Google : des mesures pro-actives contre les contenus "pirates"

Y-a-t-il une neutralité des moteurs ? 79
Google vient d’annoncer de nouvelles mesures de nettoyages de ses services en cas de contenu illicite, face au flot grandissant d’informations en ligne : « Il y a plus d’un milliard d’URL sur le web et plus de 35 heures de vidéos sont mises en ligne sur YouTube chaque minute » chiffre le moteur qui veut désormais supprimer plus efficacement les contenus illicites, et mettre plus en avant les contenus licites. En trame de fond, c’est la neutralité des outils en ligne qui cherche sa place… ou est menacée, selon les points de vue.

Mécaniquement, la hausse des contenus mis en ligne soulève toujours plus de questions relatives aux contenus illicites. Le moteur jure répondre rapidement aux demandes de retrait des données problématiques, « mais comme le web se développe et que le nombre de demandes croît avec lui, nous travaillons à développer de nouvelles façons de mieux aborder le problème sous-jacent ». Google annonce ainsi quatre changements dans ses politiques de retrait des contenus illicites.

Réponse dans les 24 heures aux demandes de retrait : D’abord, le moteur répondra dans les 24 heures maximum, aux demandes de retraits « fiables » (DMCA TakeDown). Dans le même temps, Google promet qu’il améliorera le traitement des contre-réponses émises par ceux qui estimeront qu’un contenu n’avait pas lieu d’être retiré. Le moteur ne donne aucune indication sur la durée de ce traitement-là.

Nettoyer la saisie semi-automatique des mots liés aux contrefaçons : Google va ensuite nettoyer son système de saisie automatique pour éviter qu’un terme « étroitement lié à la piraterie » ne soit affiché lors de la saisie semi-automatique. Google ne définit pas ce que sont ces termes. Deux exemples :

Si on tape MP3 To… le système d’autocomplétion propose « Torrent »

google torrent lady gaga mp3 

Mais en saisissant MP3 Lady Gaga To…, « Torrent » disparait.

google torrent lady gaga mp3

Mieux vidanger le moteur AdSense en collaboration avec les ayants droit : Le moteur promet également de faire le ménage dans son système d’annonces publicitaires AdSense. Aucun détail n’est donné si ce n’est que Google va travailler main dans la main avec les ayants droit pour identifier et prendre les mesures adéquates contre ceux qui ne respectent pas ce programme.

Surréférencer les contenus légitimes avec prévisualisation : Enfin, Google annonce que les contenus « autorisés » profiteront d’un aperçu « plus facilement accessible dans les résultats de recherche ». Pour Google, « la plupart des utilisateurs souhaitent accéder et du contenu légitime et sont intéressés par les sites qui hébergent un tel contenu. Nous allons examiner les façons de rendre ce contenu plus facile à indexer et à trouver». Les contenus « officiels » des clips par exemple, pourront être surindéxés et mis davantage en avant qu’un contenu d’origine douteuse…

La question de la neutralité des moteurs lors des débats Hadopi

On se souvient que lors des débats Hadopi, Franck Riester avait rédigé un amendement visant à surréférencer l’offre légale labélisée par la Haute autorité. Dans son rapport parlementaire, Riester expliquait que « Trop souvent (…) les recherches de cinéphiles (…) se trouvent orientées vers des sites d’échange ou de téléchargement illégal. Il convient d’infléchir cette situation, en redonnant la priorité aux offres autorisées, ne serait-ce que dans la hiérarchisation des résultats ».

Très partisan de la neutralité du net, Google France nous avait alors répondu ce long message suivant :
« Un moteur de recherche tel que Google détermine les résultats d’une recherche automatiquement sur la base d’algorithmes. Il n’y a pas d’intervention humaine qui viserait à juger qualitativement chaque site, une telle intervention humaine serait incompatible avec la taille de la Toile qui augmente de façon exponentielle. Nous espérons vivement qu'il s'agit ici d'un malentendu découlant d'une formulation sujette à interprétation. Ce serait aller loin que de demander aux moteurs de recherche de surréférencer certains sites labellisés, cela constituerait une forme de censure. De plus, une telle demande méconnaîtrait le fonctionnement automatisé des moteurs de recherche. Nous espérons qu'il ne s'agit pas là de la véritable intention du législateur».

Par ailleurs, nous tenons à rappeler que la ministre Christine Albanel a pris des engagements très clairs sur ce que serait ce « système de référencement ». Il ne s’agirait pas de forcer les moteurs de recherche à surréférencer certaines offres, mais de créer un portail (une sorte d’annuaire) des offres labellisées par la HADOPI. Google restera particulièrement vigilant pour que les gages donnés par la ministre en séance soient respectés dans la mise en place du portail. Malgré ces engagements, Google continue de considérer que la rédaction de cet amendement est maladroite et restera particulièrement vigilant sur la mise en place de ce portail afin qu’elle se fasse dans le respect de la neutralité du Net et sans porter atteinte à un équilibre juridique et économique favorable au développement de l’Internet en France
».

C’était en avril 2009. L'amendement était finalement rejeté.
Publiée le 03/12/2010 à 09:17 - Source : Merci Mr Xhark
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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