Édito : téléchargement illégal, un débat de plus en plus hypocrite

Tipiak ! 453
La semaine dernière, Michel Sardou a publiquement avoué lors d’une interview réalisée par RTL qu’il avait téléchargé Iron Man 2. Le journaliste de RTL avait alors répondu que lui aussi s’adonnait à ces actes méritant la peine de mort et dignes de collabos. Et Michel Sardou de conclure : « Oui, nous tous ! Nous tous ! »
  

 Il est bien sûr difficile de savoir si Michel Sardou était sincère ou s’il s’agit d’un simple coup de pub dans le but de provoquer un certain buzz. Mais la réponse du journaliste ainsi que la remarque de Sardou comme quoi tout le monde « piratent » sont intéressantes. D’un côté, les lois évoluent et se durcissent, et certains artistes (plus ou moins poussés par leurs producteurs) crient à la mort prochaine de leur profession et même de la musique. De l’autre, Michel Sardou nous annonce que tout le monde est un « pirate » en herbe.

Sardou a peut-être raison. Si certains se procurent du contenu normalement payant de façon détournée tout à fait sciemment, d’autres le font aussi inconsciemment. Il est en effet tout à fait possible de cliquer à son insu sur « mauvais » lien, ou pire encore, certains ne se rendent pas compte qu’ils commettent des délits. Il y a ceux qui pensent que « télécharger c’est mal », mais que « le streaming ce n’est pas du téléchargement donc c’est légal » (alors que non…). Il y a aussi ceux qui savent pertinemment que se procurer gratuitement de la musique ou un film soumis normalement à un régime payant n’est pas réglementaire. Mais ce sont parfois ces mêmes personnes qui ont un Windows ou un Photoshop piraté…

Que le débat soit hypocrite n’est d'ailleurs pas nouveau. Entre :
  • les baladeurs de plusieurs Go qui impliquent que chacun dispose de plusieurs milliers d’euros de musique,
  • les FAI aux publicités tendancieuses (confer la dernière de Numericable, même si la plateforme est légale),
  • les lecteurs DivX qui ont été rapidement disponibles alors qu’aucune plateforme ne proposait de films à l’époque (DivX ou non d’ailleurs),
  • les graveurs CD/DVD écoulés par millions, et parfois vendus par des producteurs de musique et de film (comme Sony),
  • et les majors qui utilisent les réseaux P2P comme publicité...

La dernière publicité de Numericable

Cette duplicité est vieille comme Internet ou presque. Et si, contrairement à l’époque, la naïveté des Internautes est tout de même moins forte aujourd’hui sur le sujet, la population n’est pas dupe. Cette dernière a néanmoins évolué d’une drôle de façon. D’un côté, il y a les pros du téléchargement, ceux qui sont même parfois prêt à débourser quelques euros dans un VPN ou des Newsgroups pour avoir un accès illimité (et logiquement souvent adeptes de la licence globale), et il y a ceux qui se procurent légalement du contenu, notamment parce qu’ils ne veulent pas se prendre la tête avec des moyens illégaux. (et il y a bien sûr les autres qui ne font rien)

Sauf que ces deux types de population sont souvent mécontents. En effet, d’un côté, certains achètent en ligne mais se rendent compte que se procurer un CD ou louer un DVD revient parfois moins cher que de télécharger le même contenu légalement (sans parler des DRM). Et le catalogue en ligne reste inférieur au physique, et est mal mis en avant qui plus est. De l’autre, on poursuit des personnes qui sont pourtant prêtes à payer et à rémunérer artistes (et même les producteurs). En somme, on ne contente ni l’un ni l’autre. La duplicité est aussi là.

Ce sont ces hésitations, ces tâtonnements, ces tergiversations, qui créent problème. Depuis près de 10 ans maintenant, de nombreux consommateurs ne veulent que deux choses : que l’on cesse de se moquer d’eux et que des offres intéressantes leurs soient proposées, c’est-à-dire sans limitation (type DRM), à des prix concurrentiels (sans pour autant que ce soit donné, chaque chose a une valeur), avec un catalogue vaste et varié, et à une qualité au moins égale à ce que l’on retrouve sur les réseaux « illégaux ». Dans le cas contraire, sauf lobotomisation massive, rien ne changera… À moins qu'Hadopi crée la surprise, mais on peut avoir de sérieux doutes sur ses résultats.

Répondre aux attentes des consommateurs n’est-il pas la solution la plus simple ?

Petit jeu : Vous voyez l’image ci-dessous ? Eh bien je vous propose de faire un concours où la seule chose à gagner sera la gloire d’être publié dans le prochain édito, en modifiant les textes de l'image (en français bien sûr). Et de permettre accessoirement de s’amuser moyennant quelques minutes de votre temps.

Postez vos créations dans les commentaires, cela sera plus pratique.

 Steve Jobs Bill Gates
Publiée le 19/06/2010 à 08:00
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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