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La Turquie interdit l'usage de 138 mots sur Internet, dont "Interdit"

"Confessions d'un gros lycéen blond"

Le terme de censure revient régulièrement dans le jargon de certains pays. On a tous en tête le « Great firewall » de la Chine et son Internet très contrôlé, avec ce fantasme dans lequel seules les informations autorisées peuvent circuler. Mais d’autres pays ne sont pas en reste, et la Turquie souhaite par exemple interdire l’utilisation de 138 mots bien précis sur la toile… au risque de friser le ridicule.

Selon Hürryet Daily News (via Slate.fr), la Haute instance de la télécommunication (TIB) a publié il y a quelques jours un courrier à l’adresse des fournisseurs d’accès, mais également des hébergeurs. Contenu de la missive ? La demande de blocage pur et simple d’une liste de 138 mots jugés dangereux.

Fille, blond, gros, local...

Voici un extrait de la fameuse liste :
  • Animal
  • Belle-cœur
  • Blond
  • Nu
  • Croustillant
  • Jupe
  • Feu
  • Fille
  • Gay
  • Confidentiel
  • Adolescent
  • Fait-maison
  • Confession
  • Lycéen
  • Adulte
  • Local
  • Gros/grosse
Et nous avons gardé le meilleur pour la fin : l’interdiction du mot « interdit » ! En outre, certains prénoms tels que « Adrianne » ou « Haydar » sont également refusés.

Comment fonctionne cette interdiction ? Elle rejaillit de plusieurs manières. Premièrement, les sites web contenant l’un des mots dans leur adresse. Deux cas de figure : soit il s’agit d’un nouveau site, auquel cas l’auteur se voit opposer un refus du dépôt de nom de domaine, soit l’adresse est déjà existante et doit être modifiée, car le site deviendra inaccessible. Deuxièmement, ces mots ne devront plus apparaître du tout sur la toile : un interdit incompréhensible et techniquement bien compliqué à mettre en place.

Reporters Sans Frontières fustige le flou juridique

Cette missive a provoqué bien entendu des réactions. De la part de la Reporters Sans Frontières en premier lieu :

« Si l’objectif officiel de la TIB est le contrôle de la pornographie, on peut s’interroger sur les raisons pour lesquelles des prénoms comme “Adrianne”, “Haydar”, des termes généraux comme “free”, “pic” (de l’anglais picture) ou “belle-sœur”, “gros” et “grosse” apparaissent dans la liste des mots censurés. Alors que le pays bloque déjà des milliers de sites qui abordent des sujets jugés sensibles, les conséquences d’un tel filtrage pourraient être désastreuses pour la liberté d’expression des internautes en Turquie. Les autorités doivent renoncer à ce projet et, au contraire, réformer la loi 5651 sur Internet qui rend possible cette censure abusive. »

Ensuite, le flou juridique de la demande du TIB est jugé « inacceptable » par RSF, qui soutient donc Yaman Akdeniz, cyber-activiste et maître de conférence en droit à l'université de Bilgi d'Istanbul, qui a également réagi. Ce dernier s’est en effet adressé directement au TIB pour lui demander quelques explications. Premièrement, les raisons qui ont poussé l’instance à interdire ces 138 mots. Deuxièmement, un accès aux documents de travaux qui ont permis l’élaboration de la liste. Se cache bien entendu derrière ces requêtes la question de la légitimité du blocage des mots.

Le flou juridique masque au sein d’un énorme écran de fumée les conséquences du non-respect de cette liste par les hébergeurs et les fournisseurs d’accès. Les sanctions seront-elles administratives ? Iront-elles plus loin ? La question est d’autant plus complexe pour Yaman Akdeniz que les hébergeurs « n'ont pas comme responsabilité de surveiller des activités illégales : ils ne sont responsables que s'ils ne font rien après que le TIB (ou n'importe qui d'autre) leur a notifié un contenu illégal et leur a demandé de l'enlever », comme il est écrit dans l’article 5 de la loi turque 5651 qui traite du paysage numérique.

Morale : si vous êtes en Turquie et que vous vous apprêtiez à conter l’histoire d’un lycéen blond ou de la recette de votre gâteau au chocolat croustillant fait-maison, prenez garde.
 
On rappellera également qu'on peut facilement sourire de ce type d'interdiction, mais que RSF a également placé la France dans la liste des pays surveillés.
Source : HDN
Vincent Hermann

Rédacteur/journaliste spécialisé dans le logiciel et en particulier les systèmes d'exploitation. Ne se déplace jamais sans son épée.

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Publiée le 03/05/2011 à 17:44

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