Zone grise et Fibre Optique : France Télécom s'oppose à l'Élysée

Des Orange pour Didier Lombard 86
Le dossier de la fibre optique fait couler beaucoup d'encre en cette fin septembre. Le président Nicolas Sarkozy a ainsi récemment reçu les FAI afin de trouver des solutions pour les zones intermédiaires (villes trop grandes pour être subventionnées, mais trop petites pour attirer les FAI et avoir les finances suffisantes). Comme nous l'expliquions, l'idée serait pour ces zones "grises" d'unir tous les fournisseurs du pays. Seul problème, les FAI sont à l'heure actuelle loin d'avoir trouvé un accord sur ce sujet.

France Télécom agacée
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fibre optique gpon france telecom orangeEnfin, il y a trois jours, le Conseil de la Concurrence s'est dit « favorable à la mise en place d'une architecture multifibres, qui garantit l'indépendance des acteurs et la fluidité du marché au bénéfice du consommateur ».

Or si Free est pro-multifibres et trouve l'idée d'une union des FAI pour les zones grises plutôt bonne, France Télécom (Orange) est dans une situation totalement opposée. Résultat, l'opérateur historique commence à s'agacer.

Fin juin dernier déjà, France Télécom menaçait de suspendre ses investissements en fibre optique, suite à une décision de l'ARCEP de privilégier la multifibre et la fibre surnuméraire, au dépend de la monofibre.

Didier Lombard veut imposer ses projets

Résultat, d'après notre confrère Les Échos, Didier Lombard, le président de France Télécom, ne cesse de faire des visites au cabinet de Nicolas Sarkozy. Encore très récemment, le cabinet du président l’aurait reçu ,

« L'Élysée a fait comprendre à France Télécom quelle était sa stratégie » aurait ainsi expliqué un observateur à notre confrère. Mais pourquoi donc précisément ? D'ici deux mois, à la mi-novembre précisément, le président devrait en effet faire quelques annonces importante sur le numérique. La fibre optique sera concernée.

D'après les informations des Échos, le but du gouvernement serait de fibrer les cinq à sept millions de foyers dans les fameuses zones intermédiaires en créant une structure mutualisée, dans laquelle les opérateurs et la Caisse des Dépôts (CDC) seraient actionnaires. 

L'État veut aussi imposer ses projets...

La présence de la CDC n'a ici rien d'étonnant. Rappelons ainsi que début septembre, François Fillon, le Premier ministre, avait demandé à cette même Caisse d'utiliser environ 750 millions d'euros de fonds propres afin de déployer la fibre optique dans les zones grises. Le but, bien évidemment, est de mobiliser une petite partie de l'argent débloqué par le fameux « grand emprunt » (voir le récent article de l'Express sur le sujet).

« Le haut débit, c'est 2 milliards d'euros d'investissement ; le très haut débit, 40 milliards ! » rappelait au début du mois Augustin de Romanet, le directeur général de la CDC. En somme, ces 750 millions d'euros représenteront un montant dérisoire pour la fibre optique. 

Ces millions ne seront donc là que pour démarrer un chantier au point mort dans l'Hexagone, les FAI préférant miser leurs deniers sur les zones très denses et les immeubles (soit environ 5 millions de foyers, ce qui est totalement compréhensible, le retour sur investissement dans ces zones étant viable), ce qui ne sera pas forcément le cas des zones moins peuplées.

Une soviétisation de l'économie


« Les opérateurs pourraient déployer leur réseau jusqu'à un point – regroupant environ un millier d'abonnés – à partir duquel il n'y aurait plus qu'un seul réseau. La présence de l'Etat au capital assurerait la neutralité technologique et la vision à long terme de l'aménagement du territoire! » aurait ainsi expliqué au quotidien économique les défenseurs de ce réseau mutualisé.

Pour France Télécom, il s'agit là ni plus ni moins d'une « soviétisation de l'économie ». Or l'Élysée ne peut mettre en place son plan sans France Télécom. D'où ces multiples réunions entre le PDG de l'opérateur historique et le cabinet de Nicolas Sarkozy afin de trouver un accord.

France Télécom, plutôt que de mettre en place un réseau mutualisé, souhaiterait pour sa part diviser le pays en plusieurs zones géographiques bien distinctes, en fonction de la densité, et mettre en place un appel d'offres pour chacune des zones. L'appel d'offre aura pour conséquence de créer un opérateur unique sur chaque zone, et l'opérateur en question devra donc construire lui-même le réseau. Une option qui avantage évidemment France Télécom, qui jouit d'un avantage financier évident face à SFR, et plus encore face à Iliad.

Didier Lombard en danger ?


À la vue de cette solution totalement à l'opposé de celle de l'Élysée, et aux diverses difficultés que pose Didier Lombard au gouvernement et au développement global de la fibre optique, Les Échos laisse entendre que le PDG de France Télécom pourrait bien être poussé vers la porte de sortie. L'État est en effet encore actionnaire à 27 % de France Télécom, et a le pouvoir de nommer son président, faut-il le rappeler. Alors que le départ de Didier Lombard est prévu pour 2011, ces derniers épisodes pourraient bien accélérer sa chute.
Par Nil Sanyas Publiée le 25/09/2009 à 10:46
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