L'UMP s'excuse d'avoir piraté une musique pour son libdub

Hadopi ? "Pardon" 308
Selon BFM TV, le fameux lipdub des jeunes UMP, « tous ceux qui veulent changer le monde », pourrait bien être interdit en France.

Premier round : d'après l’UMP, Luc Plamondon aurait bien cédé les droits. Mais pour nos confrères la situation serait moins simple ; « les jeunes de l’UMP ont demandé en octobre dernier l’autorisation d’utiliser cette version de la chanson de Luc Plamondon, tous ceux qui veulent changer le monde, au producteur de la Star Academy quebequoise sauf qu’ils ont essuyé un refus. Malgré  tout,  les jeunes de l’UMP sont passé outre ce refus ». Du coup, l’avocate de Musicor, éditeur des phonographes de la Star Ac québécoise, a envoyé une mise en demeure  à l'UMP visant au retrait de la vidéo des plateformes vidéo. La demande n'a pas été honorée pour l'instant.

Hadopi, épitaphe

« Le pire risque est celui de ne pas en prendre », qui figure dans les premières secondes de la vidéo, a la saveur d’une épitaphe.


Changement de discours

Deuxième round : Finalement, dans un communiqué publié aujourd'hui, les Jeunes Populaires confirment : ils ont bien été saisis d’une requête concernant ce titre

« Avant le lancement du lipdub le vendredi 11 décembre, Luc Plamondon et Christian Saint Roch, auteur et compositeur de la chanson, et leurs éditions Plamondon Publishing et Vibrations ont accordé aux Jeunes Populaires les droits de reproduction et de diffusion pour la chanson « Tous ceux qui veulent changer le monde ». Les droits patrimoniaux ont quant à eux été versés avant le lancement du lipdub. En raison d’un malentendu sur la version du morceau utilisée comme fond sonore dans le lipdub entre la création de 1976 et celle remixée d’aujourd’hui, les Jeunes Populaires ont été saisis d’une demande concernant les droits moraux de Marie-Mai, artiste interprète de la version remixée. Cette requête est actuellement en cours, et un accord devrait intervenir dans les prochaines heures consistant notamment dans le versement d’une somme au profit d’une association reconnue d’utilité publique ».

K.O.  : Les Jeunes Populaires disent regretter ce « malentendu » , « tant leur démarche au cours de la réalisation de ce lipdub a été transparente, et soucieuse du respect des droits des artistes. Ils présentent leurs excuses à Marie-Mai et à sa maison de production Musicor ».

L'expérience MGMT n'aura pas servi

Entrainement : L’UMP avait déjà reversé 30 000 euros pour une reprise sans droit d’un morceau de MGMT. En plein débat hadopi, le parti avait diffusé plusieurs fois, lors de meetings, la chanson Kids du groupe.. « On voit que ceux qui préconisent la chasse aux internautes ne sont pas les plus respectueux du droit des artistes » avait à l'époque ironisé l'avocate des artistes américains. Xavier Bertrand répondait qu'en effet, « il fallait prévoir des indemnisations. Ceci est totalement normal. La musique utilisée dans les meetings l'a été dans le cadre de la Sacem et donc en payant des droits à la Sacem. Nous sommes en train de regarder pour qu'il y ait une juste indemnisation du groupe. » Blue Advertainment, agence responsable de la communication de l'UMP créée par Christophe Lambert et Luc Besson, avait alors proposé dans un premier temps 1 € symbolique. Qui furent portés finalement à 30 000 euros

La suite : Signalons au passage qu’Hadopi, texte défendu par l’UMP et censé prendre la défense du financement des auteurs, autorise la coupure d’accès pour n’importe quel acte de copie sans droit, que ce soit sur un réseau P2P, ou un site d’hébergement de vidéo. Le rapporteur du projet de loi Franck Riester (UMP) pourra sans aucun doute le rappeler, une fois en fonction dans a haute autorité. Quant aux personnes poursuivies par les mâchoires de la Hadopi pourront toujours tenter d’avancer le bouclier de papier brandi par les jeunes de l'UMP : un malentendu, des excuses, des regrets, une transparence. Efficacité assurée.
Publiée le 15/12/2009 à 15:01
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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