Nationalisation l'Internet : Jacques Myard (UMP) persiste et signe

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Dans un communiqué de presse, le député UMP Jacques Myard revient sur ses propos largués sur l’antenne de Radio Courtoisie.

Pour mémoire, voilà ce que déclarait ce parlementaire : « la vérité est que le réseau internet aujourd’hui est totalement pourri. Et quand je dis pourri, c’est que peut-être nous avons tous dans notre réseau internet des chevaux de Troie qui vont se réveiller peut-être dans un an, peut-être dans 18 mois, peut-être demain matin. C’est un réel problème ». Solution évidente pour ce collègue de Frédéric Lefebvre : « J'espère que l'on va prendre conscience de la nécessité de nationaliser ce réseau, et d'avoir la capacité de mieux le maîtriser, les Chinois l'ont fait ». Chanceux Chinois.

chine FAI nationalisation
Le prochain siège social de Free

Après ces quelques phrases qui ont eu leur effet médiatique, voilà un extenso le communiqué du député qui tente de calmer les esprits. Nous avons préféré le laisser dans son jus.

« Nationaliser Internet ! Et vive la polémique !

Sur Radio Courtoisie, Jacques MYARD a évoqué la nécessité de «nationaliser Internet ». Ces quelques propos suscitent un buzz médiatique et font le tour de la Toile. De quoi s’agit-il ?

Tout d’abord, il faut se féliciter de la sensibilité des uns et des autres à propos d’un Internet mythique qui appartiendrait à tout le monde. Il est certes un moyen d’information désormais incontournable, mais bien souvent aussi un moyen de désinformation, que des Etats et leurs services spéciaux n’hésitent pas à utiliser.

« Nationaliser Internet » ne signifie en aucun cas créer une police des échanges entre particuliers, sous réserve de la diffamation ou la violation des droits d’auteurs. Nous sommes un Etat de droit.

En revanche, il faut savoir qu’Internet fonctionne par l’attribution des DNS (Domain Name System) aux différents opérateurs, sorte de routeur central du système, lequel est totalement aux mains d’une société américaine, l’ICANN, laquelle est elle-même le faux nez du gouvernement américain. Cela signifie que les États-Unis sont totalement maîtres du système et peuvent ainsi espionner le monde entier, pour leur propre sécurité, mais aussi pour leurs intérêts industriels ou commerciaux. Ils savent, eux, ce qu’est l’intelligence économique.

De surcroît, le logiciel du principal système d’exploitation est truffé d’erreurs permettant de multiples attaques de hackers qui peuvent paralyser des systèmes entiers, allant des hôpitaux aux centrales nucléaires, en passant par les médias. Le cas de l’attaque russe sur l’Estonie en avril 2007 ou encore la tentative chinoise de blocage des bases de données du gouvernement allemand en mai 2007, alors même qu’Angela MERKEL se trouvait en visite officielle à Pékin, en sont des exemples développés dans le rapport d’information n°2085 (page 203) des députés Jacques MYARD et Jean-Michel BOUCHERON « Les enjeux géostratégiques de la prolifération ».

Il est donc indispensable de maîtriser ce réseau qui échappe aujourd’hui totalement à la France et aux Etats européens. L’une des solutions, avancée par Louis POUZIN, inventeur du principal protocole de l’Internet, le TCP/IP, serait que la France maîtrise ses DNS et crée des espaces de confiance au sein d’Internet qui échapperaient à toute tentative d’intrusion ».

Cette « nationalisation » d’Internet, loin de porter atteinte à la liberté de communication, va au contraire la renforcer.

Jacques MYARD entend déposer une proposition de loi en ce sens.
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Un FAI distribuant des paquets de données

On notera que pour le parlementaire, «Nationaliser Internet  ne signifie en aucun cas créer une police des échanges entre particuliers, sous réserve de la diffamation ou la violation des droits d’auteurs ». Tout est dans le « sous réserve » et ce traitement accordé à la diffamation ou aux droits d’auteur. La lutte contre la pédophilie attendra.

Ensuite, réclamer l’indépendance vis-à-vis de l’ICANN, en se référant au modèle chinois dans ses propos initiaux, n'est-ce pas choisir entre la peste et le choléra ? Quant à l’utilisation un peu trop massive d’un logiciel propriétaire, il ne tient qu’au gouvernement de basculer intégralement vers des solutions ouvertes et libres. Certaines administrations en ont eu conscience, d'autres trainent. Enfin, mais la liste est infinie, se gargariser du renforcement de la liberté de communication quand on a défendu le projet de loi Hadopi, lequel  s'est fait décapité pour ses atteintes à cette liberté, c’est juste du grand écart olympique.

Nous souhaitons évidemment bien du plaisir aux attachés parlementaires qui auront à travailler sur la rédaction de cette proposition de loi visant à nationaliser le web. Quant à ses décrets d'application, ils risquent de rejoindre ceux d'Hadopi.
Publiée le 18/12/2009 à 15:54
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef Droit, LCEN, copie privée, terrorisme, données personnelles, surveillance, vie privée, et toutes ces choses...

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