Quand le site de Frédéric Lefebvre "pille" PC INpact et Snut

C'est le pompon ! 234
Mise à jour 20h22 : le cabinet de Frédéric Lefebvre nous a contactés pour nous dire que l’intéressé était très ennuyé par l'épisode de reprise des dessins de Snut sur le site du député. Si l’on résume, le porte-parole de l’UMP nous fait dire qu’il avait accepté sans difficulté le principe de cette section alimentée par ses collaborateurs, en ajoutant qu'il est favorable à la liberté d’expression et contre la censure caricaturale. « Il ne s’agissait pas de vous indisposer ou de vous déranger » nous a expliqué sa collaboratrice.

Frédéric Lefebvre avait donc trouvé l’initiative très sympathique, initiative par ailleurs parfaitement conforme, selon le cabinet, avec le code de la propriété intellectuelle. On nous avance l’article 122-5 aliéna 9. Selon ce texte, l’auteur ne peut interdire « la reproduction ou la représentation, intégrale ou partielle, d'une œuvre d'art graphique, plastique ou architecturale, par voie de presse écrite, audiovisuelle ou en ligne, dans un but exclusif d'information immédiate et en relation directe avec cette dernière, sous réserve d'indiquer clairement le nom de l'auteur ». Le même document indique toutefois que "le premier alinéa du présent 9° ne s'applique pas aux oeuvres, notamment photographiques ou d'illustration, qui visent elles-mêmes à rendre compte de l'information"....

Mais passons et fermons la porte à cet épisode. Dès demain, on nous promet la mise en ligne d’un message sur le site du porte-parole de l’UMP pour rappeler ses principes au regard de la création.

(Pour information : lorsqu'on nous contacte avant la reprise d'un article, d'une photo... nous l'acceptons généralement, mais sous réserve de la citation de la source et d'un lien vers nos pages. C'est tout...)

Précisions 20h48 :  Selon Matthieu Cordelier, avocat spécialisé en propriété intellectuelle et en NTIC, interrogé par Suivez le Geek – le blog du Figaro : « Les deux interprétations peuvent être plaidées, car Frédéric Lefebvre peut faire valoir qu'il administre un site d'information à vocation politique, mais son interprétation semble un peu extensive, même au regard du 9°. Et quand bien même cette exception serait reconnue, le droit moral de l'auteur ne souffre aucune exception ». Et l’avocat de préciser « Le minimum, c'est de faire un peu de publicité à l'auteur, et un petit mail ne coûte rien. »

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Tout le monde se souvient des propos du député Frédéric Lefebvre à l’Assemblée nationale. Non ? En plein débats du projet de loi audiovisuelle, ce député, porte-parole de l’UMP, tentait de mettre un sévère tour de vis contre les dérives constatées sur Internet. Et le tout sous les yeux émerveillés de Christine Albanel, à ses côtés.

elysee plan besson ministre

La main sur le cœur, notre justicier du numérique avait le verbe facile, l’envolée lyrique : « La mafia s’est toujours développée là où l’État était absent ; de même, les trafiquants d’armes, de médicaments ou d’objets volés et les proxénètes ont trouvé refuge sur Internet, et les psychopathes, les violeurs, les racistes et les voleurs y ont fait leur nid. » Un peu plus tard, il tambourinait devant les députés médusés, dont Patrick Bloche : « Faudra-t-il attendre qu’il y ait des dégâts irréparables pour que le monde se décide à réguler Internet ? »

De fait, la seule issue contre cet univers noir qu’est internet, c’est la régulation. Que l’on passe par le CSA, ou d’autres institutions, qu’importe : régulons ! Car notre député le croit dur comme fer : « L’absence de régulation financière a provoqué des faillites. L’absence de régulation du Net provoque chaque jour des victimes ! Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent ? Combien faudra-t-il de morts suite à l’absorption de faux médicaments ? Combien faudra-t-il d’adolescents manipulés ? Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde ? » Et alors que, d’émotion,  Christine Albanel était prête à fondre en larmes – on l’imagine – Saint Frédéric lâchait : « Combien faudra-t-il de créateurs ruinés par le pillage de leurs œuvres ? ». Oui, combien ?

Séchons aussitôt nos joues humidifiées. Alertés et interrogés par le blog Suivez le Geek du Figaro, nous avons été pour le moins stupéfaits d’un mauvais scénario aujourd’hui. Car parmi ces jeunes personnes violées, malmenées, outragées par le pillage de leurs œuvres, devinez qui on trouve...

… La SARL de presse PC INpact et au premier rang le dessinateur SNUT qui officie dans nos pages ! Mieux : devinez qui joue le rôle du méchant ? Belle ironie : le site officiel de Frédéric Lefebvre ! Celui-ci n’a en effet rien trouvé de mieux que de nous pomper comme un Shadock pour alimenter sa section « Caricatures ». On y trouvait des dessins publiés par PC INpact en exclusivité et signés évidemment SNUT, auteur avec qui nous sommes en contrat (et pas seulement de confiance).

frederic lefebvre copie image SNUT pcinpact

Surpris, nous avons eu beau fouiller notre base email, creuser notre boîte aux lettres, jamais la moindre autorisation ne nous a été demandée par ce justicier des temps modernes. Du coup, jamais nous n’avons eu la possibilité de la lui accorder.

frederic lefebvre copie image SNUT pcinpactfrederic lefebvre copie image SNUT pcinpact
Les deux dessins originaux de Snut publiés dans nos colonnes

Le blog Suivez le Geek du Figaro indique d’ailleurs que d’autres cas existent dans ce mauvais remake du cordonnier mal chaussé (dont des caricatures de Sébastien Rieu). Et c’est évidemment regrettable. De fait, si les pages ont été nettoyées au Karcher(c) nous trépignons maintenant d’impatience que la loi Hadopi et la régulation entrent enfin en application afin de faire enfin du web un endroit si propre, si net.
Publiée le 18/12/2008 à 17:40
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

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