersives qui ont été faites et montrées au public à la conférence D9 d’All Things Digital ou du Computex étaient toutes basées sur le HTML5 et le JavaScript. Ce fut une première inquiétude pour les développeurs. Puis une autre est apparue : l’interface tactile est utilisable à la souris et au clavier et sera présente également dans la version Desktop. Cette version cependant peut être considérée comme une plateforme de lancement, puisque l’interface classique sera encore disponible. On peut d’ailleurs passer de l’une à l’autre, voire utiliser un mix des deux.


Microsoft a ajouté que de nombreuses nouvelles API seraient disponibles pour permettre le développement d’applications immersives, mais ici que démarre le flou et la consternation.

L’investissement des développeurs

Que Microsoft embrasse HTML5 est une bonne chose, du moins pour le web. Du côté des développeurs Windows, la situation est quelque peu différente. D’autres technologies sont en effet maîtrisées depuis longtemps : l’environnement Win32, les objets COM, les MFC et plus récemment .NET, ses WinForms, WPF et bien sûr Silverlight. Chaque élément de cette liste est connu, d’autant que jusqu’à présent la plateforme .NET semblait clairement être la voie royale.

Et le message se brouille : durant les deux démonstrations, pas un mot n’a concerné ni les applications natives (Win32), ni les applications .NET, ni Silverlight. Windows compte pour environ 90 % du parc informatique mondial, et il est donc évident que les développeurs ne vont pas changer de cible du jour au lendemain. Pourtant, le silence radio complet laissé par l’éditeur laisse de nombreuses questions, dont la principale : qu’arrive-t-il aux technologies déjà maîtrisées ?

Un flou technologique

Car ne pas avoir abordé cette question essentielle ouvre la porte à l’incertitude sur ce qu’est réellement ce système d’exploitation. Certaines choses sont établies : Windows 8 veut envahir aussi bien les PC que les tablettes et devrait avoir une forte influence sur les smartphones. On peut considérer qu’à terme, on obtiendra un parc très important ayant les mêmes bases, ce qui ouvre la voie à de nouvelles synergies.

Mais ! Microsoft travaillait de manière assez visible sur certaines technologies particulières, dont .NET et Silverlight. .NET s’améliore rapidement et la dernière mouture (4.0) a notamment mis en place des bases importantes pour l’utilisation des unités de calcul multiples. L’éditeur ne fait pas non plus mystère de l’évolution de Silverlight. Voici pour rappel quelques éléments prévus pour la version 5.0 :
  • Support du 64 bits
  • Nouvelle API pour le développement d’éléments 3D entièrement accélérés par le GPU
  • Réduction de la latence réseau via l’utilisation d’un thread dédié en arrière-plan
  • Améliorations du parseur XAML entraînant de meilleures performances et un démarrage plus rapide
  • Nouvelle API graphique en mode immédiat pour le rendu direct via le GPU
  • Accélération matérielle en mode sans fenêtre avec Internet Explorer 9
  • Nouveaux éléments d’interface et animations plus fluides
  • Prise en charge du PostScript pour les impressions
  • L’API Pivot
Et ce ne sont que quelques unes des nouveautés prévues. Du coup, pourquoi développer autant une technologie si c’est pour ne pas l’utiliser dans le prochain système d’exploitation, alors même que cette technologie est incontournable dans Windows Phone 7 ? Microsoft n’a pas abordé la question, pas plus que les autres.

L’indispensable implication des développeurs

Ce flou n’est pas de bon aloi pour Microsoft, car les questions qui restent en suspens agacent et se transforment en peurs. Bien entendu, l’événement le plus important n’est pas encore arrivé : la conférence BUILD (ex-PDC), qui se tiendra en septembre, devrait être le théâtre de nombreuses annonces concernant l’aspect technologique de Windows 8, dont Microsoft n’a présenté aucune base.

Si l’on part du principe que Windows 8 sera la première vraie tentative d’envahir l’espace des tablettes, les développeurs ne peuvent bien sûr en aucun cas être laissés de côté. Le succès ne peut être assuré que par une longue liste d’applications couvrant un maximum de besoins. Une boutique en ligne sera présente, et beaucoup pensaient que .NET et Silverlight joueraient un rôle dans une diffusion homogène aussi bien vers les tablettes que vers les machines de bureau classiques.

Mais il est difficile de prévoir quoi que ce soit tant que Microsoft ne parle que de HTML5. Il existe donc clairement tout un groupe d’informations qui reste en attente, d’autant que les versions alpha ont montré que de nombreux éléments sont en plein changement, et aucun d’eux ne visait cette nouvelle interface jusqu’à présent. Quelles technologies pour quelles utilisations ? Il faudra sans doute attendre trois mois pour le savoir.
Publiée le 13/06/2011 à 16:15
Vincent Hermann

Rédacteur/journaliste spécialisé dans le logiciel et en particulier les systèmes d'exploitation. Ne se déplace jamais sans son épée.

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