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Le blog Bluetouff pilonné par un DDoS après ses critiques contre WawaMania

Quand l'union fait le faible

Peut-on tout dire sans risque vis-à-vis de Wawa-Mania ? Visiblement non. Le blog Bluetouff a été contraint de baisser pavillon après une attaque DDOS. Depuis, la page d’accueil frappe l’œil d’un « none », mais l’attaque se poursuit et vise par ricochet d’autres sites professionnels hébergés au même endroit… Retour sur un détestable épisode. 


Les origines de cette attaque sont à raccrocher à l’affaire Wawa-Mania. Une locomotive médiatique qui avait eu sa petite heure de gloire warholienne via France 2. Un reportage d’envoyé spécial où on voyait Zac, à la tête de cette board, présenter son savoir-faire, ses activités – 10 h par jour – reposant sur cette plateforme de téléchargement avec lesquelles il tire des revenus dont les estimations varient. Wawamania réalise toutefois 90 millions de pages vues, autant que le Monde souligne ReadWriteWeb.

Au fil du reportage, une distribution de gros coup de pied dans les fesses de l’industrie de la Culture : « la culture pour tous », une HADOPI bien inutile avec des serveurs basés à l’étranger, etc. Wawa-mania tire du coup parti des handicaps de ce marché pour faire fructifier sa petite entreprise et ses idées. Mais l’industrie justement n’est pas restée bras croisés : une plainte a été déposée voilà plusieurs mois. Zac, toujours présumé innocent puisque cette procédure n’a pas encore abouti, risque tout de même de passer des mois en prison pour des sommes non reverséee au titre de la caution. 

Voilà une sacrée cuisine : une board, des revenus tirés d’échanges hors marché, et une procédure. Et finalement, beaucoup de vaisselle sale dans l’évier.

L’affaire a d’abord connu un nouveau rebondissement il y a quelques jours avec « la prise » de l’ALPA. C’est cette fameuse association de lutte contre la piraterie audiovisuelle, celle qui a transmis au ministère de la Culture le fameux chiffre des 450 000 films « piratés » chaque jour, surexploité par la Rue de Valois. Plusieurs soutiens de Wawa Mania, accompagné de journalistes invités pour « ce coup », ont investi les coquets locaux de l’association en se faisant passer pour des VRP d’une entreprise de détection des IP sur le web… Où comment ferrer des professionnels de la sécurité en ligne avec une bête attaque par phishing. Un sacré coup.

L’affaire est épaulée par l’ALTID (Association pour le téléchargement sur Internet et la Libre Diffusion), une association montée par Aurélien Boch, également membre de la Ligue Odebi et du Parti Pirate français. La vidéo du Nouvel Obs fait le tour du web – ici dans nos colonnes –  avec également une interview sur Numérama.

C’est là qu’intervient le blogueur BlueTouff, Olivier Laurelli. Olivier, qu'on peut suivre sur Twitter, est une figure bien connue pour la qualité de sa veille autour d’Hadopi et Loppsi, exemplaire. Ses articles suivent les pérégrinations de ces textes, qu’il examine fort de son expérience professionnelle, en apportant à chaque fois une plus-value et une synthèse de situations (notamment sur SeedFuck, TMG, etc.). Olivier fut l'un des acteurs du festival Pas Sage en Seine, riche pépinière à idées et projets autour des concepts de hacking, logiciels libres et respect des droits et libertés.

La victimisation de Wawa Mania m'énerve

Dans un premier post, Olivier balance un coup de pied contre cette board : « La victimisation de Wawa-Mania m’énerve » griffe-t-il mettant des mots vifs sur son malaise. « Dans une interview qu’il accordait à France 2, la police le soupçonne d’encaisser 4000 euros par mois ! Je serai même curieux de savoir ce qu’il a reversé au fisc. Tout ça en diffusant des matériaux qui ne lui appartiennent pas. Si ces œuvres étaient matérialisées, on appellerait ça du recel, purement et simplement. Le plus dingue, c’est qu’il raconte ça avec un grand sourire devant les caméras en se faisant passer pour un Robin des Bois… mais qu’a-t-il reversé aux artistes dont il a allègrement exploité commercialement les oeuvres ? »

Les revenus des créateurs, c’est justement le sujet essentiel de tous les débats Hadopi. Les uns croient dans la potion magique de la coupure d’accès, qui poussera toutes les Madames Michu de France dans les rayons de la FNAC, d’autres veulent explorer des voies alternatives (voir par exemple l’intense actualité autour du Rapport Gallo).

Face à ces alternatives, Olivier qualifie Zac d’ « usurpateur », qui « représente ce qui existe de pire pour les personnes qui défendent la licence globale ou des alternatives à la répression stupide et aux croisades du copyright. Je suis simplement consterné de voir que Ligue Odebi se compromette dans ce genre d’affaire qui n’a plus rien à voir avec le téléchargement par un particulier dans un cadre strictement privé. La ligue ODEBI soutient ouvertement ici un voleur … ni plus ni moins, si elle souhaitait jeter le discrédit sur tout le travail accompli jusque-là … c’est gagné. Soutenir Wawa-Mania c’est soutenir un échange bien commercial et non le partage ! »

On devine sans mal les effets de cette sèche condamnation… Face aux critiques qui éclatent sur Twitter des proches et défenseurs de Wawa-mania notamment, Olivier ne se démonte pas. Et son nouveau post met le feu aux poudres. « Wawa-Mania est bien une organisation structurée de cyber délinquants », titre-t-il. On trouve encore une copie de cet article sur Paperblog.

« Nous ne tolérons pas que Wawa-Mania soit érigé en symbole du partage de la culture après tout ce que nous avons trouvé » dit Bluetouff dans ce texte coécrit. Il déroule alors ses trouvailles récupérées dans ses filets à l'aide d'un simple navigateur. Pour lui, Wawa Mania ne discrédite pas seulement les opposants à Hadopi, mais également toute la scène warez. Au fil des copies d’écran, de messages dans les forums, des échanges sur les chats, etc. Olivier se forge une opinion sur les acteurs qui gravitent autour de ce site : manipulations de la presse (« le NouvelObs et France2 seraient demandeurs de spectacle, c’est donnant/donnant », résume Olivier, avec la copie d’un échange sous le coude). Plus grave: un échange sous pseudo montre comment ont été pilonnés des petits sites à coup de botnets… « on confesse volontiers qu’on utilise des botnets et des trojans pour se débarrasser de la « concurrence » et là on est plus du tout dans le petit partage de fichiers entre amis ».

Bluetouff ne s’arrête pas là. Il tente de deviner les revenus puisés dans le forage Wawa-Mania. Dans le reportage de France 2 on évoque, de sources policières, 4 000 euros par mois pour ZaC. Sur sa calculette, Bluetouff fait une rapide évaluation à la grosse louche : Wawa-mania, c’est peut-être 3000 euros par jour… 

Bataille de chiffres poursuivie sur le Nouvels Obs où Zac veut éteindre les doutes : il estime n’avoir touché qu’« environ 47.000 euros en trois ans, soit un salaire de 1.500 euros par mois », avec lesquels il payait les frais d’hébergement « sur des serveurs iraniens ». « À côté de Wawa-Mania, j'ai toujours travaillé pour payer mon appart, dans des restaurants d'Aix-en-Provence, pour des boites informatiques... Wawa-Mania n'a jamais été à but lucratif, je n'ai jamais fait ça pour gagner de l'argent ». Le Nouvel Obs s’est cependant fourni des documents de la BEFTI qui affichent 47.753 euros reversées par les régies à Zac, sur une période d'un peu plus de deux ans. Bref, tout est dit et son contraire.

Attaque par déni de service contre Bluetouff.com

Les accusations de Bluetouff ne seront pas restées sans réponses. Peu après, le site d’Olivier est rendu HS par une attaque DDOS, qui noie ses critiques et les déconnecte du web, à la manière d’une vulgaire petite HADOPI privée. Symptomatique. 

La violence de cette attaque frappe également les autres sites hébergés par son entreprise informatique. Avec l’effet domino bien connu : son activité professionnelle est mitraillée, touchée. Et on imagine sans mal l’impact de ces mesures sur la vie privée du blogueur. Écœuré par cette censure atomique organisée selon lui par Wawa-mania, Olivier préfère arrêter son blog.

Du côté des premiers commentateurs, c’est l’émoi. Chez Read Write Web, on souligne que « Wawamania devait être, pour le Parti Pirate français, l’équivalent de ThePirateBay en Suède : une lutte lui permettant de passer de l’ombre à la lumière et au succès électoral. Vu de loin, pourquoi pas, sauf qu’à y regarder de plus près, pas du tout ». Et Fabrice Epelboin de tracer la différence entre TPB et Wawamania : l’un bénéficierait en France du statut de l’hébergeur, l’autre selon lui, sûrement pas : il serait éditeur face aux contenus échangés. Autre chose, chez TPB, on veut « montrer qu’une alternative à la distribution de la Culture est possible, sans léser pour autant les créateurs. Nulle trace de cela chez Wawamania ».

Les ramifications idéologiques sont également aux antipodes, constate encore RWW : Le Parti Pirate Suédois serait d’inspiration ultra libérale, le Parti Pirate Français, un mélange anarchiste et communiste. « Tout laisse croire aujourd’hui que le Parti Pirate est allé trop vite en besogne et a pris comme héros une organisation criminelle utilisant le combat contre Hadopi comme un argument marketing, ne poursuivant en réalité qu’un seul but, celui de faire de l’argent. Une erreur qui pourrait s’avérer fatale, tant en ce qui concerne sa crédibilité que son soutien populaire ».

Autre analyse à saluer, celle de Numérama qui se pince fort le nez : « faire de Wawa-Mania le symbole de la lutte anti-Hadopi, en en faisant un martyr, c'est se tirer une balle dans le pied. C'est offrir aux médias et aux lobbys du droit d'auteur, et emballer dans un joli papier-cadeau, un amalgame détestable entre ceux qui organisent la spoliation des créateurs à leur propre profit, et ceux qui se battent contre l'Hadopi pour tout ce qu'elle représente de violation des droits fondamentaux et d'anachronisme. (…) Se battre contre la loi Hadopi ça n'est pas, pour nous, se battre pour le piratage. C'est se battre pour une adaptation du droit d'auteur et de la rémunération des créateurs à l'ère numérique. Le piratage n'est qu'une conséquence de cette inadaptation. Ce n'est pas une finalité ».

Côté Nouvel Obs encore, Aurélien Boch, président de l'Atild sort l'extincteur pour tenter de sauver les restes carbonisés par cet incendie : « Nous avons découvert qui a lancé ces attaques et nous avons leur engagement de ne pas les poursuivre. Nous pouvons garantir au blogueur qu'il peut dès à présent accéder à son site », mais malgré ce curieux feu vert, le mal est fait, Bluetouff ne devrait pas rouvrir. « C'est fini, je vais arrêter toutes mes actions... La censure a gagné ».

La logique de déconnexion aussi.
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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Publiée le 03/06/2010 à 11:25

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