Claude Allègre s'en prend au gratuit et à la jungle d'Internet

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Dans une tribune du Point* intitulée « Non à la commercialisation du gratuit », le très médiatique Claude Allègre a jeté l’anathème sur Internet où règne ce culte du gratuit, véritable tumeur de l’économie. A croire que s’en prendre au gratuit, ce peut être payant en ces temps de remaniement. Une tribune à lire ici, gratuitement.

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Au fil de ses pérégrinations, l’éminent intellectuel zappe les fondements d’internet, l’univers du logiciel libre, la diffusion massive de l’information et de la Culture, les Wikipedia, Jiwa ou autre Deezer, la contribution créative, etc. Pour Allègre, une chose est sûre : « des produits culturels ont été mis sur Internet avec l'objectif d'une redevance, mais rapidement tout a été piraté, copié, multiplié au nom de la gratuité ». Évoquant « l’engouement enthousiaste » des jeunes « déçus qu'ils étaient par le monde réel et cherchant refuge dans un virtuel préformaté », Allègre estime que ces « jeunes » n'ont en fait « pas réalisé que, chemin faisant, sous couvert de modernisme, ils se mettaient dans un état d'aliénation vis-à-vis des marchands de tuyaux »… Heureusement; le système éducatif saura redresser la barre et leur montrer le droit chemin.

Avant Hadopi, la jungle

Après avoir parlé de la pub à la TV, de la presse en ligne, Allègre en vient alors à la loi Hadopi. Et là, concert d’applaudissements : « C'est la première tentative pour organiser enfin cette jungle inextricable qu'est devenu Internet ». Et là comme un écho nous pouvons nous référer au champ lexical de Nicolas Sarkozy pour qui, grâce à Hadopi, « Internet pourra devenir enfin un fantastique lieu de création et d’échange et non une jungle sauvage où il serait permis de piller les œuvres des créateurs. » Les mêmes arbres, les mêmes flèches...

Hadopi, qui fait d'Internet un simple mono canal de diffusion marchande a certes des petits soucis d'ajustement (voir par exemple cette vidéo explicative) reconnait ce spécialiste mais  « quelles que soient ses imperfections techniques », Allègre voit dans cette première tentative plusieurs mérites. Lesquels ? « D'abord, [celui]d'engager enfin la démarche de régulation d'Internet : faire entrer ce merveilleux outil dans les règles. Ensuite, de souligner que le moteur du progrès, c'est la création, qui doit être rémunérée et protégée. La gratuité dans le circuit commercial est un leurre qui, à terme, est une aliénation de l'esprit et un encouragement à la paresse intellectuelle ».

La gratuité est un leurre, où est l'argent du leurre ?

D’autres peuvent aussi légitimement ne pas partager cet avis et considérer qu’il y a aussi une forme de « paresse intellectuelle » à faire l’aveugle devant les « imperfections techniques » ou à ne pas lire les ramifications de ce fameux projet de loi. D’autres pourront aussi qualifier de « paresse intellectuelle » le fait d’ignorer tous les textes de loi qui ont été tissés avant Hadopi, LCEN en tête. Croire qu’avant Hadopi, c’était la « jungle » ou le « western » est une erreur. D’autres pensent d’ailleurs que ce sont justement les défauts intrinsèques du mécanisme qui vont cannibaliser le fantasme de la régulation et en faire une jungle technicojuridique. Par exemple quand la fameuse Mme Michu va recevoir ses mails, ses lettres recommandées et se verra privée finalement de cet Internet qu’elle continuera à payer, tout ça parce que son IP aura été repérée sur les réseaux P2P et qu’elle n’aura pas acheté son logiciel d’autosurveillance dont elle (ni nous) ne comprend rien.

Quant à la rémunération des artistes, faut-il rappeler à Claude Allègre les conditions des contrats sur le web ? Outre les doutes de la SACEM, le cas du streaming, des contrats à l'équilibre particulier, Il suffit aussi de prêter encoe l’oreille sur les revendications de la Spedidam, ou de jeter un œil sur toutes les propositions qui ont été faites puis rejetées en bloc (« avis défavorable ») et qui visaient justement à apporter de l’argent frais dans les poches des créateurs. Paresse intellectuelle, oui, mais chez qui ?

(*) Pour une lecture critique du billet d’Allègre, on pourra se pencher sur la succulente réponse de Jean-Michel Planche
Publiée le 02/06/2009 à 17:06
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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