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Rapport sur la neutralité : « ils sont loin d’avoir tout compris »

De la bonne lecture en ce lundi pluvieux

Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM), la secrétaire d'État chargée de la Prospective et du Développement de l'économie numérique, a récemment remis un rapport sur la question de la neutralité du Net. Certains passages de ce rapport ont été publiés par notre confrère Libération/Ecrans.fr. Nous avions alors remarqué que ce rapport n’était pas forcément pro-neutralité des réseaux, et que le filtrage n’était pas si loin, même si le rapport n’est pas non plus pro-filtrage à première vue.

benjamin bayart CC Rodolphe VillageMais afin d’aller plus loin, nos confrères ont eu l’excellente idée de demander à Benjamin Bayart (président de FDN) ce qu’il pensait de ce rapport. Sans surprise, Bayart a la dent dure et n’a pas la langue dans sa poche. Une très longue interview est disponible sur Ecrans.fr. Si vous avez du temps devant vous, n’hésitez pas. Voici néanmoins ci-dessous quelques passages croustillants.

Jugeant ses premières impressions « mauvaises », il explique avoir rapidement remarqué une réelle « incompétence ». Les rédacteurs du rapport apprécieront. « Beaucoup de sujets ne sont pas du tout au niveau de ce qu’on pourrait attendre d’un rapport gouvernemental. Et un certain nombre de prises de positions sont bizarres. Pas bien tranchées, pas nettes. (…) Il y a un ramassis de poncifs dont la moitié est fausse. »

Argumentant sur les nombreux avantages du P2P, alors que son « recul » est noté dans le rapport (sans en expliquer les raisons), Bayart revient aussi sur Hadopi. Pour lui, sa principale conséquence sera « de déplacer le téléchargement de Bittorrent vers Megaupload ou autres ». En somme, cela force la centralisation des téléchargements des contenus, comme peuvent l’être iTunes Store pour la musique et YouTube pour la vidéo. On en vient alors à la fameuse priorisation…

Que la capacité du réseau augmente de 100% par an, on s’en fout.

Et pour Bayart, que la consommation sur Internet explose (à cause des vidéos, de l’essor du Web mobile, etc.) n’est pas du tout un problème, contrairement à ce que l’on souhaite nous faire croire. « Moi, j’entends depuis toujours : « Internet va saturer et, oulala, il faut faire attention parce que le trafic augmente de 30% par an ». Mais après, que la capacité du réseau augmente de 100% par an, on s’en fout. »

Bayart ne critique d’ailleurs pas que le rapport, et s’attaque directement aux FAI : « Quand les opérateurs se tirent sur la nouille pour se plaindre de la saturation due à Dailymotion ou Youtube, ils sont en train de se chatouiller pour 1 euro par mois et par abonné ! » Orange et Free, qui avaient pointé du doigt ce problème, apprécieront.

Le prétexte de la saturation est totalement disproportionné

Mais le risque de congestion (saturation) du trafic est-il réel ? Oui, bien évidemment, si l’on stoppe les investissements. Mais dans toute l’industrie informatique, arrêter les investissements, cela n’a pas de sens. Et globalement, le coût est très faible assure Bayart. « Le prétexte de la congestion est vrai, techniquement. Mais il est totalement disproportionné. C’est du même niveau de qualité que d’expliquer que toute la délinquance vient des Roms. »

Et du côté du mobile, où la technologie (et donc ses contraintes) est évidemment bien différente du fixe, la 4G pourra-t-elle sauver la saturation future (et même parfois présente) de la 3G ? Pas vraiment, du fait, justement, du manque de croissance et de vitesse d’augmentation des capacités. Si pour les lignes fixes, nous arrivons encore à croître cette vitesse à un rythme assez régulier, pour le mobile, la chanson est différente : la 4G « va changer sensiblement la capacité. Mais on passe de la 3G à la 4G en 8 ans et la 4G va seulement doubler la capacité : on n’est pas du tout sur les bons rapports. »

On va prendre une position hypocrite, s’affirmant pro-neutralité...

Quant à la position pour la neutralité (ou non) du rapport, Benjamin Bayart semble assez convaincu : « Les pages 29 et 30 du rapport sont un exercice de novlangue, utilisant des mots pour dire le contraire de ce qu’ils veulent dire. Pour moi, c’est le passage du rapport qui indique clairement la position du Gouvernement. Qui consiste à dire : « on va prendre une position hypocrite, s’affirmant pro-neutralité, parce que sinon, c’est cramé, mais on va expliquer aux gens qu’en filtrant les jeux d’argent en ligne et en autorisant des filtrages sur décisions administratives, alors, on assure la neutralité du réseau. On va faire dire aux mots le contraire de ce qu’ils veulent dire ». »

Au final, Bayart se montre particulièrement dur envers les rédacteurs du rapport, et n’est guère optimiste pour la suite… Il note ainsi, en ironisant, le bon côté de ce rapport : « D’abord, le fait que les gens que je soupçonne d’avoir écrit ce rapport, il y a dix mois, n’auraient pas su quoi écrire. Là ils en sont à avoir su quoi écrire, même s’ils sont loin d’avoir tout compris. Nous avons progressé. »

Il remarque cependant que la position de la France risque d’être ambiguë et sera donc créatrice de problèmes : « Pour moi la meilleure solution, c’est ce que fait l’Islande. Leurs positions sur la neutralité et l’ouverture du réseau sont exemplaires. Donc c’est possible dans une démocratie... ça ne crée pas la jungle. Mais ce genre de positions là, il ne faut pas rêver, le Gouvernement français n’en est pas capable. »
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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Publiée le 16/08/2010 à 14:58

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