Des acteurs, producteurs et réalisateurs disent non à l'Hadopi

Il y a de l'April dans l'Abril 329
Mise à jour 9 avril 15h39. La liste des signataires à la tribune publiée dans Libé s'est enrichie. Voilà aujourd'hui la liste intégrale de ceux qui s'opposent au projet de loi Hadopi, liste à laquelle nous devons ajouter l'Assemblée nationale.

Victoria Abril (actrice)
Chantal Akerman (réalisatrice)
Agathe Berman (productrice)
Paulo Branco (producteur)
Catherine Deneuve (actrice)
Louis Garrel (acteur)
Yann Gonzalez (comédien)
Clotilde Hesme (actrice)
Christophe Honoré (réalisateur)
JP Limosin (acteur)
Chiara Mastroianni (actrice)
Zina Modiano (réalisatrice)
Gael Morel (réalisateur)
Eva Truffaut (artiste cinéaste, ayant-droit de François Truffaut)
Brigitte Rouan (réalisatrice)
Françoise Romand (réalisateur)
Laurence Ferreira Barbosa (réalisateur)
Santiago Amigorena (réalisateur)
Jeanne Balibar (actrice)
Luc Wouters (SRF)
Jean Sainati (ex délégué de l'ALPA général de 88 à 2002)
Pierre Cattan (producteur)
Gilles Sandoz (producteur
Pascal Verroust (ADR productions)
Timothy Duquesne (auteur)
Agnès de Cayeux (auteur)
Nathalie Chéron (directrice de casting)
Gisčle Rapp-Meichler (cinéaste)
Sylvain Monod (producteur, cinéaste)

Par ailleurs, signalons qu'un blog a été ouvert chez Overblog, pour suivre ce dossier. Juan Paulo Branco Lopez évoque ainsi "Un séisme qui représente une immense victoire pour le cinéma et les libertés". Nous publions in extenso la lettre qu'il vient de nous faire parvenir :

Pour la deuxième fois dans l'histoire de la Ve république, un projet de loi a été rejeté après son passage en Commission Mixte Paritaire. Nous nous réjouissons de cet événement quasi sans précédent qui fait honneur à la France et qui représente à la fois une victoire du cinéma dans sa diversité et des libertés.
Cinéastes, acteurs, producteurs, nous avions signé il y a quelques jours une tribune dénonçant les dangers de cette loi et appelant à un changement de mentalités. L'Assemblée nationale vient de nous donner la formidable opportunité de le faire. Commençons à réfléchir, dès aujourd'hui, aux nouvelles perspectives que nous offre internet et aux nouvelles formes de diffusion des oeuvres qui doivent être trouvées.

La diversité de la création doit dès aujourd'hui revenir au centre de la réflexion sur les enjeux de la révolution numérique, au même titre que la protection des libertés individuelles et des auteurs. Complétement oubliées dans ce projet de loi, elles sont pourtant les poumons de la création.

Espérons que le cinéma d'auteur, le cinéma que nous défendons, et qui fait l'honneur de la France dans les festivals et les salles du monde entier, reprenne la place qui lui est due dans ces débats.

Réjouissons-nous de cette victoire pour les libertés, pour le cinéma et pour la culture !

Premiere diffusion 7 avril : Des actrices, Victoria Abril, Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, des réalisateurs, comme Christophe Honoré ou Chantal Arkerman, des producteurs comme Agathe Berman, etc. ont tous signé une tribune à ne pas manquer dans Libération (rubrique Rebonds, Libé du 7 avril ou directement sur Ecrans.fr). Sous forme de lettre ouverte aux spectateurs citoyens, ces professionnels du cinéma recadrent quelques contrevérités oubliées par Jaimelesartistes.fr, site du ministère de la Culture destiné à « vendre » le projet de loi Hadopi.

assemblée nationale HADOPI

« Aujourd’hui certains craignent cette révolution [numérique] et craignent pour leur monopole. La loi création et Internet répond à une angoisse légitime que nous partageons : celles de voir les œuvres dévalorisées et dégradées par leur diffusion piratée sur Internet ». Mais le consensus avec Universal & Co s’arrête là : « Pourtant, cette loi, qui prétend se poser en défenseur de la Création, ne fait qu’instaurer un mécanisme de sanctions à la constitutionnalité douteuse et au fonctionnement fumeux ». Bref, une usine a gaz « fruit d’un lobbying massif, fondé sur la présomption de culpabilité » poursuivent ces personnalités.

La Hadopi pourra « sans qu’aucune preuve fiable ne soit apportée et sans qu’aucun recours gracieux ne soit possible, couper durant une durée extensible à l’infini [NDLR : un an] la connexion internet d’un usager ». Ces artistes bien informés évoquent au fil de leur diatribe le risque évident de double peine, « alors que le Parlement européen vient (…) de qualifier l’accès internet de droit fondamental, alors qu’aux États-Unis le modèle de riposte graduée se fissure » et que dans le reste du monde, on s’en prend davantage à ceux qui font commerce du piratage. En France le choix est autre : « le gouvernement s’obstine à voir dans les utilisateurs, dans les spectateurs des enfants immatures à l’origine de tous les maux de l’industrie cinématographique ».

Les critiques continuent, on évoque une loi « démagogique, techniquement inapplicable, bêtement ignorante des nouveaux procédés de téléchargement et purement répressive ». Elle est « l’ultime et vaine tentative d’éradiquer le piratage par la sanction, sans se soucier de créer une offre de téléchargement légale, abordable et ouverte sur Internet ». Ces personnalités ne se reconnaissent donc pas dans cette démarche et en appellent à une adaptation à l’univers numérique « où l’accès à la Culture perd son caractère discriminatoire » et surtout demandent à ce que l’on cesse « de vouloir en faire une société virtuelle de surveillance où tout un chacun se sentirait traqué ». La licence légale est posée comme solution possible, tout comme une plateforme unifiée de téléchargement des œuvres sans DRM et à prix accessibles, voilà des réponses qui peuvent être envisagées.

« L’heure est à la réinvention et à l’émerveillement, et non à l’instauration d’un énième dispositif répressif » indiquent encore les Deneuve, Abril et autre Mastroianni, qui torpillent un texte qui « ignore volontairement les intérêts du cinéma d’auteur ». Ces acteurs, réalisateurs et producteurs, appellent enfin à ce que chacun contacte les politiques, notamment, pour abandonner tant qu’il est encore temps le dispositif Hadopi, au profit « d’un système plus juste, équilibré et prenant en compte les intérêts de tous ».

Nul doute que ce Rebonds sera repris in extenso sur Jaimelesartistes.fr pour apporter le débat et la contradiction…
Par Marc Rees Publiée le 09/04/2009 à 15:54 - Source : Libération
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