L'UFC-Que Choisir réagit à notre interview du syndicat d'Orange

Et voilà, vous me l'avez énervé ! 51
edouard barreiro ufc que choisir TICAprès la publication de notre interview de Sébastien Crozier, le président du syndicat CFE-CGC/UNSA de France Télécom (Orange), à propos de la licence 3G, nous avons tenu à connaître la réaction de l'UFC-Que Choisir, qui avait déjà affiché son incompréhension suite aux récentes déclarations de Nicolas Sarkozy.

Édouard Barreiro, porte-parole et chargé de mission TIC et Commerce de l'UFC-Que Choisir, a bien voulu répondre via nos colonnes aux propos Sébastien Crozier. Tous les sujets sont ici évoqués, à savoir l'emploi, les délocalisations, les hotlines, les tarifs des opérateurs de téléphonie mobile, etc.

La 4e licence 3G et l'emploi

L'emploi dans le secteur des Télécoms et la 4ème licence sont deux débats qui doivent être approchés de manière indépendante. Les choix des opérateurs en place en matière de délocalisation ne sont pas dictés par l'entrée éventuelle d'un nouvel acteur. La preuve en est que les délocalisations des centres d'appels ont été, ces dernières années, massives et pourtant les opérateurs se portent plus que bien.

Par ailleurs, avancer qu'un opérateur comme Orange qui occupe presque 50% du marché fixe et 45 % du marché mobile et qui réalise 40% de marge n'est pas en mesure de faire face à un nouveau concurrent est tout simplement aberrant. Dans ce cas qui le peut !

L'amalgame des deux sujets est même dangereux. Car demander que des obligations en termes d'emplois soient dans la licence introduit inévitablement un désavantage pour le nouvel entrant. C'est pour cela que ce débat doit être dé-contextualisé de la licence. Ce type de mesures doit être imposé, par la loi, à tous ou à personne.

Enfin, si on veut aller sur le terrain de l'emploi, il est difficile d'avancer que l'entrée d'un nouvel opérateur sur ce marché se fera avec une perte nette d'emplois. Il est évident qu'un nouvel acteur aura besoin d'embaucher. On ne peut pas continuer à nous faire croire que si le gagnant de l'appel d'offre est Iliad/Free, il s'engagera dans cette nouvelle activité à personnel constant. Il s'agit simplement d'intoxication. Le groupe a d'ailleurs déclaré, par la voix de Xavier Niel, qu'il envisage même de créer des boutiques. Enfin, on ne peut négliger que construire un réseau c'est aussi des emplois chez les équipementiers et chez les acteurs chargés de déployer cette infrastructure.

La 4e licence 3G et les zones blanches

Concernant la couverture du territoire, le nouvel opérateur ne sera pas lâché dans la nature, il aura les mêmes obligations que les autres. Celles-ci sont inscrites dans la licence. Comme pour l'emploi, il serait contreproductif d'imposer à ce dernier de couvrir les zones blanches alors même que les autres opérateurs qui en ont les moyens ne le font pas. 

Les tarifs des opérateurs mobiles

Concernant les prix, l'UFC-Que Choisir persiste et signe : oui la France est chère ! Les études de l'OCDE ou de la Commission européenne sont certes imparfaites, mais elles reflètent une certaine réalité. Par exemple, les études de l'OCDE sont réalisées avec la méthodologie des paniers de consommation, qui en fait compare les prix selon les profils des utilisateurs (gros consommateurs, moyens, petits, etc.). Or, cette méthode permet notamment de mettre en évidence qu'une des grandes faiblesses de l'offre française c'est justement les faibles consommations.

Une étude de l'UFC-Que Choisir, publiée en février 2008, a confirmé ce point. Elle met en évidence que cela tient notamment au fait que les opérateurs ont sacrifié le prépayé (tarifs peu attractifs, durée de validité des cartes limitée, etc.) pour pouvoir enfermer le consommateur dans des contrats de 24 mois. Par conséquent, M. Crozier devrait être plus prudent lorsque qu'il fustige la méthodologie de l'OCDE et autres institutions, notamment lorsqu'il condamne l'oubli du prépayé. Intégrer le prépayé ne ferait qu'accroître l'écart entre la France et le reste de l'Europe.

Enfin, se comparer au reste de l'Europe n'est pas une grande épreuve. L'espace européen, notamment à cause du prix de la terminaison d'appel mobile, est historiquement peu concurrentiel. Par contre, comparés au reste du monde, nous sommes ridicules (États-Unis, Singapour, Inde, Chine, Japon, etc.) !

Le marché du mobile français est sclérosé, notamment parce qu'il existe peu de rivalité entre les opérateurs qui se marquent à la culotte. Il suffit de comparer les offres pour s'en rendre compte. On ne peut faire l'économie d'un nouvel acteur ! 
Publiée le 21/09/2009 à 14:31
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD. Essentiellement présent sur Google+.

Soutenez nos journalistes

Le travail et l'indépendance de la rédaction dépendent avant tout du soutien de nos lecteurs.

Abonnez-vous
À partir de 0,99 €

Publicité