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La lutte très virtuelle de Nicolas Sarkozy pour la cyberdissidence

Va t'kouchner...

Alors que la semaine prochaine se tiendra à Paris l’eG8 (ou G8 de l’Internet), en vue de remettre diverses idées aux Chefs d’État du G8 (le vrai) lors du Sommet de Deauville, Marianne révèle dans un article qui sera publié demain, qu’il y a encore un an, la chanson était bien différente. Sarkozy a notamment « empêché la tenue d’une conférence mondiale consacrée à la liberté d’expression sur Internet » note l’hebdomadaire dans un article à paraître samedi que nous avons pu consulter.

Marianne Sarkozy Kouchner Internet eG8

En effet, peu après les manifestations en Iran début 2010, Bernard Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères, prépare un plan sur la liberté sur Internet, visant notamment à protéger les cyberdissidents (héberger leurs blogs en Europe par exemple).

Lors de la Journée mondiale de la presse (début mai 2010), Kouchner profite de l’occasion pour mettre en avant la liberté sur Internet, le web collaboratif, les blogs, etc. Quelques jours plus tard, il se veut encore plus précis, en évoquant auprès du ministre des Affaires étrangères néerlandais, l’idée d’« aider les cyberdissidents » afin de promouvoir « un Internet universel et ouvert ». L’idée est forte et même visionnaire, ayant lieu plus de six mois avant le début des révolutions arabes…

En juillet 2010, des ONG et divers experts se sont justement réunis à Paris « pour venir en aide aux cyberdissidents ». Le but est d’une manière globale de protéger la liberté sur Internet. Héberger les blogs des cyberdissidents est alors évoqué. Une idée qui plait beaucoup au ministre des Affaires étrangères français.

Protéger les blogueurs

Dans un document confidentiel que s’est procuré Marianne, Kouchner note quelques jours plus tard, que la France va « soutenir les cyberdissidents confrontés à la répression de la liberté d’expression ». Mieux encore, l’idée d’une « assistance technique » pour aider les dissidents à « contourner la censure » sur Internet est émise. « La possibilité d’étendre aux blogueurs le régime de protection normalement réservé aux journalistes » est notamment évoquée dans une nouvelle note du mois de septembre.

« Selon le Quai d’Orsay, la défense de la société civile doit devenir un axe majeur de la politique diplomatique de la France, centrée sur la liberté d’expression, la démocratisation et la défense de la cyberdissidence » précise Marianne.

Quand Sarkozy tue dans l'oeuf une conférence historique

Afin de rendre tout ceci plus concret, une conférence sur le sujet est organisée pour la fin du mois d’octobre 2010. Y seront conviés une dizaine de ministres. Or d’après Marianne, le projet a été tué dans l’œuf par le président Nicolas Sarkozy.

« Vous m’avez fait part de votre intention de réunir une conférence internationale consacrée à la liberté d’expression sur Internet » débute une lettre officielle datée du 29 septembre, signée par Nicolas Sarkozy, à destination de Bernard Kouchner, et transmise par le conseiller diplomatique du président, Jean-David Levitte. « Cette problématique doit être abordée de manière globale » continue la missive.

Kouchner / Sarkozy : deux visions s'affrontent

L’opposition entre Sarkozy et Kouchner est alors évidente dans la suite de cette lettre de deux pages. Selon l’hebdomadaire, l’un mettra en avant les cyberdissidents, tandis que l’autre parle des cybercriminels. La « liberté de la presse » d’un côté, les « zones de non-droit » et « un Internet civilisé » de l’autre. Les « droits de l’homme » et un Internet « ouvert » contre la promotion des « initiatives de régulation, en particulier la loi Hadopi ».

Pour Marianne, il s’agit là de la politique numérique 0.0 de Nicolas Sarkozy. Après avoir reçu cette lettre, Kouchner menace de démissionner. Il fut finalement remplacé en novembre par Michelle Alliot-Marie, lors du remaniement du gouvernement.

Notons que la Quadrature du Net confirmait déjà en octobre dernier la mise à mort de cette conférence. L’organisation de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet a en effet reçu le 21 octobre 2010 un document prouvant « que Nicolas Sarkozy est en train de "pirater" une conférence internationale sur la liberté d'expression sur Internet organisée par Bernard Kouchner. Il tente ainsi de transformer la conférence en une vitrine des dispositifs répressifs français et d'empêcher qu'elle débouche sur une affirmation solide de la liberté d'expression sur Internet comme condition de la démocratie. »

Neuf jours plus tard, le 30 octobre 2010, la QDN met à jour son article et annonce que la conférence a été reportée sine die. Le fameux ministre néerlandais des Affaires Étrangères cité plus haut dans notre article avait d’ailleurs précisé qu’il ne participerait finalement pas à la conférence, « et qu'il y enverrait un ambassadeur afin d'exprimer l'opposition du gouvernement néerlandais à la riposte graduée »,

Afin de sauver sa conférence, et avant le changement de gouvernement, Kouchner essaie coûte que coûte d’organiser sa conférence, en novembre cette fois, et La Haye, aux Pays-Bas. Une manière d’éviter le président français. Il n’en sera rien, et sa remplaçante ne continuera pas le combat de Kouchner. Fin de l’histoire.

L'eG8 ne sauvera pas la conférence

Vient alors l’eG8 de la semaine prochaine. L’idée de base n’est pas de mettre en place les sujets prônés par Kouchner, mais plutôt de faire passer les idéaux de Nicolas Sarkozy, donc en rapport avec l’Hadopi, les cybercriminels et l’Internet civilisé.

Le sujet, abordé auprès des États-Unis, est vu d’un mauvais œil de l’autre côté de l’Atlantique. Obama, « hostile à toute régulation internationale d’Internet » note Marianne, n’est pas contre cet eG8, mais « à condition qu’il s’agisse d’un débat sur les principes et non sur les questions techniques, et qu’il ne soit pas le lieu d’une négociation ».

Cela n’empêche pas que les cyberdissidents et la liberté d’expression sur Internet ne seront pas abordés, alors qu’entre temps, la Tunisie et l’Égypte ont connu une révolution, les manifestations continuent en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, et les enfermements voire les meurtres de cyberdissidents ont eu lieu ces dernières semaines.

Note : le dossier complet de Marianne est/sera disponible dans sa version papier, et est déjà disponible sur sa version en ligne. Une très grande partie est de plus lisible sur le site Marianne2.fr.
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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Publiée le 21/05/2011 à 01:39

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