MMM ou l’optimalité d'une troll de dame

non patchée à l'internet responsable 92
Prenez un sujet léger comme une enclume, la neutralité du net. Mettez-le dans les mains de Muriel Marland Militello. Et voilà le résultat (publié le même jour que les spécifications fonctionnelles de la Hadopi).

La députée, fidèle parmi les fidèles à Nicolas Sarkozy, a réagi aux deux rapports publiés sur la neutralité du net. Le complet, celui de Laure de la Raudière et Corinne Erhel. Et l’autre, très critiqué, de la commissaire européenne Neelie Kroes.

La neutralité ? Séduisante utopie


« Mon avis sur cette question : il faut viser l’optimalité du net plutôt que la neutralité du net ». l’optimalité, en voilà un beau concept à adopter ! Pourquoi ? Car le principe de neutralité de l’internet en lui-même « constitue une utopie séduisante ». « Une utopie, car face à l’accroissement des flux, inscrire dans le marbre de la loi une obligation de neutralité reviendrait à prétendre qu’une bande passante infinie existe en ce bas monde ! Ce qui est une hérésie ! Séduisante, car la neutralité du net annonce un prophétique monde numérique idéal techniquement, avec des perspectives illimitées ».

Vive l'optimalité du net !


Dans une approche à faire rougir d’envie ceux qui anticipent le chaos dès 2015, « viser l’optimalité est en revanche possible : de même que l’intérêt d’un artiste ou d’une maison de disque n’est pas de faire suspendre un abonnement internet, l’intérêt d’un fournisseur d’accès internet n’est pas d’offrir une qualité de service en deçà de ce qu’il peut aisément proposer ».

Donc, l’opérateur doit sous ce concept « donner une satisfaction maximale à ses clients afin d’être plus attractif que ses concurrents. Il n’a donc pas intérêt à limiter les débits mais plutôt à offrir le maximum de débit possible pour permettre les usages les plus riches et les plus divers possibles ».

Une lutte contre la congestion illicite


Au final de cette fabrique à concept, MMM veut laisser « la possibilité aux opérateurs d’assurer la gestion de trafic pour éviter la congestion des réseaux, dans le respect des principes démocratiques auxquels nous sommes tous attachés ».

La députée en appelle encore et toujours à la fixation d’un cadre « indispensable à une société civilisée et donc à un internet civilisé » (la députée n'a donc pas été "patchée"). Et rebelote : « L’internet civilisé a besoin d’un réseau internet puissant, fiable et accessible à tous, notamment pour permettre l’accès à l’information et la démocratisation culturelle. Cela va de pair avec la nécessité d’instaurer des règles relatives aux usages. Ce n’est pas parce qu’internet fait partie du monde numérique que nos valeurs et nos principes doivent s’effacer. Si les technologies ne doivent pas pâtir des mauvais usages qui peuvent en être faits en accédant à des contenus illicites, il ne faut néanmoins pas laisser ces usages illicites se dérouler en toute impunité ».

Le blocage ? Ni adapté ni nécessaire (...)


Le passage le plus croustillant reste le dernier paragraphe de son post, dont la césure après « constitutionnels » donne un effet très pimenté, laissant croire que le blocage n’est ni adapté ni nécessaire… La réalité est un peu différente.

« Et s’agissant du blocage, dans un monde numérique, monde de l’immédiateté, et afin de protéger les droits les plus essentiels, il ne paraît ni adapté au regard de l’efficacité, ni nécessaire au regard des principes constitutionnels (cf la décision du Conseil constitutionnel sur l’article 4 de la LOPPSI) de recourir systématiquement à un juge. Ainsi il n’est pas choquant de recourir au blocage à l’encontre de sites pédo-pornographiques ».

MMM évoque tel un guide le chemin que doit suivre et poursuivre tous les députés : « le rôle du politique est donc clairement de permettre les conditions pour que le réseau internet soit techniquement pérenne, innovant, accessible et respectueux des droits et libertés de chacun. Ce qui n’est pas une mince affaire ! »

Droit à l'oubli, devoir de mémoire


Et pour cause. D’ailleurs, un tout petit détail : puisque MMM aime s’inspirer du Conseil constitutionnel et de l'examen de l’article 4 de la LOPPSI, autant lui rafraichir la mémoire. Dans les cahiers du conseil, qui décrivent les coulisses de la décision LOPPSI, le Conseil a clairement dit que la lutte contre l’exploitation sexuelle des mineurs « peut justifier des mesures que la préservation de la propriété intellectuelle ne peut fonder ». Sous-entendu : n'instrumentalisez pas la pédopornographie et n’espérez pas étendre le blocage du net sans juge à d’autres secteurs dont celui de la traque aux MP3 ou aux .Avi.

Pour finir, puisqu’une image vaut mille mots, voilà une petite capture d’une recherche effectuée dans le rapport De La Raudière/Erhel.

Muriel

Publiée le 21/04/2011 à 12:50
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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