Pôle Emploi : le logiciel libre, un choix massif et pragmatique

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pole emploi Suite à la publication de notre actualité sur l’utilisation générale de Firefox par IBM, une source nous a contactés pour nous signaler que d’importants travaux étaient en cours dans le Pôle Emploi. La structure était manifestement en train de s’appuyer fortement sur les logiciels libres. Nous avons donc contacté le Pôle Emploi pour en savoir davantage, et il y a effectivement des projets en cours de réalisation, mais certains sont en fait déjà en place.

Nous avons discuté avec Michel Brouant, directeur général adjoint technique à la direction Systèmes d’Informations de Pôle Emploi. Il nous a bien confirmé que différents projets avaient déjà été mis en place, d’autres étant soit en préparation pour une date ultérieure, soit en cours de déploiement. L’ensemble est un plan sur le long terme, et nous allons donc détailler les points principaux.

Firefox, encore lui

Le Pôle Emploi est embarqué dans de vastes transformations de son architecture. Il faut savoir qu’il existe environ 1800 sites pour cette structure, et environ 50 000 postes de travail. Les défis sont nombreux puisque les services du Pôle sont reliés à d’autres tiers, comme la CAF. Ainsi, toutes les applications du Pôle deviennent avec le temps des applications Web. L’un des gros changements mis en place depuis un an est l’arrivée de Firefox en tant que navigateur par défaut, et donc de lien entre un conseiller et ses applications Web.

Il était prévu de quitter Internet Explorer 6 qui était utilisé depuis longtemps pour l’Intranet. C’est un cas classique que l’on retrouve dans de nombreuses structures. De fait, la question de la recherche de son remplaçant n’était pas à prendre à la légère. Michel Brouant nous a ainsi expliqué que le choix de Firefox s’est basé sur les raisons principales suivantes :
  1. Les performances, notamment en JavaScript, puisque les applications Web du Pôle l’utilisent massivement
  2. Le respect des standards et son ouverture aux plateformes (Windows et Linux principalement, et Mac OS X aujourd'hui peu présent sur les postes clients)
  3. La sécurité
De fait, chaque fois qu’une application Web est créée ou mise à jour, tous les tests sont faits sur Firefox. Si cette phrase vous rappelle quelques souvenirs, c’est qu’il s’agit de la même procédure que chez IBM.

« Ce n’est pas une stratégie open source »

Puisque le sujet principal était finalement l’open source, Michel Brouant s’est montré par contre très clair : « Ce n’est pas une stratégie open source. Les choix se font en fonction de plusieurs critères, comme les capacités d’ouverture des technologies, et donc leur autonomie. C’est Internet qui est la règle du jeu, et Firefox est un bon exemple dans le cas présent ».

Cela signifie que le Pôle ne cherche pas à utiliser volontairement l’open source dans tous les cas. Il s’agit d’une approche pragmatique en fonction des besoins. Ainsi, les 50 000 postes de travail sont actuellement sous Windows XP, et la question du renouvellement du système d’exploitation devrait trouver une réponse d’ici 2014. Il peut s’agir autant de Linux que de Windows 7 ou 8, cela dépendra d’un grand nombre de facteurs. Selon Michel Brouant, « il y a des chances que la solution retenue soit un peu un mélange des deux : on garderait Windows pour les postes des responsables qui ont un grand nombre d’applications Windows, et on installerait Linux sur les postes des conseillers ». Rien n’est donc encore décidé.

Mais ce constat apporte une question intéressante : celle de la liberté de choisir ce qui existe sur le poste client. Dans le cas du Pôle, cette question est facilitée par les choix faits en amont, sur l’ensemble de la partie invisible pour l’utilisateur : les serveurs, et tout le travail de back office. Tous les serveurs liés aux applications web ou presque tournent sur SLES de Novell (SUSE Linux Enterprise Server). De même, le service d’annuaire est basé sur le protocole LDAP, en remplacement de l’ancienne solution Active Directory de Microsoft sur Windows Server. L’avantage de ces choix se retrouvera dans les migrations des postes clients, puisque le système d’exploitation n’aura pas d’importance : l’infrastructure mise en place peut fonctionner indifféremment avec Windows, Linux et Mac OS X.

Par contre, on retrouve encore l’esprit de compromis et de pragmatisme dans les choix au sujet de la base de données choisie : il s’agit d’Oracle. Michel Brouant nous indique à ce sujet qu’il n’est simple de couper sa dépendance face à certains gros éditeurs. Oracle fonctionne sur l’ensemble des serveurs que le Pôle possède, et cela inclut aussi bien les serveurs Novell SLES, que ceux sous AIX, ou encore certains serveurs HP Itanium.

À travers les choix pragmatiques qui sont faits, on retrouve le concept de transversalité. Il est important que les technologies les plus importants puissent fonctionner partout et de la même manière, pour s’affranchir du milieu local. Le choix des applications Web n’a rien d’un hasard dans ce contexte, pas plus que celui de Firefox.

AUDE, Neptune et le reste de la bande

Sur le chapitre des applications Web d’ailleurs, une grosse mise à jour fonctionnelle est en préparation pour AUDE (Application Unique Demande d’Emplois). Ce projet, qui accompagne la fusion entre l’ANPE et l’ASSEDIC, et cette application doivent présenter aux agents un accès simplifié à l'ensemble des processus métiers et donc des applications des deux maisons. Une première version est en production depuis octobre 2009, et un complément important sera mis en production en Octobre 2010.

Autre déploiement en cours : Neptune. Il s’agit d’une nouvelle infrastructure de gestion du poste de travail. Cela comprend aussi bien la gestion des droits que l’administration à distance, en passant par la gestion des patchs, etc. Neptune est déployé depuis le mois de mars, au rythme de quarante sites par semaine sur le territoire. La fin de cette procédure est prévue pour juin 2011.

Pour finir sur les projets de migration, précisons que les bornes d’accès Internet en libre services dans les agences du Pôle Emploi sont en partie sous Linux. Il s’agit là encore d’une solution Novell, et environ la moitié des bornes sont concernées. Michel Brouant nous a indiqué que ce changement n’était pas prioritaire. Le rythme est donc plus lent, mais la finalité sera la même : Linux équipera 100 % de ces bornes.

Enfin, concernant l’avenir, nous avons demandé au directeur adjoint si des solutions de type virtualisation étaient envisagées, pour rester dans une optique de consolidation. La réponse est oui : « Nous avons actuellement des solutions de virtualisation, mais elles sont en environnement de développement, pas en production ». Cette virtualisation est basée sur les produits de VMWare, mais il y a également une virtualisation des applications : « Nous l’utilisons pour certains postes au siège, pour quatre ou cinq applications. Cela nous permet de simplifier l'intégration de ces applications sur les postes de travail ». Selon Michel Brouant, la virtualisation des applications devrait prendre plus d’importance dès l’année prochaine.

Contrairement à IBM donc, il n’y a pas de réelle volonté du Pôle Emploi de basculer vers de l’open source uniquement. Cependant, la recherche est basée sur des critères qui le rendent incontournable, une approche pragmatique ayant abouti quand même à leur large utilisation au sein de la structure.
Publiée le 12/07/2010 à 14:23
Vincent Hermann

Rédacteur/journaliste spécialisé dans le logiciel et en particulier les systèmes d'exploitation. Ne se déplace jamais sans son épée.

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