Interview du PDG de PriceMinister sur l'accord avec la Douane

PKM PDG de PM 21
Pierre Kosciusko-Morizet, cofondateur et PDG de Priceminister revient avec nous sur le protocole d’accord anticontrefaçon tout juste signé avec la Douane.

Vous venez de signer un protocole d’accord avec la Douane. Qu’ajoute de plus ce document à la Charte anti-contrefaçon édictée en décembre 2009 ?

La Charte avait une vocation à être la même pour tout le monde, par définition. Là, dans un protocole, on peut aller sur des choses plus spécifiques à Priceminister puisque c’est un protocole bilatéral. La Charte est ouverte à beaucoup d’acteurs et de marques, là c’est un protocole qui définit très concrètement et opérationnellement la manière dont on travaille avec la Douane.

À quoi sert ce protocole ? À assurer une fluidité des échanges avec la Douane ?

Oui, c’est beaucoup d’échanges de données pour les aider à travailler et comme le disait Jérôme Fournel, à tracer les cas de contrefaçons. Si on se contente d’essayer de bloquer ponctuellement quand un vendeur met en vente, il recommence le lendemain sur une autre identité. L’enjeu, pour nous et pour les douanes, est d’avoir l’historique du vendeur et pouvoir l’attaquer sur l’ensemble de ses ventes – pour ce qui est des douanes, et pour nous, d’arriver à le bloquer dans la durée. C’est important d’avoir des procédures pour échanger des informations. Et comme elles sont très encadrées juridiquement, on a mis noir sur blanc ce qu’on pouvait faire.

Pierre Kosciusko-Morizet PKM Priceminister

Est-ce que pour vous ce n’est pas un moyen de dégonfler votre activité de lutte anti-contrefaçon en déplaçant cette charge sur les épaules des douanes ?

Non, parce qu’il y a tout un travail qu’on doit faire de toute façon : tout ce qui est de repérer les produits mis en vente chez nous, nous on pense que c’est à nous de le faire. D’autres sites pensent que c’est aux marques de regarder s’il y a des produits contrefaits. C’est un peu trop tard : le produit est déjà mis en vente sur le site.

Notre enjeu est d’arriver à le bloquer au moment où il est mis en vente, donc avant qu’il soit mis en ligne. Dans un monde idéal, nous, on aimerait consacrer moins d’argent à la lutte contre la contrefaçon puisque cela a un coût. Après, on ne voit pas venir cela tout de suite : le fait que nous avons bloqué plus de 99% de la contrefaçon et qu’il y ait autant de tentatives cette année, cela veut dire qu’il y aune grosse croissance. Cela veut dire aussi qu’on va plutôt dépenser de plus en plus, à mon avis. En revanche, on peut imaginer que d’autres sites se mettent à niveau, on peut espérer que cela va baisser après. 

La charte 2009 avait été signée par vous et 2xmoinscher. Est-ce qu’il y en a eu d’autres depuis ?

Non, côté plateforme.

Ce n’est pas le signe d’un échec ? N’est-ce pas décevant ?

C’était en décembre, on est en mars, cela ne fait que trois mois. C’est décevant, moi je pense que les autres plates-formes y viennent. Quelque part, elles vont y être un peu forcées avec les procès en cours. C’est un peu ce que disait Laurent Masson de chez Microsoft : il y a un côté pédagogique, un côté mesures techniques et un côté répression. Cela se joue au niveau grand public, mais aussi au niveau des acteurs. Là, vis-à-vis d’autres plateformes, les marques sont maintenant dans une logique de répression. Nous, on est avec les marques dans une logique de dialogue et de mesures techniques (NDLR : voir notre dossier sur les coulisses de la cellule anticontrefaçon de PM). Cela se schématise assez bien comme cela.

On s’est dit plutôt que de laisser les marques nous attaquer, car elles constateraient qu’on ne fait pas ce qu’il faut, un, on va faire ce qu’il faut, et deux, on va leur dire : on a été les voir proactivement. On a « formé » les marques à notre métier particulier d’intermédiaire sur internet. On leur a dit qu’on ne peut lutter contre la contrefaçon chez nous de la même manière qu’ailleurs, aidez-nous, faisons-le ensemble, mettons en place les mesures techniques. Et ça marche. 

D’autres plateformes ne sont pas encore complètement dans cette logique là, mais elles n’auront pas le choix car les marques vont les y obliger tout simplement. Et à mon avis cela va venir assez vite. Je n’imagine pas que dans trois ans on en soit encore là : les consommateurs ne veulent pas de site où il y a des contrefaçons et donc, les sites qui ne les bloquent pas auront des problèmes avec leurs clients et seront bien obligés de s’y mettre.

Merci Pierre Kosciusko-Morizet.
Publiée le 16/03/2010 à 10:27
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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