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Lettre ouverte : des artistes de gauche attaquent le PS

Le code a changé

Le comédien Pierre Arditi et les interprètes Juliette Gréco, Maxime Le Forestier et Michel Piccoli ont publié sur Le Monde une lettre ouverte dont la direction n'avait jamais été donnée jusqu'à lors. En effet, si l'on a déjà vu des pro et anti-Hadopi (majors, artistes et politiques) attaquer dans un sens ou dans l'autre les agissements des des politiques (UMP ou opposition), les quatre personnes citées ci-dessus ont une approche similaire et différente à la fois.

blocheEn effet, Pierre Arditi, Juliette Gréco, Maxime Le Forestier et Michel Piccoli se revendiquent officiellement de gauche, et attaquent cette dernière suite à l'évènement d'avril dernier ayant fait capoter le projet de loi Création et Internet en première lecture. Obligeant la ministre Christine Albanel à passer le projet de loi au Parlement en seconde lecture, et Jean-François Copé à rameuter les troupes afin d'éviter un second camouflet.

Adressée plus précisément à Martine Aubry, première secrétaire du Parti Socialiste, cette lettre ouverte estime que la loi Hadopi permet d'imposer des règles « aux opérateurs de télécommunications pour qu'ils cessent de piller la création ». Un raccourci étonnant, laissant entendre que grâce à Hadopi, les FAI auront une mainmise totale sur leurs abonnés, et pourront donc cesser dès l'application de la loi tout téléchargement illicite.

Pour les auteurs de cette lettre, le PS est désormais devenu l'avocat « du capitalisme débridé contre les droits des artistes à l'heure du numérique ». On notera pourtant que des députés UMP ont voté contre le projet de loi Hadopi... Et que certains au PS sont pro-Hadopi et pourraient bien voter en faveur de la loi lors de sa seconde lecture.

Et de rappeler que « le droit d'auteur est un droit de l'homme ». Or le projet de loi, de partses nombreuses failles (preuve par IP imparfaite, double peine, système de monitoring à installer), est-il en accord avec ces mêmes droits de l'Homme ?

Pour eux, le PS a perdu son âme.

Madame la Première Secrétaire,

Depuis toujours nous avons soutenu la gauche. Chaque fois que vous avez fait appel à nous, nous avons répondu présent. Pas par devoir. Moins encore par intérêt. Par désir et par conviction.

La gauche - notre famille - c'était le refus d'un ordre purement marchand. C'était la protection du faible contre le fort. En particulier pour la culture. En ne les abandonnant pas à la seule loi du marché, la gauche avait sauvé les artistes dans notre pays. C'était vrai, en particulier, des dispositions prises sous François Mitterrand. Ceux de nos voisins qui n'ont pas fait ce choix-là n'ont plus de cinéma ni de musique.

En vous opposant, à l'occasion de la loi "Création et Internet", à ce que des règles s'imposent aux opérateurs de télécommunications (comme vous les aviez imposées naguère aux opérateurs de télévision et de radio) pour qu'ils cessent de piller la création, vous venez de tourner le dos de manière fracassante à cette histoire commune.

Vous étiez la résistance à la déréglementation, à la loi de la jungle et du plus fort qui assassine la diversité culturelle. Vous êtes désormais, par l'effet d'une étrange ironie de l'histoire, les avocats du capitalisme débridé contre les droits des artistes à l'heure du numérique.

Souvenez-vous en : le droit d'auteur est un droit de l'homme. Ce n'est pas parce que les PDG des nouvelles multinationales portent des jeans et des tee-shirts que leur âpreté et leur cupidité est moindre. Pour être cool en apparence, le capitalisme numérique n'en est pas moins sauvagement prédateur ! Héraclite nous enseigne : "le Peuple doit combattre pour ses lois comme pour ses murailles".

En faisant échec au vote de cette loi à l'Assemblée vous nous avez adressé un message de rupture. Par la présente, nous en accusons réception.

Vous avez perdu notre soutien - peut-être n'est-ce pas si grave après tout ? Mais il nous semble aussi, et cela est plus fâcheux, que vous avez également perdu votre âme.

Quant à nous, nous restons de gauche, comme ça, quand vous le redeviendrez, vous saurez où nous trouver.

Veuillez croire, Madame la Première Secrétaire, en l'expression de nos salutations attristées.
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD, aime les interviews insolites et les tablettes tactiles (malgré leurs défauts). Essentiellement présent sur Google+.

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Publiée le 04/05/2009 à 15:31

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