FTTH : Silicani (ARCEP) déçu par le faible nombre d'abonnés

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Ceux qui nous suivent régulièrement ne le savent que trop bien : le nombre d’abonnés à la fibre optique (FTTH) avance à vitesse d’escargot en France. Le premier trimestre 2010 a ainsi affiché une "fantastique" croissance de 6000 nouveaux abonnés FTTH

Un taux d'abonnés/raccordés bien trop faible

Face à la réalité de ces chiffres risibles, Jean-Ludovic Silicani, le président de l'Arcep (l’autorité de régulation des télécoms), s'est dit « surpris et déçu ». Pourquoi ? Tout simplement parce que plus de 800 000 foyers sont aujourd’hui raccordés à la fibre optique, alors que seulement 75 000 ont souscrit à une offre à très haut débit, soit un taux d’abonnement inférieur à 10 %.

Et si le nombre de foyers raccordés devrait doubler en un an, il ne faudra surtout pas que le taux d’abonnement reste aussi médiocre. La France fera alors face à un problème important, même si Silicani modère cette situation en précisant qu’en « Europe, à quelques exceptions près, le taux d'abonnement à la fibre optique est très bas ».

C’est effectivement le cas partout en Europe (hormis en Suède et une poignée d’autres pays), cependant, l’Asie, principalement le Japon et la Corée du Sud, ainsi que les États-Unis, prennent une sérieuse avance sur le Vieux Continent. Seule une forte croissance permettrait à la France de rattraper son retard, à l’instar de l’ADSL, qui concerne aujourd’hui plus de 20 millions d’abonnés.

ARCEP FTTH fibre T1 2010

Les raisons de cet insuccès ?

Mais pourquoi le taux d’abonnement à la fibre optique est-il si faible ? « En France, le faible prix des offres ADSL et leur grande qualité satisfont peut-être les consommateurs aujourd'hui » explique Silicani. Entre les offres triple-play entre 20 et 35 euros, et Ideo, l’offre quadruple-play de Bouygues Telecom pour à peine 44,90 euros, il est vrai que passer au très haut débit n’est pas forcément utile à la plupart des gens, même si cela offre des avantages non négligeables (TV HD, vitesse d’upload bien supérieure à l’ADSL, etc.).

Le problème se situe aussi commercialement. La publicité pour le très haut débit est quasi inexistante, hormis chez Numericable. Par conséquent, de nombreuses personnes ne connaissent même pas l’existence de telles offres. Cela devrait néanmoins changer à l’avenir espère Silicani : « Les opérateurs, attentistes en 2009, doivent maintenant mettre en avant leurs offres commerciales ».

ARCEP FTTH FTTLA T1 2010 carte
Carte de la fibre (FTTH et FTTLA) au 1er trimestre 2010

Les forfaits fibre actuels sont déjà très intéressants

Rappelons ainsi qu’Orange, via son forfait La Fibre, propose désormais, pour 34,90 euros par mois, un débit de 100 Mbps en téléchargement, de 10 Mbps en upload, la téléphonie fixe illimitée dans plus de 100 destinations internationales, plus de 100 chaînes TV (dont 10 en HD et 1 en 3D), ainsi qu’une heure d’appel vers les mobiles en France métropolitaine.

Quant à Free et SFR, des offres existent, mais elles restent encore méconnues du grand public, et quasi indisponible, le nombre de foyers raccordés à la fibre optique par ces deux FAI étant encore faible. Free et SFR ne comptent d’ailleurs que quelques dizaines de milliers d’abonnés chacun… Pourtant, Free et SFR proposent un débit descendant (download) de 100 Mbps et un débit montant (upload) de 50 Mbps, le tout pour 29,90 euros par mois. De quoi attirer plus d'un internaute.

L'avenir sera meilleur (y'a intérêt)

Malgré sa déception, le président de l’ARCEP se veut néanmoins optimiste, et pense que ce démarrage poussif sera compensé dans les années à venir. Tout d’abord, grâce à un nombre de foyers raccordés important : « on pourrait avoir 2 millions de foyers raccordés en fibre optique ou par le câble à la mi-2011 ».

Et surtout, outre les zones denses des grandes villes, les zones de faible et moyenne densité ne devraient pas être en reste, grâce à la mutualisation. « 75 % des réseaux en fibres optiques seront mutualisés contre 25 % dans les zones denses » a ainsi précisé Silicani.

Créer les services de demain

Mais ce qui poussera les Français à s’abonner au très haut débit sera aussi (et surtout ?) l’essor des services exploitant de tels débits sur Internet. Entre la hausse continue de la qualité des vidéos sur les plateformes comme YouTube et Dailymotion, l’essor de la VoD, l’hébergement de son propre serveur, des services encore inconnus à ce jour, le tout cumulé à des tarifs très raisonnables (comparativement à ceux d’autres pays), l’Hexagone a les clés en main pour que la fibre explose. 
Publiée le 10/06/2010 à 10:41 - Source : Les Echos
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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