Une nouvelle vague de critiques contre Hadopi signée Godard

Et contre le droit d'auteur... 74
Dans un long entretien avec le magazine Les Inrocks, le cinéaste Jean-Luc Godard a abordé de nombreux sujets intéressants. De Roman Polanski à la crise grecque en passant par sa mort et Barack Obama, l'interview a rapidement dévié du sujet initial : le dernier film en date du réalisateur, "Film Socialisme".

Godard Stencil

L'artiste est ainsi résolument opposé à l'Hadopi, mais ses arguments ne sont pas ceux repris habituellement sur Internet. Pour lui, qui en est à 55 ans de carrière dans le cinéma, c'est le concept même de droit d'auteur qui est absurde :

« [Si on parle politique on peut parler] par exemple de la loi Hadopi, de la question du téléchargement pénalisé, de la propriété des images…

Je suis contre Hadopi, bien sûr. Il n’y a pas de propriété intellectuelle. Je suis contre l’héritage, par exemple. Que les enfants d’un artiste puissent bénéficier des droits de l’oeuvre de leurs parents, pourquoi pas jusqu’à leur majorité… Mais après, je ne trouve pas ça évident que les enfants de Ravel touchent des droits sur le Boléro…

Vous ne réclamez aucun droit à des artistes qui prélèvent des images de vos films ?

Bien sûr que non. D’ailleurs, des gens le font, mettent ça sur internet et en général c’est pas très bon… Mais je n’ai pas le sentiment qu’ils me prennent quelque chose. Moi je n’ai pas internet. Anne-Marie (Miéville, sa compagne et cinéaste – NDLR) l’utilise. Mais dans mon film, il y a des images qui viennent d’internet, comme ces images de deux chats ensemble ».


Le cinéaste est connu pour emprunter régulièrement des images à d'autres artistes pour les incorporer dans ses films, sous forme d'hommages, de clins d’œil ou pour en transformer la signification. Du coup si le droit d'auteur était respecté à la lettre la plupart de ses films devraient être interdits. Pour lui aucune restriction ne devrait empêcher la citation d'autres œuvres dans un film (comme dans la littérature ou en sciences), et sa façon de reprendre des images et explorer leur sens dans un nouveau contexte ne devrait pas tomber sous le coup du droit d'auteur : une œuvre nouvelle est créée.

Pour enfoncer le clou il rappelle que le droit de propriété intellectuelle est très récent :

« Le socialisme du film consiste à saper l’idée de propriété, à commencer par celle des oeuvres… Il ne devrait pas y avoir de propriété des oeuvres. Beaumarchais voulait seulement bénéficier d’une partie des recettes du Mariage de Figaro. Il pouvait dire “Figaro, c’est moi qui l’ai écrit”. Mais je ne crois pas qu’il aurait dit “Figaro, c’est à moi”. Ce sentiment de propriété des oeuvres est venu plus tard. Aujourd’hui, un type pose des éclairages sur la tour Eiffel, il a été payé pour ça, mais si on filme la tour Eiffel on doit encore lui payer quelque chose ».

On le voit, Godard ne nie pas que les artistes méritent une rémunération pour leur travail. Mais donner un titre de propriété sur une œuvre de l'esprit est contraire à sa vision du travail d'un artiste : une œuvre appartient à tous. Une même réflexion peut être étendue aux brevets (en particulier logiciels) et aux droits des marques.
Par Jeff Publiée le 19/05/2010 à 15:36
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