La CNIL suisse attaque Google pour son service Street View

Lausanne, etc. 44
Multiplier les prises de vue dans le pays où le secret est un culte n’était pas une mince affaire. Et pour cause : le Préposé fédéral, équivalent de notre CNIL, vient de traîner Google devant le Tribunal administratif fédéral pour son service Street View. Lors de la mise en place de cette fonction incrustée dans Google Maps, la Suisse avait sommé la firme américaine de respecter un haut niveau de protection de la vie privée. C’est que des visages et des plaques d'immatriculation encore visibles ou mal floutées permettaient de rendre public les faits et gestes de plusieurs personnes « shootées » par les fameuses Google Car. Une recommandation datant du 11 septembre 2009 avait été adressée à Google, mais par lettre du 14 octobre 2009, « Google [en] rejetait en grande partie [ces] exigences », tout en faisant quelques promesses...

suisse google street view

Deux mois plus tard, Hanspeter Thür, Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT), constate donc que rien n’a changé et saisit la justice pour violation de la protection des données : « visages et plaques d'immatriculation ne sont pas suffisamment floutés, ou alors des personnes sont montrées dans des environnements sensibles, par exemple devant un hôpital, une prison ou une école ».

La gourmandise de Google aura été également sanctionnée : si la société avait initialement prévu de ne s’intéresser qu’aux centres villes, le moteur a en réalité étendu son service dans des villes entières. « Dans les quartiers périphériques, où la densité de la population décroît considérablement par rapport aux rues des centres-villes, il ne suffit pas de flouter les visages, étant donné qu'un zoom permet aux utilisateurs de Street View de cadrer sur ordinateur les images de personnes et de les agrandir ». Mais ce n’est pas tout. Les Google Car se sont montrées encore un peu trop « girafes » : « la hauteur des caméras montées sur les véhicules de Google est inadéquate. Elle permet de voir par-dessus les haies et les murets de jardins privés bien mieux qu'un passant ordinaire ne le pourrait depuis la rue. La sphère privée n'est ainsi plus garantie dans les jardins et les cours clôturés ».

La Suisse n’est pas le premier pays à s’émouvoir des Google Car. La France, par le biais de la CNIL, avait elle aussi émis des remarques, toutefois nettement moins coercitives que celles de notre voisin helvétique.
Publiée le 16/11/2009 à 08:55
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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