Jiwa perd le catalogue de Warner et en appelle à ses visiteurs

Si jiwabien c'est juvamine ? 83
Jiwa, l’un des concurrents principaux de Deezer en France avec MusicMe, proposait comme ces derniers un catalogue assez fourni, dont les morceaux des quatre grandes majors : Universal Music, Sony Music, EMI et Warner Music. Mais il faut désormais parler au passé, car Jiwa ne peut désormais plus offrir à ses visiteurs le catalogue de Warner Music.

Jiwa « Chez vous ou au bureau, vous accédez légalement à toute la musique que vous aimez dans une qualité haute définition grâce à Jiwa... Cela risque de n'être plus le cas demain. En effet nous sommes désolé de vous annoncer que Warner Music nous oblige à retirer immédiatement son catalogue » explique le site de streaming musical.

Résultat, tous les artistes Warner ne peuvent désormais plus être écoutés plus de 30 secondes par les visiteurs de Jiwa. « Malgré le fait que Jiwa soit un fantastique outil de lutte contre le piratage et un outil de promotion pour les artistes, la maison de disque américaine ne souhaite pas poursuivre l'expérience » regrette Jiwa.

Mais derrière ce retrait du catalogue de Warner se cache en fait un conflit financier important entre Jiwa et la major. Le site ne donne pas d’explication sur ce point, mais met en avant ses problèmes financiers importants :

« Votre site de musique est à un moment charnière. Seul à supporter le coût de l'innovation, son existence est menacée. C'est pourquoi nous faisons appel à vous : nous avons besoin de votre aide pour continuer à vous apporter le meilleur son du net, gratuitement et sans publicité audio. »

Il est ainsi possible de devenir Jiwa Addict pour une poignée d’euros, via un SMS surtaxé ou un appel AlloPass.

Selon Jiwa, ses membres Premium recevront « des offres en exclusivité et en avant première ». Nous tentons d’en savoir plus sur ce point.

Jiwa

Les minimums garantis oppressent Jiwa

Mais que s’est-il passé entre Jiwa et Warner pour en arriver là ? Tout part en fait des rapports difficiles entre les majors et les sites de streaming. Jiwa n’est en effet pas le seul à avoir des problèmes financiers avec les maisons de disques.

Tout est en fait parti d’un acte de transparence sans précédent de la part de Jean-Marc Plueger, le fondateur de Jiwa. Ce dernier a en effet dévoilé à Philippe Astor d’Electron Libre de nombreux détails financiers entre sa société et les majors.

Le PDG de Jiwa expliquait ainsi le 27 janvier dernier qu’il devait payer des minimums garantis (MG) aux majors. Or ces MG, hormis pour Universal Music, étranglent Jiwa et la plupart des sites de streaming.

« À l’exception de ceux d’Universal Music, qui représente heureusement 50 % du marché du numérique, nous ne parvenons à recouper aucune des avances consenties aux majors par l’exploitation qui est faite de leurs catalogues. Nous mangeons notre chapeau avec toutes les autres. À tel point que dans le cas de Sony Music, par exemple, une écoute peut nous coûter jusqu’à 10 centimes », expliquait-t-il à nos confrères.

Et de détailler le niveau des MG selon les majors : 400 000 euros par an pour Sony, 250 000 euros par an pour EMI, 100 000 euros pour 18 mois pour Warner Music et 180 000 euros par an pour Universal Music.

Warner et Sony Music taclent Jiwa

Or si l’on pouvait s’attendre à une première réaction de la part de Sony Music, c’est pourtant un représentant de Warner Music qui a dégainé le premier (Sony interviendra plus tard). Un droit de réponse de Warner a ainsi été publié deux jours plus tard, toujours chez notre confrère. Morceaux choisis :

« La publication d’informations tout à la fois confidentielles et contestables par cette plate-forme place Warner Music France dans l’obligation d’y répondre publiquement.

Jean-Marc Plueger (…)oublie de préciser, en premier lieu, que Jiwa a lancé son activité sans aucun contrat, en parfaite violation des droits de Warner Music.

Il oublie également de préciser que, malgré cela, Warner Music a soutenu sans réserve ce nouvel entrant en lui ouvrant l’accès à son catalogue et en proposant un minimum garanti réaliste, fondé sur les perspectives de diffusion établies et communiquées par la plate-forme elle-même. (…)

Jean-Marc Plueger omet d’ailleurs de dire que, une fois le contrat signé, Jiwa n’a pas respecté ses obligations. Elle n’a ainsi pas communiqué les comptes d’exploitations comme elle le devait, et n’a pas même, contrairement à ce qu’elle laisse entendre, versé l’intégralité de l’avance contractuellement prévue. À tel point que Warner Music a dû saisir le Juge des référés, lequel a effectivement condamné la plate-forme.

En l’état, donc, rien ne paraît autoriser le Président de Jiwa à se poser en donneur de leçons.
»

Et de préciser que le contrat entre Warner et Jiwa est arrivé à terme en décembre dernier, et donc que « Jiwa a continué malgré tout d’exploiter illicitement le catalogue de Warner Music, évidemment, sans reverser le moindre revenu ». D’où ce retrait, finalement, contractuel.

Après Warner, Sony ?

Sony Music pourrait-il suivre, et signer une mort quasi certaine à Jiwa ? La major a en tout cas confirmé les propos de Warner Music, affirmant que « des sociétés telles que Jiwa, manquant à chacun de leurs engagements, nuisent au développement du marché numérique, en ponctionnant une partie de l’audience et des recettes publicitaires qui auraient pu revenir à des concurrents plus respectueux des droits de chacun ».

Alors que Jiwa reste totalement gratuit, illimité, sans publicité audio, et ce, sans besoin de s’inscrire au préalable, ce qui n’est pas forcément le cas de ses concurrents, les rapports entre le site et les grandes maisons de disques sont plus que difficiles… Warner a déjà quitté Jiwa. Il ne faudrait pas que d’autres suivent.

Pour information, Jiwa compte 5 employés, contre 46 pour Deezer et 130 pour Spotify. De quoi mesurer les différences entre ces différentes plateformes. 
Publiée le 10/02/2010 à 10:12
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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