Hadopi et Loppsi au déshonneur des Big Brother Awards 2010

« le contrôle, c’est la liberté » 35
Les Big Brother Awards viennent de publier la (très longue) liste des nominés, éligibles à leurs prix Orwelliens. À l’honneur, ou au déshonneur pourrait-on dire, on retrouve une brochette de candidats dans diverses catégories. Les BBA fêtent là leur dixième anniversaire de prix infâmants.

Big Brother Awards BBA HADOPI LOPPSI

Dans la section « Orwell Entreprise », par exemple, on veut saluer ceux qui « par profit ou simple négligence, méprisent ou violent la sphère privée de leurs employés, de leurs clients ou de tiers ». Dans l’Orwell Novlang, on tacle les opérations de propagande politique, commerciale, publicitaires. Dans l’Orwell Etat & Elus, on lance des bouquets de ronce à ces élus, autorités ou fonctionnaires qui « cherchent à limiter la sphère privée et les droits de l’individu ou à promouvoir la surveillance et le contrôle de personnes »…

La Hadopi et sa nébuleuse sont à l’honneur. Et plutôt deux fois qu’une.

Thierry Lhermitte et l’entreprise Trident Media Guard (TMG ou « Tout pour Ma Gueule » ricanent les BBA) sont nominés dans la catégorie Mention spéciale internet, à côté de Google ou Facebook notamment.

Les Big Brother Awards rappellent que cet humoriste à l’écran « a investi dans une société privée qui cherche à profiter de la surveillance des internautes autorisée par les mesures de la loi Hadopi ». Riez, on vous surveille ?

Thierry, Christine, Trident, Frédéric et Frédéric

Les organisateurs des BBA acclament là les choix financiers de l’acteur : « Thierry Lhermitte a acquis, à l’occasion d’une augmentation de capital de TMG, une quantité très significative des parts sociales de la société sélectionnée par l’Hadopi pour fournir les moyens de fliquer les ordinateurs de chacunE de nos concitoyenNEs. Cet investissement dont on ne doute pas un instant qu’il va être prochainement "bankable" a été opportunément réalisé en synchronisme avec l’adoption la loi Hadopi et la mise en place de l’institution éponyme. Cependant TL revendique, haut et fort, qu’il s’agit là pour lui d’un moyen de s’occuper de ses affaires et de défendre ses œuvres... et partant, bien sûr, celles de tous les artistes, ayant droits et autres. Monseigneur est trop bon ! »

La caméra de vidéoprotection de cet antiprix est également dirigée sur le fameux trio Frédéric Mitterrand, Christine Albanel, « et leur exécuteur Frank Riester ». Coulommiers appréciera.

Un petit condensé : « Faut-il surveiller, filtrer et censurer le Net comme le fait la Chine ? Les droits d’auteur sont-ils plus importants que les droits de l’homme ? Comment qualifier une loi qui instaure la présomption de culpabilité, et oblige les citoyens à installer un mouchard (payant) sur leurs ordinateurs afin de se transformer en leur propre "Big Brother" en leur expliquant qu’ainsi, il leur sera plus facile d’apporter les preuves de leur innocence ? »

christine albanel franck riester copé

L’histoire de ce Vietnam rafraichira les mémoires trop volatiles  : « On notera enfin que les défenseurs de la loi Création et Internet se sont également notablement illustrés en faisant la promotion d’un site de "piratage" sur jaimelesartistes.com, mais également en "piratant" des chansons (l’UMP), en "piratant" un reportage pro-Sarkozy en DVD (l’Élysée), en "piratant" articles et dessins de presse (Frédéric Lefebvre), en "piratant" l’encyclopédie Wikipedia (le ministère de la Culture), en "piratant"une pétition pro-Hadopi (la Sacem), en "piratant" un reportage au JT ainsi que des emails privés (TF1)... L’Hadopi elle-même, a peine installée dans ses nouveaux bureaux (situés dans une rue portant le nom d’un "corsaire"), n’a pas hésité à "pirater" la police de caractère copyrightée qu’elle comptait pourtant déposer à l’INPI. »

henrard mitterrand MAM

La LOPPSI à tout prix ?

La LOPPSI est également applaudie par ce prix de la surveillance. Soit à travers des propos d’Alex Turck (qui se fiche du glissement sémantique vidéosurveillance->vidéoprotection) ou sous les ongles de Michèle Alliot Marie avec ce texte qui organise le blocage sur internet, cher et à l’efficacité non prouvée, les mouchards de la police...

Ou encore la pénalisation de l’usurpation d’identité numérique , « permet également de réprimer l’atteinte à la réputation, et donc le fait de « tagger » quelqu’un sur une photo sur un réseau social sans son accord, de critiquer qui que ce soit, un artiste, une personnalité, une personne publique sur un forum ou un blog, et pourrait même s’appliquer au "fait de poster les coordonnées d’un député sur un site en invitant les citoyens à le contacter pour exprimer leur opposition à un texte de loi (s’il s’en suit un nombre important d’appels pouvant nuire à la tranquillité du député) !" ». La LOPPSI permet également à coup de fichiers d’analyses sériels, d’ouvrir la fête aux croisements généralisés des données, même pour les petits délits.

LOPPSI TF1 Assemblee Nationale

Un exemple ? « Concrètement, note Antonin Grégoire, universitaire spécialiste des services de sécurité, "pour retrouver le scooter de Jean Sarkozy, la police pourra analyser les appels téléphoniques et les retraits bancaires effectués à proximité, croiser leurs informations avec les fichiers d’autres administrations (Fisc, Sécurité sociale, Pôle emploi…), ainsi que des sources ouvertes (Google, Facebook, Twitter). Les conséquences prévisibles ne seront pas une surveillance absolue et quotidienne de tout le monde (impossible sans effectifs), mais une multiplication des cas d’innocents envoyés en garde à vue parce qu’ils auront acheté une pomme au moment du vol d’une pomme." »

Les prix seront remis le 29 mai prochain, lors d’une “Orwell party” à la Belle Etoile, théâtre de la Compagnie Jolie Môme à Saint Denis.

Publiée le 07/05/2010 à 12:15
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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