Acadomia s'excuse sur Facebook, « si les faits sont réels »

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Acadomia a décidé de prendre un peu mieux les devants après la découverte par la CNIL de fichiers ahurissants sur les profs et les élèves ainsi que leur environnement parental, rattachés à son activité. Elle va officialiser mardi une page Facebook (déjà ouverte) où elle reconnaît des « inexactitudes »,  « anomalies » et autres « irrégularités ».

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Acadomia, l’un des leaders de l’enseignement, avait été dénoncé par la CNIL pour les curieuses appréciations repérées dans ses fichiers clients/profs : « Père pas malin du tout (voire crétin) », « La maman est une grosse conne. » « Saloperie de gamin », « Enfant adopté ! Sa mère lui a fait boire de l’alcool étant bébé. » « S’est teinte en blonde toute seule et n’importe comment. Elle s’est fait un piercing dans le dos de sa mère. », etc… La CNIL avait choisi de diffuser publiquement sa décision avec pour l'entreprise, l’effet que l’on peut imaginer en termes d’image de marque.

 

Dans un premier communiqué, Acadomia niait et tentait de jeter un certain discrédit sur l’enquête de la Commission (« le rapport de contrôle des équipes de la CNIL établi trop rapidement comporte de graves inexactitudes »), avant de ravaler son venin dans un communiqué nettement plus lisse.

Il faut dire qu’entretemps, Alex Türk, président de la CNIL avait su trouver les mots d’apaisement dans une interview : «[les gens d’Acadomia] ne devraient pas le répéter trop souvent, sinon je vais devoir mettre sur la table les informations saisies par nos contrôleurs. Rien n'a été inventé, aucun mot n'a été rajouté. D'ailleurs, quand la direction d'Acadomia s'est présentée à la Cnil accompagnée de son avocat, elle n'a jamais contesté les faits reprochés. Elle a reconnu avoir manqué de vigilance. »

La société a finalement décidé d'ouvrir une page Facebook pour tenter de raccommoder les plaies et ouvrir le débat. Son lancement officiel est prévu mardi, mais déjà, un premier post sur le mur est signé Philippe Coléon, directeur général d'Acadomia, tente de défricher le terrain.

Philippe Coléon veut apporter l’« explication » et le « point de vue » de la société. Sur le fond, il reconnaît un certain nombre « d’anomalies dans le fonctionnement d’Acadomia ». « Anomalie » le mot semble un peu faible (« Ce qui s'écarte de la norme, de la régularité, de la règle. » nous dit Mme Larousse).

Comme un élève collé qui remercierait son bourreau de prof, Acadomia félicite l’intervention de la Commission : « J’ai envie de dire heureusement que des commissions comme la CNIL existent, pour mettre en évidence ce genre de dysfonctionnement parce que sur un certain nombre de mots, d’expression il n’y a a aucune excuse à trouver si ce n’est que présenter nos excuses si ces faits sont réels.»

La société évoque donc des faits hypothétiques (« si ces faits sont réels ») mais admet immédiatement après avoir corrigé en interne tous ces manquements, « ces mots qui ne devaient pas s’y trouver »… Elle veut trouver les « pourquoi » de ces dysfonctionnements. « Des sanctions ont été prises à l’encontre des salariés qui effectivement ont dépassé la déontologie de notre entreprise et de notre profession ». Un responsable qualité a enfin été désigné pour surveiller et éviter la réitération de ces « irrégularités ».

La page FB d’Acadomia veut également servir à informer sur les suites de ce dossier et « toutes les mesures qu’Acadomia va prendre sur cette notion de données personnelles ». La page se veut un lieu d’expression et de questionnement. Pas sûr que ceux d’Acadomia (« si les faits sont réels ») fasse sourire la CNIL.
Publiée le 07/06/2010 à 10:28
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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