Pascal Nègre : le but est que personne ne voie sa ligne coupée

Alors qu'il suffit d'une mamie et d'une pelle 54
Pascal Nègre, le président d’Universal Music France, a été récemment interviewé par LCI dans l’émission Le Buzz. Outre Skyrock, Hadopi et le téléchargement illégal (à partir de la 5e minute) ont logiquement été abordés. Comme toujours, Pascal Nègre nous a livré des phrases dont il a le secret.


Un téléchargement illégal n'est pas équivalent à une vente en moins

Le PDG d’Universal Music France annonce notamment que « tout téléchargement pirate ne va pas se transformer en vente, on le sait ». Une lapalissade, qui pourtant a longtemps été éludée par les majors. Ce sujet est donc définitivement clos.

Hadopi selon lui porterait cependant déjà ses fruits : « Mais clairement quand on voit les progressions depuis l’année dernière, avec des progressions des téléchargements de plus de 50 % sur iTunes, on voit que ce cadre pousse les gens vers des systèmes vertueux ». Pour mémoire, ce même Pascal Nègre a annoncé en juin 2009 qu’Hadopi permettrait une multiplication par quatre des ventes. Une affirmation difficile à évaluer, puisque sans Hadopi, le marché de la musique numérique affichait déjà à l'époque d'excellents taux de croissance.

« Personne ne doit voir sa ligne coupée »

Autre passage intéressant, alors que Nègre nous explique que la première phase de la Hadopi (l’envoi des emails d’avertissement) fonctionne bien, et que la deuxième phase (les lettres recommandées) ont débuté, il fait rapidement remarquer aux journalistes de LCI que « le but c’est qu’il n’y ait personne en phase 3 », soit la coupure de l’accès à Internet. Une remarque dont le but est de rassurer les internautes, et qui concorde avec sa vision énoncée il y a déjà plus de deux ans.

En mars 2009, en plein débat sur la loi Création et Internet (Hadopi), Nègre nous démontrait déjà que les études sur le sujet ne menait qu’à une conclusion : la rareté de la sanction finale. « Moi ce que j'aime bien dans le texte, c'est la pédagogie » argumentait-il à l’époque.

« On vous envoie un email, ensuite on vous envoie une lettre recommandée, et enfin il y a une sanction. Et toutes les études que l'on a faites, et tout ce qu'on a testé actuellement dans d'autres pays, parce que la riposte graduée ça commence à exister dans un certain nombre de pays, eh bien c'est que à peu près 30 % des gens arrêtent dès qu'ils recoivent un email, et que entre 80 et 90 % des gens arrêtent quand ils reçoivent une lettre recommandée. Donc l'idée est vraiment pédagogique. La sanction, ça doit être rare. »

Les dingues et les malades du téléchargement vont avoir des problèmes

Et si pour le Pascal Nègre actuel, l’idée d’Hadopi est en fait de « parler au pirate du dimanche », et donc lui expliquer que télécharger, « c’est quelque chose qui ne se fait pas » (la fameuse pédagogie), cela ne l’empêche pas d’être bien plus dur contre les téléchargeurs professionnels, ceux qui téléchargent des dizaines de milliers de morceaux. Ces « dingues » qui ne peuvent même pas écouter ce qu’ils « piratent », et qui pourtant, malgré ce constat, semblent faire du tort à l’industrie du disque.

« Nous allons continuer à faire des actions et je ne serais pas étonné que dans les semaines qui arrivent, un certain nombre d’internautes, qui eux sont des malades, on est dans le cleptomane, aient des problèmes. »

Pour rappel, la loi Hadopi et ses trois fameuses phases n’empêchent en aucun cas les internautes d’être poursuivis pour contrefaçon, et d’écoper au maximum de trois ans de prison et de 300 000 euros d’amende.

Reste que les plus gros téléchargeurs sont généralement des spécialistes, des gus dans un garage qui savent contourner les barrières de type Hadopi. C’est donc généralement Madame Michu et Monsieur Chumi qui découvrent avec stupéfaction la nouvelle…

Enfin, Nègre espère pouvoir tirer un véritable bilan d’Hadopi « d’ici un an ». 2012, une année qui s’annonce particulièrement mouvementée.
Publiée le 18/04/2011 à 17:53
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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