Édito : la vie des journalistes, deuxième partie

Encore un peu de lecture 140
Suite (mais pas fin) de nos éditos sur les journalistes. Après le problème des piges et ce que cela implique, passons à deux autres sujets : les différentes sources des journalistes, et la vie en télétravail. La dernière partie est rédigée par Vincent Hermann, tandis que la première l’est par Nil Sanyas.

Les sources des journalistes


Les sources sont très variées. En voici les principales :

Les communiqués de presse.

Source la plus classique et basique, disponible pour tout le monde (sauf exception), il convient néanmoins de faire quelques précisions. Afin d’avoir une légère avance sur les confrères, il est possible d’obtenir un communiqué avant sa publication. La mise en ligne de l’article sur le sujet peut donc se faire avant la publication du communiqué, ou pile-poile en même temps, tout dépend l’accord.

communiques presse agence

Autre chose sur ces communiqués : certains sont très incomplets. C’est notamment le cas des publications sur le matériel informatique, où pour réaliser un article précis, nous devons demander toutes les caractéristiques techniques à la société. Cela s’explique aisément : le communiqué de base vise tous les journalistes, même ceux plus grand public. Et ces derniers se fichent éperdument de savoir combien de mémoire il y a dans tel produit, ou encore quelle est la vitesse du lecteur DVD/Blu-ray embarqué.

Enfin, même quand l'entreprise est française, la plupart des communiqués sont en anglais. Parfois traduits plus tard. Souvent trop tard. Et certains sont parfois dans une langue locale (allemand, japonais, mandarin, etc.). Ces derniers nous compliquent la tâche, même si ce n'est pas insurmontable...

Note de Vincent : Les communiqués sont de très bon moyens d’avertir les journalistes effectivement, mais ils ont tous en général un trait en commun : chaque produit y est présenté comme le sauveur de la race humaine, ou avec une exubérance et un optimisme à se donner des coups de perceuse dans le crâne. Les termes tels que « incroyable » et « extraordinaire » reviennent presque toujours, et je garde personnellement un souvenir ému du produit XYZ : « Le mini-routeur à emporter partout ! ». C’est sûr, les gens n’ont que ça à faire.

Les agences de presse.

C’est tout bête, mais si certaines informations sont disponibles, c’est uniquement parce qu’un journaliste (parfois suite à la remarque d’un lecteur) a eu l’idée de poser une question que personne n’avait posée auparavant. Sachant que l’entreprise n’a elle-même pas l’idée que cette information en question puisse intéresser le public. En somme, pour avoir des informations, il faut savoir poser les bonnes questions, même si assez souvent, et c’est évidemment frustrant, nous avons pour seule réponse : « sans commentaire ». En somme, faire son travail de journaliste.

Les employés.

Si quand un journaliste débute, il a pour premier contact les agences de presse, aux propos très souvent très (trop) calibrés, à force de creuser, il peut très rapidement obtenir des contacts directs dans l’entreprise. Cela va de simples employés spécialisés dans un domaine, à un directeur, et pourquoi pas un patron. Le niveau des informations (off ou non) est bien sûr tout autre, et ils sont la source de la plupart des scoops que l’on peut obtenir (voir plus bas). Ils permettent aussi d’avoir des précisions (techniques, juridiques, etc.) que les agences de presse ne peuvent nous fournir. Ou alors il faut être très patient…

Les syndicalistes.

Souvent très bien renseignés, les syndicalistes sont des employés, mais plus protégés. Ils ont donc une liberté de parole souvent plus importante que ces mêmes employés non syndicalistes. Et certains syndicalistes ont des postes très haut placés dans l’entreprise.

Syndicat Capgemini CFTC

Les fuites (et donc les scoops/exclusivités).

Voilà une partie bien plus intéressante, qui nous permet de publier non seulement des informations souvent captivantes, mais qui plus est exclusives. Ces fuites viennent la plupart du temps d’un employé d’une société (ou d’un ministère), qui balance donc des informations sur sa propre entreprise. Nous devons bien sûr garder anonyme cette source, cela va de soi. Mais un employé, souvent bien placé (directeur, voire le patron lui-même, cela arrive), et qui a accès à des documents confidentiels d’autres sociétés (ou du gouvernement), peut aussi nous les envoyer. Et là encore, l’anonymat est une obligation.

Parmi ces fuites, certaines sont maitrisées, et d’autres pas. Nous pouvons donc, à notre insu, participer à une manipulation d’une société, qui peut faire croire à une fuite, alors que tout est calculé. Il convient donc de faire attention à ce genre de manœuvre… Et comme vous le savez, certaines sociétés sont assez spécialistes de la chose.

Les interviews.

Si l’interview est bien réalisée, en évitant tout de même les porte-parole, cela permet d’obtenir de nombreuses informations exclusives. Certaines sont spontanées (à notre demande), souvent liées à l’actualité du moment, et d’autres sont plutôt commandées et datées (selon la sortie des produits/services).

La seule difficulté est de pouvoir avoir accès aux personnes à interviewer. Si désormais dans le monde high tech, nous pouvons interviewer quasiment n’importe qui (hormis peut-être quelques très grands patrons, et encore), il est tout de même plus facile d’accéder à certaines personnes quand on s’appelle TF1 ou même Le Monde, que PC INpact. com. C’est assez compréhensible. Mais frustrant.

Les lecteurs.

Si certains lecteurs nous proposent des informations croustillantes parce qu’ils sont employés d’une société (voir plus haut), d’autres nous informent sur des nouveautés, car nous ne pouvons pas tout voir malheureusement. Des lecteurs peuvent aussi, de par leur présence sur place (nous ne pouvons être partout), nous fournir des photos ou d’autres types d’informations. Certes locales, mais parfois très importantes.

Les scoops de nos confrères.

Cela ne mérite pas de développement particulier, tout est dans le titre.

Le télétravail 


Conge maladie teletravail dessinCela faisait un moment que je voulais parler du télétravail. Il faut dire que depuis mes débuts sur PC INpact en 2003 (paf, le coup de vieux), j’ai entendu énormément de réactions quand j’expliquais ce que je faisais. La phrase qui revenait le plus souvent ? Facile : « Ouah la chance ! ». Hé bien au risque d’en étonner certains, je réponds : ou pas.

Travailler chez soi est bien plus compliqué que ce que ça en a l’air de prime abord. Toutes les personnes ayant dû pratiquer ce genre d’activité vous le diront : il faut de la rigueur. Il en faut pratiquement davantage que si vous vous rendez au bureau. Pourquoi ? Parce que votre lieu de travail avait déjà une fonction : votre lieu de vie. Les deux se mélangent, et sans que l’on y prenne garde, on se trouve dans une position inconfortable pour différentes choses.

Tout d’abord, quoi que vous fassiez, vous ne vous sentirez jamais aussi à l’aise pour travailler que dans un lieu entièrement dévolu au boulot. Vous savez en partant où vous vous rendez, sans même vous en rendre compte, vous vous préparer psychologiquement à ce que vous allez faire, il y a une séparation très claire. Avec le télétravail, cette séparation va très rapidement s’estomper, et il faudra dépenser de l’énergie à la restaurer, même si c’est artificiel. Au mieux, vous aurez une pièce dédiée à ce travail, ce qui est la meilleure solution et limite les dangers.

Ensuite, beaucoup pensent, quand je leurs dis « télétravail », que j’organise ma journée comme bon me semble, et que nous sommes payés à la tâche. Perdu. La plupart de nos lecteurs le savent : nous commençons le matin, officiellement à 8h00. Nous arrêtons ensuite à midi pour reprendre à 14h00 et finir enfin à 17h00. Ça, ce sont les horaires officiels. Dans la pratique, c’est une activité qui colle à la peau. Il y a toujours quelque chose à lire, écouter, écrire, faire. Nous arrivons avant, partons après, mais si à 8h05 je ne suis pas connecté pour dire bonjour, je peux être certain de voir mon téléphone sonner avec « Marc Rees » sur l’écran.

Le télétravail, avec des horaires fixes, ça commence à devenir un mélange des défauts des deux mondes. Il faut ajouter les dangers inhérents au télétravail, du fait que vous soyez dans votre domicile. Déjà, vous allez passer tout votre temps enfermé chez vous. La saison et la météo peuvent améliorer les choses, mais vous ne pourrez pas vous empêcher de regarder par votre fenêtre du neuvième étage pour admirer la vue. Passer tout ce temps chez vous devient très vite compliqué si vous êtes en couple. Quand votre moitié rentre du travail, en général elle ne veut qu’une chose : se reposer, et le plus souvent à la maison. Vous, vous n’avez qu’une envie : sortir. Alors là les gars, chacun sa technique : démerdez-vous.

Autre problème : vous ne voyez pas souvent les gens avec qui vous travaillez. Vous avez beau avoir le téléphone, toutes les messageries instantanées du monde et Skype, ça ne change rien : tout avance beaucoup plus vite quand nous sommes réunis. Quand nous faisons une réunion, il ne faut pas longtemps avant que les idées et remarques constructives fusent dans tous les sens. D’une certaine manière, il y a une perte de productivité, car dès que vous avez besoin de vous mettre d’accord sur quelque chose, il faut utiliser des moyens indirects.

Chaque élément, pris séparément, peut sembler n’être qu’un petit rien et beaucoup se réjouiraient par exemple de se lever à 7h55 pour commencer à 8h00. Essayez de faire ça, vous m’en direz des nouvelles. Mais ne me faites pas dire non plus ce que je n’ai pas dit : ce n’est pas l’enfer ;)

 Il y a de bons côtés dont vous pouvez profiter de manière complètement abusive. Exemple : travailler en slip quand il fait 40° en juillet. Maintenant si vous avez un fauteuil en cuir, il faudra prévoir votre coup. Ensuite, si vous avez un déplacement de prévu et que vous préparez les choses correctement, vous pouvez bosser d’ailleurs que chez vous. Sur un registre nettement plus personnel, sans le télétravail, je ne serais pas en couple, et je n’habiterais pas à Bordeaux.
Publiée le 30/01/2010 à 09:00
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

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