Le standard ouvert expurgé de l’agenda numérique européen

La fermeture se rebelle 50
En mars dernier, nous révélions dans nos colonnes une version intermédiaire du futur agenda de la politique numérique de l’Union européenne. Nous faisions alors état de pressions via la Direction Générale Entreprise sur Neelie Kroes pour que soient évincer de ce document la notion de « standards ouverts », des normes open-source et de l’interopérabilité. Des thèmes bien présents dans le texte intermédiaire ;

Pour l’April, « ces pressions s'inscrivent dans un contexte dans lequel les lobbies du logiciel propriétaire, Microsoft en tête, tentent de réviser à la baisse la définition de standard ouvert. (...) l’adoption en l'état prouverait ainsi qu'en matière de politique sur le numérique, il n'est plus question d'opter pour le statu quo et ainsi de céder à des intérêts particuliers basant leurs rentes sur le contrôle et la fermeture. »

Du côté de l’UFC, on estimait que seul le maintien inflexible de l'ouverture serait une arme contre l’utilisation abusive des standards : liberté de choix du consommateur en fonction des préférences de chacun, sans carcans technologiques, innovation et la saine concurrence pour les professionnels. Avec pour objectif vertueux, de meilleurs prix et de meilleurs produits.

agenda numérique européen standards ouverts
 
Deux mois plus tard, une source nous a transmis la version définitive de ce projet. Dès la table des matières, on remarque que l’expression « Open Standard » ou standard ouvert a été évincée. L’accent est toujours mis sur « l’interopérabilité » mais les auteurs préfèrent le concept de « standards », sans référence à « l’ouverture », une des clefs du succès des logiciels libres et l’assurance d’un accès sans contrainte aux informations. En quelques lignes redondantes, ce document toiletté explique simplement que « les standards sont vitaux pour l’économie » sans spécifier comme le faisait la version intermédiaire (et en gras, s’il vous plait) l’importance des fameux « Open Standards ».

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Ce nettoyage se constate encore dans les actions à entreprendre : la version intermédiaire réclamait l’usage des standards ouverts dans les services publics. C’est en effet le meilleur moyen pour ne pas évincer un citoyen dans ses échanges avec les administrations, déconnecté des considérations concurrentielles. Dans la version remodelée, tout cela est réduit en poudre, au profit de ces fameux « standards », ouverts ou fermés.
Publiée le 12/05/2010 à 16:12
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef Droit, LCEN, copie privée, terrorisme, données personnelles, surveillance, vie privée, et toutes ces choses...

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