L'atteinte à la concurrence, trouble-fête de la carte musique jeunes

Usine à gaz, II 79
C’est aujourd’hui que se tiendra l’une des premières réunions autour de la carte musique. Plusieurs associations de consommateurs ont été invitées autour du projet défendu par la mission Zelnik dite HADOPI 3. On sait cependant que l’UFC refuse de prêter son nom à ce qu’elle considère comme une nouvelle subvention pour l’industrie culturelle : « C’est une mesure qui n’aura aucun effet réel ni sur le marché ni sur les comportements et qui, une fois de plus, fait perdurer un système de subventionnement de l’industrie culturelle par le contribuable » nous répondait l’association.

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Au même moment, nous découvrons qu’a été lancé avant-hier un appel d’offres autour de ce projet. Et l’on constate que la Direction des Médias et de la Communication commence à deviner les risques d’atteinte au libre jeu de la concurrence que soulève la carte en question.

L’appel d’offres s’achève le 24 mars. Dans cette durée très courte, on veut définir « les besoins techniques pour la mise en œuvre » de cette carte.

Simple en apparence (une carte achetée 100 euros par un jeune, subventionnée à 50% par l’Etat), cette « carte musique jeunes » se révèle en pratique plus complexe puisqu’elle implique « la mise en œuvre d’une plate-forme technique sur Internet pour accueillir l’opération ». Notre plate-forme permettra :
  • L’inscription du jeune internaute ;
  • Le référencement des différentes offres éligibles ;
  • L’envoi de codes promotionnels et la création d’un compte personnel sécurisé à utiliser sur l’ensemble des plates-formes partenaires et accessible pendant toute la durée de l’opération ;
  • La gestion informatisée du versement des compléments de prix et du suivi des inscriptions à la « carte musique jeunes » auprès des plates-formes partenaires.
Si rien n’est encore dit sur les critères d’éligibilité des offres en ligne, voilà quelques enseignements tirés de ce document :
  • Dans l’appel d’offres, il est souligné que cette carte sera lancée le jour de la fête de la musique, soit le 21 juin 2010.
  • L'opération durera trois ans
  • La « carte musique jeunes » visera les 12-24 ans soit une population potentielle de 10 464 188 individus, très exactement. Elle permettra d’inculquer aux plus jeunes l’art d’écouter de la musique en l’achetant.
  • La carte aura une durée de validité d’un an. Un jeune qui paye sa carte 25 euros pourra acheter 50 euros de musique sur un an. Au-delà, la carte perdra donc sa valeur.
Risque de concentration

Sur le terrain concurrentiel, le danger de la carte est qu’une seule plate-forme en vienne à concentrer l’ensemble sinon la majorité des demandes. L’appel d’offres envisage donc un scénario visant à mettre en place un système de tickets d’une valeur de 10 euros chacun, à hauteur des 50 euros précités. « Chaque ticket (…) permettrait de souscrire jusqu’à cinq offres différentes (ou cinq fois à la même offre le cas échéant) ».

Un autre verrou supplémentaire envisage de définir un nombre limité de codes promotionnels par plate-forme de sorte que lorsque l’une d’elles aura atteint son seuil, la demande puisse se reporter sur les autres plates-formes. Pas simple.

Enfin, avec une population de 10 millions d’acheteurs potentiels, le système informatique derrière la plate-forme « devra permettre de stopper l’attribution de codes et de subventions lorsque le budget total alloué par l’État à l’opération aura été atteint ». L’État est généreux avec l’industrie du disque, mais jusqu’à une certaine limite.
Publiée le 12/03/2010 à 15:40
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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