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Projet Vigilant : Big Brother ou gros mensonge ?

Les aficionados de théories du complot vont adorer

Defcon logoLors de la conférence sur la sécurité Defcon à Las Vegas, un certain Chet Uber s'est présenté dimanche dernier avec des révélations fracassantes. Il y a affirmé être le directeur d'une organisation semi-secrète bénévole travaillant pour le gouvernement américain appelé Projet Vigilant, recrutant des hackers volontaires.

Un article dans Forbes relaie alors l'information. Chet Uber affirme en effet que son groupe s'occupe de collecter et traiter les échanges sur Internet des utilisateurs de 12 FAI régionaux. Selon lui, l'organisation suit plus de 250 millions d'adresses IP par jour, et « peut trouver des informations sur n'importe quel nom, pseudo ou adresse IP ». Ils chercheraient les terroristes et les cyber-criminels, et les dénonceraient au gouvernement grâce à leurs contacts aux plus hauts niveaux « dans des agences à trois lettres ». (NSA, FBI, CIA...)

Son activité serait légale grâce à une clause contractuelle que les clients de ces FAI ont signé en acceptant l'accord de licence, autorisant le fournisseur d'accès à partager leurs activités sur Internet avec des tierces parties.

Un lien avec l'affaire WikiLeaks

logo wikileaks Pour rajouter à l'effet d'annonce, l'apprenti Big Brother a aussi précisé que l'ancien hacker Adrian Lamo travaillait pour son groupe comme « chercheur volontaire », et qu'il l'a lui-même convaincu de dénoncer Bradley Manning. Ce dernier est le militaire américain accusé d'avoir envoyé à WikiLeaks des dizaines de milliers de documents militaires confidentiels et la vidéo  "Collateral Murder" montrant un hélicoptère américain tuant des civils en Iraq, dont deux journalistes de Reuters. Manning a alors contacté Adrian Lamo par chat car il « avait besoin de quelqu'un à qui parler qui puisse le comprendre ».

Uber affirme qu'il a appris le contact entre Lamo et Manning par le père du hacker, et l'a ensuite incité à tout communiquer aux autorités en lui faisant croire que s'il ne le faisait pas il risquait la prison.

L'affaire WikiLeaks fait beaucoup de bruits aux États-Unis, et Adrian Lamo a même confirmé que Chet Uber avait été une des personnes qu'il a consultées pour prendre sa décision, sans préciser s'il collabore ou pas à son groupe. Ça a permis de donner beaucoup d'échos aux affirmations de M. Uber.

Des affirmations assez grosses

Mais toutes les informations sur Projet Vigilant sont contradictoires. D'abord présenté par Forbes comme un sous-traitant du gouvernement, ou comme une filiale d'un groupe de sécurité, Uber a ensuite expliqué à Wired que son groupe était composé de volontaires, et qu'ils ne recevaient pas d'argent du gouvernement.

Mais dans ce cas comment a-t-il convaincu 12 FAI de lui communiquer volontairement les activités sur Internet de leurs clients ? Un groupe de hackers, même transmettant leurs résultats au gouvernement, n'a aucune chance d'obtenir une telle coopération de 12 entreprises privées. Chet Uber s'est d'ailleurs bien gardé de mentionner quel type de FAI était concerné, ou de donner de noms. Et une telle clause autorisant les FAI à partager les activités de leurs clients parait hautement illégale.

Une seule source, de gros doutes

L'existence de ce groupe n'a été confirmée avant cette conférence à la Defcon que par deux articles de The Examiner, écrits par le même journaliste, Mark Albertson, et datant de juin 2010. Ils sont dithyrambiques, mais manquent de sources crédibles dans leurs affirmations : ils sont tous deux basés sur une interview de nul autre que Chet Uber.

C'est en fait Glenn Greenwald de Salon.com, qui après avoir fait un article particulièrement catastrophiste sur le Projet Vigilant ce lundi, sur la base des articles de Forbes et de The Examiner, a changé complètement d'avis sur l'importance du groupe quand il s'est rendu compte de certaines incohérences de l'histoire et de la source unique de toute l'affaire. Mais si le Projet Vigilant n'est pas le grand espion issu du privé qu'il prétend être, M. Greenwald reste convaincu que d'autres groupes, faisant beaucoup moins de publicité, existent.

Pour finir d'enfoncer le clou, il faut remarquer que le fait qu'un projet secret qui aurait une telle ampleur soit lié à une polémique aussi grosse aux États-Unis que l'affaire WikiLeaks par une simple coïncidence semble hautement improbable. Surtout pendant une période où son directeur cherche par tous les moyens à se faire de la publicité... C'est finalement le détail de trop qui rend toute l'affaire extrêmement difficile à croire.
Publiée le 06/08/2010 à 14:28

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