UK : l'industrie des télécoms se lève contre le blocage des sites X

Le gouvernement anglais envisage de contraindre les FAI, par la... 113
Le gouvernement anglais envisage de contraindre les FAI, par la négociation ou la loi, à bloquer tous les contenus pour adulte. Le blocage sera réversible : l’abonné pourra contacter son fournisseur pour lui demander de lever ce blocage. La députée Claire Perry soutient cette idée : « Nous ne sommes pas dans une perspective anti-pornographie. Nous voulons simplement nous assurer que nos enfants ne vont pas tomber sur des choses que nous ne voulons pas qu'ils voient. »

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Bloquer du contenu légitime

La réaction de l’industrie des télécommunications ne s’est pas fait attendre. Nicholas Lansman, secrétaire général de l’Internet Service Providers Association a estimé dans les colonnes de la BBC, que « bloquer l’accès à des contenus pornographiques licites est moins net [que le blocage de la pédopornographie), conduira au blocage d’accès de contenus légitimes et ne sera efficace que dans la prévention de l’accès par inadvertance ».

Du côté de BT, les critiques sont moins vives, mais tout aussi vastes : « il y a de nombreuses lois, droits des consommateurs et de questions techniques qui doivent être considérés avant que soit élaborée une politique de blocage des sites web. »

Un internet en forme de jardin clos

Toujours chez la BBC, Trevor Davis, le directeur technique du FAI Timico estime pour sa part « qu’il est techniquement impossible de bloquer complètement ce genre de choses, si nous nous engageons dans cette voie, il ne prendra guère de temps pour aboutir à un internet en forme de jardin clos, remplis de sites que le gouvernement est heureux que vous puissiez voir ».

Extension du blocage à la musique, au cinéma, ou Wikileaks

Autre remarque : la mesure sera extrêmement coûteuse tout en étant totalement inefficace compte tenu du nombre de moyens pour accéder à ce genre de contenu. Par contre, cette politique pourrait bien être la première pierre d’un blocage plus large, qui pourrait être étendu à la musique et au cinéma. Souvenons-nous ici de l'aveu de l'industrie du disque, puisque les indépendants comme les majors nous avaient avoué être très attentifs aux progrés réalisés dans le secteur du blocage des contenus (alors pédopornographiques). 

Jim Killock, de l’Open Rights Group prend de la hauteur ; « ce n’est pas de la pornographie. Il s’agit de censure généralisée via un cheval de Troie. (…) Si le gouvernement contrôlait une liste noire de sites web, vous pouvez parier que Wikileaks sera là-dessus.»

Même débat en France, en vain

Toutes ces remarques rejoignent celles qui furent émises en France lors des débats autour du filtrage et du blocage dans le cadre d’Hadopi ou de la toute récente LOPPSI.  Ces lois ont cependant fait l'impasse totale de toute la littérature existante en ce secteur.

On pourra à ce titre relire l’étude de Christophe Espern (« Principe, intérêts, limites et risques du filtrage hybride à des fins de blocage de ressources pédopornographiques »), la note de synthèse qui fut rédigée par Free, pour combattre chacune des solutions de filtrage (DNS, IP, hybride…), l’étude du Forum des Droits de l’Internet, qui souligne les risques de sur ou sous blocages, l’étude sur le filtrage de la Fédération Française des Télécoms, ou encore le rapport corédigé par la juriste Estelle de Marco.
Publiée le 21/12/2010 à 09:43
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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